Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Garçons et filles de salle confient leurs doléances au ministre de la santé

Fara Diaw

28 Novembre 2003


C'est dans une atmosphère cordiale, empreinte de simplicité et d'estime que le ministre de la Santé et de la Prévention, le Dr Issa Mbaye Samb, a prêté une oreille attentive aux doléances d'un groupe d'une douzaine de garçons et filles de salle des services médicaux de l'hôpital Aristide Le Dantec.

Le ministre de la Santé et de la Prévention les recevait lundi matin en audience à leur demande. Ils voulaient lui faire connaître leurs conditions de travail et, surtout, les états d'âme que leur fonction suscite en eux, «les premiers à venir et les derniers à descendre ». Le groupe conduit par M. Amadou Sy, l'un des plus anciens dans cette fonction à l'HALD, était accompagné par Amadou Bâ, le surveillant général de cet hôpital le plus grand et le plus ancien de Dakar. M. Amadou Sy a, au nom de ses camarades, indiqué les difficultés qu'ils ont dans l'exercice de leur travail, notamment sur le plan du transport, des risques du fait qu'ils ont à assurer la propreté des services très tôt le matin et tard en fin d'après-midi avant que les consultations et autres interventions médicales ou chirurgicales ne commencent. Comme les autres orateurs qui sont succédé après lui et parmi lesquels Mmes Sanou Ndour, Mame Gnoné Djité et M. Dame Diouf, le plus ancien, qui a vu passer près de sept ministres de la Santé, M. Sy, a révélé qu'aucun ministre chargé de leur secteur n'a eu auparavant à les recevoir, voire les écouter. «Nous sommes très faiblement payés et notre prime de motivation ((17000Fcfa) est presque dérisoire, quand on sait que nous sommes presque les hommes à tout faire dans l'hôpital», a souligné M. Sy.

La prime de motivation fond rapidement devant les coûts du transport, car la plupart d'entre eux habitent dans la lointaine banlieue (Guédiawaye, Keur Massar, Yeumbeul, Pikine, Thiaroye, etc.) «Nous transportons les malades d'un service à l'autre, évacuons les dépouilles des malades décédés vers la morgue, nettoyons les salles, acheminons les déchets médicaux dans lesquels il y a vraiment tout, faisons les petites et multiples courses, en plus d'autres tâches», a relevé M. Sy. Il a aussi confié au ministre de la Santé le manque de considération à leur encontre dans les choix pour le pèlerinage aux lieux saints de l'Islam et de la Chrétienté, mais aussi dans les désignations pour les décorations du Travail et aux Ordres nationaux du Mérite et du Lion. «Nous sommes des travailleurs et nous voulons un peu plus de considération dans ce que nous faisons pour l'image de l'hôpital, la bonne marche des services et au bénéfice des malades», a souligné Dame Diouf. Mame Ngoné Djité et Sanou Ndour, respectivement pédiatrie et cardiologie, ont, elles, expliqué leurs difficiles conditions de travail en tant que femme. Sanou Ndour, a, elle, précisé qu'il lui est arrivé de conduire seule, sur une table, un cadavre vers la morgue.

Elles ont fait des révélations émouvantes sur ce qu'on leur fait faire. Ils (garçons et filles) en font même parfois plus. «Nous faisons même parfois des tâches dévolues aux infirmiers, comme des «aide-infirmiers». Le ministre de la Santé leur a fait comprendre qu'ils ont en fait une occupation stratégique dans la bonne marche des services médicaux et qu'il estime nécessaire d'examiner dans le fond leur situation, afin d'y apporter la solution la meilleure et de façon durable. Il leur a confié sa disponibilité à aller sur le terrain, dans les structures de santé pour y écouter toutes les strates des personnels de la pyramide sanitaire et constater la situation intérieure, dans le quotidien des structures et des agents de santé. «C'est pourquoi, depuis ma prise de fonction, je multiplie les descentes impromptues dans les services hospitaliers et administratifs pour éviter l'installation de la somnolence, de la routine et de la négligence, mais aussi impulser une nouvelle dynamique du service public qui est en fait un bien commun», a dit le Dr Issa Mbaye. Il leur a demandé de se rassembler en une association nationale au même titre que les autres corps de la Santé, afin de mieux effectuer leur plaidoyer dans un cadre formel organisé et aussi de bénéficier, dans le futur, d'autres possibilités pouvant améliorer leurs conditions de vie. Dans cette foulée, ne devrait-on pas au moins changer leur appellation de «garçon et fille» de salle en un terme plus adapté à l'esprit de la réforme hospitalière qui repose sur la qualité, la performance et l'esprit d'équipe ?

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