Moussa Bathily Diallo
28 Novembre 2003
La fête de la Korité a été célébrée pendant trois jours d'affilée dans le pays. Chaque communauté s'étant attelée à faire de cette fête un succès éclatant, ne rechignant pas à effectuer des dépenses somptuaires pour que la fête soit une réussite. Une réussite qui à l'arrivée risque de peser bien lourd sur le budget familial.
La fête de Korité a vécu. Et s'il est vrai que dans sa célébration, les populations ne l'ont pas commémorée ensemble, il n'empêche que chaque partie a déployé tous les moyens à sa disposition pour lui assurer un succès. En cette fin du mois, et avec toutes les charges qui se profilent à l'horizon, la gestion du budget familial va devenir une véritable partie d'échec.
Certaines familles n'ont pas hésité à faire les choses en grand : remise à neuf de la maison, nouveaux habits, festin de roi. La priorité absolue étant de se faire plaisir, de faire plaisir à la famille, et de montrer aux autres que la célébration de la fête a été un succès éclatant.
" En tant que musulman, il est de mon devoir de glorifier ce jour, aussi, est-il tout à fait normal d'en faire plus que d'habitude. De toutes les façons, on trouvera bien des moyens de jongler avec le reste du budget pour tenir en attendant que la situation revienne à la normale ", confie Adama Diop, père de famille.
Une attitude qui a priori peut paraître irresponsable, voire suicidaire. Mais ils sont nombreux à penser et à agir de la sorte. Leur devise peut être résumée en ces termes, " l'important c'est le moment présent, ensuite advienne que pourra. "
Les femmes ont la réputation d'être les instigatrices de cet état de fait. Les hommes, pour la plupart, avouent subir une pression énorme de la part de leurs épouses, ou de leurs copines pour se lancer dans des dépenses dont ils se seraient bien passés.
" Ma femme n'a pas cessé de me casser les oreilles avec les préparatifs de la Korité. Elle me rabâchait les oreilles sans cesse avec les achats faits par un tel pour la Korité, finalement pour avoir la paix, j'ai cédé à ses harcèlements ", révèle Cheikh Seck, père de famille.
" La fête de la Korité est source d'ennuis quand on est père de famille et surtout polygame comme moi. Car il faut faire les dépenses en double pour ne frustrer personne. Avec mon seul salaire, je n'y parviens pas. Je suis donc obligé de m'endetter pour faire face aux charges inhérentes à ce jour ", confie Massamba Guèye, père de famille, polygame.
Si les dépenses se limitaient seulement à sa propre famille, l'équilibre du budget de la famille ne serait pas trop déficitaire. Mais il faut aussi faire plaisir à la belle-famille, sans compter, l'épouse qui demande aussi un peu d'argent pour pouvoir aussi offrir des cadeaux à vos parents. Finalement, on est entraîné dans un engrenage où la seule constance est la répétition des dépenses.
Heureusement que cette propension aux dépenses excessives n'est pas générale. Car si la célébration de la fête nécessite des frais supplémentaires, elle ne justifie nullement que l'on se livre à des excès.
Le paradoxe réside dans le fait que les femmes qui sont accusées par leurs conjoints d'être à l'origine de tous les excès constatés le sont aussi quand il s'agit de limiter les dépenses.
" Je trouve irresponsable d'effectuer des dépenses qui vont fragiliser le budget familial après. Il faut être raisonnable. Quand mon mari a voulu payer de nouvelles tenues aux enfants, j'ai mis mon veto. J'ai suggéré qu'un petit redoublement ne leur ferait pas de mal et d'attendre la Tabaski pour payer de nouveaux habits. Les seules dépenses faites ont été pour les repas ", renseigne Anta Fall, mère de famille.
À la question de savoir en quoi consiste un " redoublement ", elle explique que " c'est juste le fait de faire porter aux enfants la même tenue que celle qui est arborée le jour de la Tabaski. "
Une technique bien simple mais qui en fin de compte s'avère très économique. Une autre technique utilisée par certaines personnes consiste tout simplement à donner l'habit à un teinturier pour redonner un coup de neuf en changeant tout simplement la couleur.
Il est rassurant de voir que pour échapper à la folie dépensière qui s'empare de nos concitoyens, certains ménages développent des stratégies de contournement.
Des exemples qui donnent à réfléchir, car se lancer dans des dépenses extravagantes, pour se réveiller le lendemain et aller quémander de quoi faire bouillir la marmite, frôle l'inconscience et l'irresponsabilité. Car il faut à chaque événement, savoir raison garder.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.