Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Richard Bona, le virtuose de la guitare bass est au Cameroun : "Mon inspiration est divine"

Propos recueillis par Marion Obam

28 Novembre 2003


interview

Pour la présentation de votre nouvel album, quel est le programme de votre tournée ?

La tournée a commencé en Août 2003. Les principales villes européennes ont été arrosées par les sons du nouvel album, qui comporte onze titres. Nous avons joué le dernier concert mardi, 25 novembre, à Londres. Nous avons également travaillé dans quelques villes africaines, mais pour clôturer la promotion de cet album nous sommes venus au Cameroun, même si cela n'était pas prévu dans le cadre de la tournée, mais c'est aussi bien de pouvoir à chaque fois que l'on met un produit sur le marché, le présenter à ses frères et soeurs.

Qu'est ce que ça vous fait de chanter pour contribuer à la lutte contre le Sida ?

Cela fait du bien. Nous sommes tous concernés, il faut que chacun de nous puisse contribuer dans la lutte de ce fléau, donner un petit message, trouver du temps pour discuter avec les enfants sur ce sujet qui, malheureusement, reste encore tabou dans bien de ménages ; ou bien il a fini par être un sujet de rigolade. Le Sida c'est un mal démocratique. Il ne choisit pas les classes, ni le sexe, encore moins l'âge lorsqu'il doit frapper. Cela dit, même quand on n'a pas les moyens on peut aider, il suffit d'avoir d'abord la volonté.

Est-ce que vous avez reçu votre cachet avant de venir ?

Je n'ai pas reçu de cachet, sinon ce n'est plus pour la bonne cause que je suis là. Par contre, il faut que je paye les musiciens de l'orchestre. Les musiciens perçoivent un cachet parce qu'il faut faire les choses normalement, ils n'ont rien à voir avec mes engagements personnels. Le manager reçoit consigne que mon ingénieur de son, mon rool-manager sont payés, que tous ceux qui viennent pour ces deux spectacles ont leur argent, mais moi je n'ai pas un sou. Ce n'est pas pour de l'argent que je viens jouer, je viens apporter ma petite pierre à la construction de l'édifice qui pourra servir à barrer la route au Sida. La collecte de fonds que le Lions club Douala Orchidée a organisée à travers mes deux spectacles contribuera à la réduction de la propagation du Vih/Sida, de l'impact de la maladie sur la population en général et surtout chez les enfants en particulier. Cet argent permettra aussi le paiement du traitement anti-retroviral à 25 enfants infectés par le Vih/Sida pendant une année, soit 150 mille francs Cfa par enfant ; mais aussi, le paiement des bourses d'études professionnelles aux jeunes infectés par de Vih dans la ville de Douala et ses environs.

Vous passez trois jours au Cameroun, comment les meublez vous ?

J'ai déjà eu une conférence de presse mercredi soir avec les journalistes, tous les membres du Lions club Douala Orchidée et le représentant du Comité national de lutte contre le sida. Jeudi dans l'après-midi, j'ai participé à une causerie éducative avec les jeunes au Collège De la Salle où j'ai développé mon credo, qui est que : " Le Sida tue tous les jours, mais ne tue pas l'amour, sauvons l'amour protégeons-nous ". Aujourd'hui, vendredi 28 novembre, il y a un premier concert de musique au cinéma le Wouri destiné au grand public. Demain samedi, il y a une soirée de gala prestige à l'hôtel Sawa, où je serai avec un groupe de danseurs de flamenco du ballet Andaloucia. J'espère que les organisateurs de ces soirées récolteront suffisamment d'argent.

Quelle est la certitude que vous avez en ce qui concerne la destination finale de cet argent ?

J'ai dit que je ne participerais plus jamais à aucune des actions floues. Je me suis entouré des garanties et au préalable, j'ai fait une petite enquête pour m'assurer que ceux qui m'invitaient, avaient un projet clair et bien structuré. Ce n'est qu'après cela que j'ai donné mon accor. Je peux vous promettre que cet argent ira bien aider les orphelins du Sida.

Vous aurez fait de même s'il s'agissait d'un autre pays ?

Bien sûr. C'est un fléau mondial. Il n'est pas seulement une réalité au Cameroun. C'est pour cela que je vais partout et que je chante sur beaucoup de fléaux qui minent l'Afrique. Quand je chante pour la Côte d'Ivoire, c'est parce que cela m'attriste de voir les Ivoiriens se battre comme ça. C'est aussi pour prévenir : il ne faut pas que les Camerounais se disent que si c'est arrivé là-bas cela peut aussi arriver ici, chez nous au Cameroun. Car en Côte d'Ivoire, ils rigolaient quand la guerre civile s'était déclenchée au Rwanda. Ils se disaient que c'est pas pour eux, ça. Si c'est arrivé là-bas, cela peut aussi arriver ici. Donc, chanter pour la Côte d'Ivoire, c'est aussi prévenir le Cameroun et d'autres pays de la sous-région.

Quelle est votre muse ?

C'est Dieu. Mon inspiration est divine. C'est vrai. Je suis pratiquant, même si je ne vais pas à l'église tous les jours. Je crains l'Eternel et je prie beaucoup avant d'entamer tout acte important dans ma vie. Chanter, c'est une partie de moi ; c'est un acte important pour moi, c'est donc Dieu qui me guide. Tous les sons que les gens apprécient chez moi, je suis parfois incapable de dire où et comment j'ai pu les écrire. Je sais seulement que je dois mettre tel son après celui-ci, et que le tout me donnera une mélodie que j'ai écoutée quelque part, qui m'a été soufflée.

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