L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: La Banque centrale « classe » le dossier MCB-NPF

Stéphane Saminaden

29 Novembre 2003


Port Louis — A la lumière des mesures prises par la Mauritius Commercial Bank pour consolider son système de contrôle interne, le gouverneur de la BoM a clarifié le rôle du régulateur du système bancaire dans l'affaire MCB-NPF. Le gouverneur l'a indiqué hier à la réception traditionnelle qu'il donne à chaque fin d'année.

Pour la Banque de Maurice, le cas de fraude découvert à la Mauritius Commercial Bank (MCB) concernant les dépôts du National Pension Fund (NPF), est déjà presque chose du passé. C'est ce qu'a laissé entendre Rameswurlall Basant Roi, le gouverneur de la Banque centrale, lors du dîner annuel de l'institution de régulation qui s'est tenu hier au Sugar Beach.

Ce dîner qui réunit l'ensemble du secteur bancaire et financier de même que la communauté des affaires en général a été l'occasion pour le gouverneur de remettre les points sur les i concernant le rôle joué par la Banque de Maurice dans l'affaire MCB-NPF qui a éclaté voilà près d'un an.

Basant Roi rappelle que le premier principe directeur d'une institution de régulation et de supervision est de tenter de sauver une institution financière en difficulté. L'encadrement légal qui régit le fonctionnement de la Banque de Maurice vise à assurer la stabilité financière du système. Les pouvoirs et instruments entre les mains des autorités ne doivent pas être utilisés pour atteindre des objectifs contraires à ceux des lois. « Les décisions arbitraires motivées par l'émotion ou même des considérations personnelles doivent être écartées au profit d'une approche vraiment professionnelle pour soutenir la solidité des banques qui se retrouvent dans des situations similaires à celle où s'est retrouvée la MCB », déclare Rameswurlall Basant Roi.

Selon lui, la Banque de Maurice a traité le dossier MCB-NPF de manière à servir au mieux les intérêts du secteur financier et de l'économie du pays. Le gouverneur rappelle également que la supervision des banques concerne les systèmes de contrôle et les procédures mais pas les transactions individuellement.

« Au vu des mesures déterminantes prises par la MCB dans le domaine de la gestion du risque et les mesures prudentielles prises durant les mois suivant la découverte de la fraude, en ce qui concerne la Banque de Maurice, l'affaire MCB-NPF devrait bientôt être terminée », déclare Basant Roi. Il donne l'assurance que la Banque centrale veillera à que ces mesures initiées soient menées à leur terme.

Il ajoute dans le même souffle : « Au niveau de la régulation, les scandales Worldcom et Enron, aux Etats-Unis, ont été traités en quelques mois. A Maurice, l'industrie bancaire a une tyrannie à surmonter : celle de la publicité négative motivée par des considérations qui dépassent les normes acceptables de conduite. »

MARCHÉ SECONDAIRE

Par ailleurs, le gouverneur de la Banque de Maurice annonce la mise sur pied prochaine d'un marché secondaire pour les bons du Trésor, dans un premier temps, et pour les autres instruments obligataires de l'Etat à l'avenir. Ce marché secondaire à la Bourse de Port-Louis sera opérationnel dans les semaines à venir, indique-t-il.

Un tel marché secondaire permettra à la Banque centrale de disposer d'un outil approprié pour mener sa politique monétaire. La vente des bons du Trésor sur le marché boursier constitue également une opportunité pour les épargnants d'y placer leurs économies.

Les ménages placent traditionnellement leurs économies en banque mais avec la baisse des taux d'intérêt cette option est devenue peu attrayante. Les taux d'intérêt ont baissé en neuf occasions durant ces 30 derniers mois, le Lombard Rate passant de 12,5 % à 9,75 %. Les placements en bons du Trésor représentent donc une alternative intéressante.

Les bons du Trésor sont des placements prisés par le public. En décembre 1998 la Banque de Maurice a commencé à vendre les bons du Trésor au public « over the counter ». Quelque 11 000 individus en ont acheté pour Rs 4 milliards, indique Rameswurlall Basant Roi. Il place la baisse des taux d'intérêt dans le contexte général de la politique monétaire de la Banque de Maurice qui est elle-même influencée par ce que font les autres Banques centrales à travers le monde.

Mais tout en gardant constamment un oeil sur les écrans radars pour observer ce que font les autres, la détermination de la politique monétaire est aussi une question de balancer les risques, et encore plus, dans une petite économie comme Maurice. Les mécanismes décrits dans les manuels d'économie ne valent rien quand il s'agit de soupeser les risques économiques, poursuit le gouverneur de la Banque centrale. L'objectif principal de la politique monétaire ces dernières années était de réduire le taux d'inflation qui est effectivement passé de 6,8 % en moyenne dans la première partie des années 90 à près de 4 % cette année.

D'autre part, la Banque de Maurice est confrontée à un dilemme. Après quatre années de surplus sur le compte courant de la balance des paiements et une demande plus faible dans l'économie, le marché est engorgé de liquidités.

Le surplus de devises a engendré un surplus de roupies aussi. Au cours des deux dernières années, la Banque de Maurice a acheté pour $ 500 millions de devises étrangères sur le marché local pour éponger le surplus. La contrepartie en roupies est de Rs 14 milliards. Le fardeau des taux d'intérêt sur ces Rs 14 milliards est lourd pour la Banque centrale.

« Combien de temps encore pourra-t-elle continuer à acheter des devises sur le marché est une question complexe si en plus on estime qu'il faut maintenir les taux de change à leurs niveaux actuels ? », demande Basant Roi. Faut-il considérer le taux de change comme étant le prix que dictent les marchés internationaux ou réconcilier ce prix aux fondamentaux de l'économie locale ? poursuit-il. La Banque de Maurice dispose d'un seul instrument pour arbitrer ce débat : le taux d'intérêt.

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