Ambassadeur Mindia Monga (cp)
28 Novembre 2003
opinion
Kinshasa — Dans les jours à venir, il aura à procéder à la nomination de nouveaux Ambassadeurs en tenant compte, selon l'accord global et inclusif du 1er avril 2003 sur la proportionnalité des sensibilités politiques au sein du gouvernement de transition. En d'autres termes, les Ambassades, les Missions permanentes et les consulats généraux feront l'objet d'une répartition entre les anciennes composantes et entités belligérantes qui ont pris part au Dialogue Inter congolais (DIC).
Les Ambassades dont la mission traditionnelle est de représenter l'Etat congolais, dépendront de facto de ces composantes et entités avec toutes les conséquences que cela comporte. Il sera difficile qu'un Ambassadeur chef de mission appartenant à une autre composante accepte de travailler avec des collaborateurs qui ne sont pas de sa sensibilité politique. Ce qui se passe dans les cabinets ministériels pourra avoir des répercussions au niveau des missions diplomatiques.
Ainsi, non seulement le choix des diplomates ne se fera plus sur base des lois et règlements en vigueur mais également il ne sera pas tenu compte de critères de compétence, de crédibilité et d'expérience professionnelle. Ce qui donnera libre cours aux critères linguistiques, aux affinités tribales, aux accointances cotériques sans oublier les pressions de toutes sortes pour être affecté en poste diplomatique. D'où le risque de voir les Ambassades se transformer en cabinets ne devant rendre compte qu'à leurs composantes respectives.
NECESSITE DE REHABILITER LE CORPS DES DIPLOMATES
Pour permettre aux ambassades de fonctionner normalement, les diplomates doivent à tout prix être à l'abri de toute influence des partis politiques et ne dépendre que du ministère des Affaires Etrangères et de la coopération internationale, en tant qu'organe de la politique extérieure du gouvernement qui, au demeurant, comprend toutes les composantes. Et entités signataires de l'accord global et inclusif. A cet effet, il serait malvenu que les agents chargés de la mise en ouvre de cette politique, ignorant l'autorité de tutelle, puissent s'en référer à leurs composantes. Ce qui donnerait l'image d'un pays non réconcilié et d'une diplomatie écartelée.
Raison pour laquelle le corps diplomatique de la République dont l'impartialité ne peut être mise en cause, doit être réhabilité afin d'éviter les tiraillements au sein des Ambassades du fait de la présence d'éléments hétéroclites, source potentielle de conflits. Il importe donc que ce cadre juridique soit protégé. Ainsi dans la perspective de prochaines nominations des Ambassadeurs, des conseils généraux et des représentants permanents, une priorité particulière soit accordée aux membres du corps possédant des qualités morales et intellectuelles, une grande expérience professionnelle ainsi qu'un niveau avancé de culture générale alliée à la compétence et à l'honorabilité.
Affaiblie par cinq ans d'une guerre injuste et marginalisée sur le plan international, la diplomatie congolaise se veut dynamique et agissante au regard des enjeux de l'heure. Dans cette optique, il s'est tenu, au mois de décembre 2002 à Kinshasa, la 10e conférence diplomatique en vue de trouver des voies et moyens susceptibles de sortir notre pays de l'isolement dans lequel l'avait maintenu la communauté internationale. Pour ce faire, la conférence s'est assignée comme objectifs la redéfinition des pistes nouvelles d'une diplomatie plus engagée, le renforcement des capacités du Ministre des Affaires Etrangères et le recours à l'expertise des diplomates de carrière afin de traduire, avec professionnalisme, le rôle nouveau que doit jouer la RDC dans le concert des nations.
LA DIPLOMATIE AUX DIPLOMATES
La diplomatie revêt plusieurs définitions sur lesquelles je ne voudrais pas m'étendre. J'aimerais cependant rappeler que la diplomatie, pour ceux qui ne le savent pas, est avant tout l'art de négociations entre les Etats qui entretiennent des rapports officiels par l'intermédiaire de missions permanentes. C'est au diplomate qu'incombe le rôle de négocier, de défendre et de représenter les intérêts de l'Etat à l'étranger. A ce titre, il est de son devoir de savoir négocier avec habilité et de convaincre pour faire triompher les points de vue de son pays.
Pour ce faire, l'apprentissage est nécessaire en vue d'appréhender les intérêts vitaux du pays. Ce qui confirme l'adage selon lequel «un diplomate ne s'improvise pas, on le prépare». C'est pourquoi, il est plus indiqué que la diplomatie, vue sous cet angle, soit confiée aux personnes qualifiées en l'occurrence les diplomates de carrière formés, engagés à relever le défi de la marginalisation.
En conclusion, l'Ambassade est la vitrine du pays à l'extérieur. C'est à travers elle que l'on découvre le niveau atteint par l'Etat en matière politique, économique, sociale et culturelle. C'est elle qui vent l'image du pays pour attirer les partenaires étrangers à venir investir en République Démocratique du Congo.
A cet effet, les diplomates ont un grand rôle à jouer pendant la transition. Pour raison d'efficacité, les Ambassadeurs chefs de mission doivent avoir fait carrière dans la diplomatie comme ceux des pays amis qui sont accrédités en République Démocratique du Congo.
A ce titre, ils sont en mesure, grâce à l'expérience acquise, de saisir plus facilement la situation du pays d'accueil ou ils sont appelés à exercer leurs fonctions.
Par ailleurs pour éviter de transposer dans nos missions diplomatiques les antagonismes internes à des fins électorales, il serait judicieux de faire appel aux Ambassadeurs de carrière. Car, leur savoir- faire, leur sens aigu de responsabilité, tout comme l'impartialité et la neutralité dont ils font montre dans l'exercice de leurs fonctions, sont des atouts susceptibles de garantir une transition apaisée telle que voulue par tous.
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