L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: «Les Mauriciens ont encore besoin d'être informés sur le sida»

Par M.n. Elissac-Foy

29 Novembre 2003


interview

Port Louis — PILS, l'association mauricienne de lutte contre le sida, organise une collecte les 1er, 2 et 3 décembre. De janvier à août 2003, on a compté 90 nouveaux cas de sida à Maurice. Ces malades doivent être soutenus par leurs proches, explique Juliette François, directrice de cette association.

Craint-on suffisamment le sida à Maurice?

Les gens savent que le virus du sida est là. Cependant, ils pensent toujours que les autres seront contaminés et jamais eux. Beaucoup de confusion existe autour des modes de transmission et c'est cette confusion qui fait que les sidéens sont mis à l'écart et sont souvent rejetés. Les Mauriciens ont encore besoin d'être informés. On n'a pas besoin d'avoir peur du sida. Mais on doit savoir comment s'en protéger. Et si on est atteint du virus, on doit apprendre à vivre avec.

Combien de cas de sida sont recensés à Maurice?

Les chiffres officiels du gouvernement recensent 372 cas. De janvier à août 2003, on a compté 90 nouveaux cas. L'annéedernière, le ministère de la Santé avait recensé 98 cas. Mais onestime qu'il y en a bien plus.Voici les principaux modes de transmission : rapports entrehétérosexuels : 50%, en utilisant les seringues : 40%; rapports entre homosexuels, bisexuels : 4%; de mère à enfant : 2%; et autres modes : 5%.

Quelles sont les activités pour le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida?

En collaboration avec le ministère de la Santé, des campagnes publicitaires seront retransmises sur la MBC du 28 novembre au 4 décembre. Le 1er décembre à 10h30, une cérémonie sera organisée à l'église Saint Sacrement à Cassis en souvenir de ceux que le virus a emportés. Le public est invité. L'association PILS organise aussi une collecte les 1er, 2 et 3 décembre. On espère que les gens donneront généreusement car cela nous permet de faire fonctionner l'organisation.

L'usage du préservatif est-il bien répandu chez nous?

Oui. Les Mauriciens utilisent les préservatifs qui, après l'abstinence et la fidélité, sont le meilleur moyen de se protéger du sida. C'est pour cette raison que les endroits où se vendent les capotes devraient être accessibles aux gens. Ils ne doivent éprouver aucune gêne à les acheter et les vendeurs aussi ne doivent pas les mettre mal à l'aise.

Les sidéens arrivent-ils à vivre au grand jour? Le sida affecte non seulement le physique mais aussi l'équilibre mental, comment vit-on aujourd'hui avec le sida à Maurice?

Après le choc, la rage, la culpabilité et les envies de suicide, il y a l'isolement. Il est capital qu'à ce moment-là la personne soit entourée et bénéficie du soutien de ses proches. Malheureusement, la famille réagit souvent très mal en la circonstance. Ils rejettent d'emblée le malade. Mais si une personne est soutenue par son entourage, elle pourra faire face à cette épreuve plus sereinement. A PILS, c'est notre but : apprendre aux gens à devenir forts face à la maladie et d'aider ceux qui mènent un combat quotidien contre le virus mortel. On n'est pas là pour s'apitoyer.

Comment se passe un test de dépistage du sida? Où peut-on le faire?

Tout d'abord, le test du sida ne peut se faire sans l'accord d'une personne. Les résultats resteront confidentiels. Le test se fait en deux étapes. Lors de la première étape, avant le test, le médecin va évaluer le niveau de risque qu'une personne soit contaminée. Ensuite, il donnera des informations sur la maladie et expliquera les conséquences si le test se révèle positif.

La deuxième étape consiste à révéler les résultats. C'est cette étape que de nombreux médecins négligent souvent et l'annoncent brusquement à la personne. Si le test est négatif, le médecin en profitera pour conscientiser la personne. Et s'il est positif alors le médecin doit prendre en charge le malade, le rassurer en lui expliquant les différents traitements qui existent et le diriger vers l'association PILS.

Si quelqu'un pense avoir contracté le virus, il peut aller se faire dépister au Bouloux Day Care Centre à Cassis (211 2442), au Centre de virologie de Candos (242 63 75) ou dans les Casualty Centres de tous les hôpitaux.

Quels sont les traitements disponibles à Maurice?

Toute personne atteinte du virus peut recevoir des traitements appropriés. Ils sont gratuits et disponibles au Bouloux Day Care Centre. Les anti-rétroviraux ne guérissent pas la maladie mais aident le patient à mener une vie saine. Les médicaments sont sous forme de comprimés et la quantité dépend du patient.

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