Stéphane Tchakam
1 Décembre 2003
Dans une belle communion, des milliers de jeunes ont assisté au spectacle donné par Passi, Labylle, Desvarieux et Cheela samedi soir.
Mille ? Trop peu. Trois mille ? C'est déjà ça. Cinq mille ? Vraisemblable. Plus de cinq mille alors ? Sans doute. Les jeunes de la capitale économique étaient en tout cas des milliers samedi soir sur la Place du Gouvernement. Attirés par la caravane Passi qui a fait escale à Douala, à l'invitation d'un opérateur de téléphonie mobile. Le pouvoir et l'attraction de la musique restent intacts et la foule venue se masser dans les jardins de la Place impressionne. Certains ont même trouvé leurs places dans les arbres. La veille, ils ne pouvaient pas aller applaudir le grand frère Bona pour 20 000 balles, ni pour 50 000 ce soir même. Mais finalement, et c'est dans l'air du temps, " on s'en fout ". Chauffé à blanc par Mireille et Stéphane, deux animateurs de radios urbaines, le public explose littéralement lorsque Jocelyne Labylle, Cheela, Desvarieux et Passi montent sur la scène pour laisser parler les gens.
Un couac qui n'émousse pas l'enthousiasme, le concert promis est en réalité un gigantesque play back. Heureusement, si l'on peut dire, les micros sont quand même ouverts. Labylle et Cheela, les vraies reines de la soirée, ne se ménagent pas. Personne ne sera surpris de retrouver leurs tenues dans les rues de Douala très bientôt. Si, pour leur propre répertoire, Labylle se drape dans ses atours de femme fatale, Cheela, vraie bête de scène, étonne par l'énergie de ses contorsions. Il y a assurément du Tshala Muana chez cette petite indo-congolaise. Et les jeunes aiment ça, qui, debout et bras levés, reprennent en choeur les titres que bien d'entre eux connaissent par coeur. Jacob Desvarieux, le toujours monsieur Kassav, prouve que le bon vieux zouk n'est pas passé de mode. Et Passi, le gars de Bisso na Bisso, ne chante pas le titre qui l'a révélé. C'est pas grave.
La communion avait commencé avec quelques noms de la galaxie hip hop locale dont Pc Divine, Bantou Pô Si, Pit Baccardi ou Thierry Olemba. Ils sont dans la Place du gouvernement et la symbiose qu'ils créent avec les leurs fait plaisir à regarder. Ce qui manque le plus, ce sont des occasions comme celles-ci. L'enthousiasme et la ferveur de la cible choisie par les organisateurs sont révélateurs. Des heures entières, adolescents et jeunes adultes sont sagement restés chacun à sa place. Grâce à des écrans géants installés de part et d'autres de la scène, tous ont pu vivre le show en direct. La vue de tout ce monde ne pouvait bien sûr que faire penser à ce lointain Woodstock. Là bas aux Etats-Unis, il y a 34 ans, 400 000 jeunes ou hippies s'étaient massés pour écouter du rock et prôner pêle-mêle liberté des moeurs et vie en communauté. Avant hier, ils étaient moins nombreux et leur leitmotiv, il faut s'en souvenir, c'était la lutte contre le sida. Rap et musique afro-antillaise. Ça n'a pas duré des jours, il n'y avait ni pluie ni boue. Mais c'est tout comme finalement. Le lendemain, la Place du Gouvernement était toute sale. Et les responsables sont certainement partis en se disant : " On s'en fout ! "
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