Karine Orsi(stagiaire)
29 Novembre 2003
La promotion de la culture génère des retombées économiques importantes et crée des emplois. L'objet du Forum culturel mondial sera précisément d'organiser la production culturelle afin de lui donner ses lettres de noblesse.
Exception culturelle, diversité culturelle, relativisme culturel, autant d'expressions du langage courant qui montrent que la culture reste au centre des préoccupations. Or si l'on connaît bien le Forum social mondial et le Forum économique mondial, le Forum culturel mondial, en revanche, manque à l'appel. Pas d'inquiétude, l'erreur sera réparée l'an prochain avec la première édition du World Culture Forum Meeting (Wcfm) qui se tiendra à Sao Paulo au Brésil. Reste à définir les objectifs et le fonctionnement de cette toute jeune organisation.
"Il est temps de faire entrer la culture dans la cour des grands", s'exclame Peter Rantasa, consultant Wcfc. En effet, si jusqu'à présent il était coutume de parler de folklore pour qualifier la production culturelle, d'aucuns évoquent désormais un "tournant culturel". "L'industrie créatrice, qui comprend la diffusion de programmes et de publicités, engendre dans un pays comme l'Autriche des retombées économiques bien plus importantes que n'importe quel autre type d'industrie. L'an dernier, elle a créé plus de 20 milliards d'euros de chiffre d'affaires. C'est de plus un secteur qui comprend plus de 50 % de femmes et qui est générateur d'emplois. Or quand on sait à quel point le chômage devient problématique sur le continent africain, il devient vital de se pencher sérieusement sur le secteur culturel", explique Peter Rantasa.
Il convient donc de se mettre autour d'une table afin de définir l'objet culturel et de lui trouver des moyens de promotion. En bref, pour se faire entendre, la culture doit être encadrée. A cette fin, la réunion préparatoire du Wcfc pour la région Afrique qui se tient depuis hier à Dakar, vise à l'étude de la spécificité de la culture africaine. Une fois ses particularités circonscrites, il s'agira de chercher les outils de promotion adaptés. Pour mettre toutes les chances de son côté, la fondation Youssou Ndour qui organise le colloque, a pris soin de réunir les acteurs du public, du privé mais aussi de la société civile.
Six questions fondamentales sont donc à l'ordre du jour. Sur le plan juridique tout d'abord, il convient de régler la question des droits d'auteur. "Il n'existe aucune véritable loi protégeant les auteurs. La création artistique en souffre", s'exclame Aziz Dieng, président de l'Association des métiers de la musique (Ams). Par ailleurs, lorsqu'on parle de culture orale, il convient d'envisager le rôle de l'éducation, mais aussi celui des media, tel internet. La liberté d'expression est aussi un véhicule de la diversité culturelle, tout autant que l'investissement financier que l'on entend y consacrer. Les Droits de l'homme, de même que l'aspect financier ne peuvent donc être ignorés. Enfin, l'impact de la culture sur les rapport sociaux, à l'heure où un Salman Rushdie parle de "Choc des civilisations" ne peut être passé sous silence. Il reste que la culture est plurielle. La mondialisation, ce n'est pas nouveau, doit être "raisonnée" pour permettre aux diverses cultures de cohabiter et de garder leurs spécificités. "Il faut faire preuve de tolérance et chercher à préserver avant tout la diversité culturelle car elle est une richesse", signale Franz Patay, président du board de la Wcfc.
Pour mener à bien tous ces objectifs, le Wcfc doit définir son mode de fonctionnement. "Clarté d'expression et indépendance doivent être les maîtres mots de cette nouvelle organisation. Il n'est pas question d'être inféodé à tel ou tel groupe de pression ou bien de s'exprimer dans un jargon accessible uniquement aux spécialistes", s'anime Peter Rantasa. Par ailleurs, cette structure se veut inclusive. A terme, ce seront plus de quatre cents forums locaux qui doivent être mis sur pied. Ainsi, la réflexion se fera aussi au niveau local et de manière quasi permanente. Enfin, la culture a aussi rapport avec la démocratie, qui en quelque sorte est son écrin. La production culturelle sous une dictature n'a pas grand intérêt en effet. Cette réunion préparatoire qui a lieu en Afrique est donc de bon augure. Le mot de la fin revient au ministre de la Culture du Mali, Cheikh Oumar Sissokho. "Ensemble nous pouvons avancer. La culture est là pour nous sauver, et moi j'y crois". Existe-t-il plus belle prophétie pour célébrer la naissance de ce forum culturel mondial ?
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