Par Babacar Noël Ndoye
29 Novembre 2003
interview
Pourvoyeur de médailles dans les différentes compétitions continentales et mondiales, le karaté sénégalais est à la croisée des chemins.
Avec une intrusion fort remarquée dans la cour des grandes nations de karaté qui ne semblent pas avoir pardonné aux combattants sénégalais "ce crime de lèse-majesté", le budo national fait son petit bonhomme de chemin, dans la constance, avec une forte personnalité qui frise l'insolence sur la scène mondiale. Le dernier championnat du monde de Marseille vient de confirmer encore une fois le rang du Sénégal dans le concert des nations du karaté, avec le sacre de Abdoulaye Diop dans la catégorie juniors des +80 kg. Dans l'entretien qu'il nous a accordé au sortir des différentes compétitions africaines et mondiales, M. Gaye revient sur les péripéties, la place du karaté sénégalais sur le triple plan national, continental et international, les conditions de préparation, les relations entre la Fskda et la tutelle, et les perspectives en vue des prochains championnats du monde seniors de 2004.
Comment se porte le karaté sénégalais ?
Au vu des résultats de cette présente année sportive nationale, continentale et internationale, le karaté sénégalais se porte merveilleusement bien. L'année dernière, nous avons dominé le karaté africain avec la petite catégorie, en allant remporter à Gaborone, au Botswana, dix-huit médailles dont douze en or dans toutes les catégories en jeu, trois en argent et en bronze. Près d'une quinzaine de pays africains avaient pris part à cette compétition avec un grand nombre de la région australe qui n'ont pas lésiné sur les moyens pour cette compétition dont nous avons souffert sur le plan arbitral. Mais à l'arrivée le Sénégal est monté sur le toit africain. Cette année, nous avons participé aux Jeux africains d'Abuja aux côtés de vingt-six pays du continent qui ont pris part à la compétition. Et le Sénégal s'en est tiré avec huit médailles dont deux en or, deux en argent et quatre en bronze. Ce qu'il faut retenir de cette campagne nigériane, c'est le fait de retrouver, six ans après les championnats d'Afrique de Dakar, la médaille d'or en kumité par équipe et en toutes catégories (open) qui font du Sénégal le champion d'Afrique en titre. Deux titres les plus recherchés dans cette compétition continentale, d'où l'envie des autres pays à notre endroit. Ce fut ensuite les championnats du monde cadets et juniors à Marseille (France) en octobre dernier, où nous sommes rentrés avec le titre mondial dans la catégorie des -70 kg avec Abdoulaye Diop et une médaille de bronze avec Maguette Seck chez les -60 kg, ce qui place le Sénégal, dans le tableau mondial, à la 7e place sur 74 pays et 823 athlètes qui ont compéti régulièrement à Marseille. Ajoutez à cela l'illustration de nos athlètes éparpillés un peu partout dans le monde comme Diarra Guèye, Malamine Maro, Khadim Niass, Madieyna Diouf et Djibril Lô qui sont tous montés sur le podium dans les différentes compétitions nationales de leurs pays d'accueil, je peux dire que le karaté sénégalais se porte très bien. Le Sénégal est un pays qui est respecté sur le plan mondial. Avant, on pouvait dire d'une façon épisodique que c'est sur un coup de dé et d'aucuns pensaient à un coup de chance, mais un coup de chance qui se répète chaque jour est l'oeuvre d'un travail de longue haleine et méthodique, basé sur la constance.
Vous parlez de plan de développement, qu'est-ce à dire ?
C'est-à-dire que nous avons misé sur la petite catégorie, à laquelle nous accordons une grande attention. Nous investissons beaucoup au niveau de cette catégorie, avec la multiplication des compétitions et leurs prises en charge dans la classification, l'organisation et la sélection d'un noyau de base au niveau de chaque club affilié à la Fskda, qui constitue les fondements de notre plan de développement. La coupe de l'ambassadeur du Japon qui aura lieu les 6 et 7 décembre prochain au stadium Marius Ndiaye consacre toutes les activités mises en oeuvre par les différentes composantes de la famille du karaté sénégalais.
La fédération a-t-elle vraiment les moyens de ses ambitions ?
Souleymane Gaye :La fédération en elle-même n'a pas les moyens financiers pour réaliser ses ambitions. Nous sommes pénalisés parce que nous ne sommes pas une discipline olympique par rapport aux autres fédérations et même à nos membres. Nous vivons de nos cotisations et des contributions de certaines entreprises comme les Industries chimiques du Sénégal (Ics) qui nous subventionnent chaque année. Par contre, nos instances internationales ne nous subventionnent pas si ce n'est la prise en charge des experts qui viennent pour la formation des cadres. Et là, il est bon de préciser à l'endroit de certains qui entendent souvent de travers quand on parle de plan de développement ou de relance. Les gens pensent que c'est de l'argent liquide que la fédération a reçu, alors que c'est sous la forme d'une prise en charge d'un cahier des charges pour nos besoins en matière de formation que la tutelle finance nos activités.
Quelles sont vos relations avec la tutelle ?
Dans le cadre du fonctionnement quotidien avec le ministère d'Etat en charge des Sports, nous sommes en de bons termes avec la tutelle. En fonction de nos besoins sur le plan de la préparation de nos athlètes pour les compétitions internationales, le ministère est toujours à nos côtés pour nous mettre dans de bonnes conditions. La seule fois où nous avons été choqués (c'est le terme qui sied à ce que je veux dire) par l'attitude, aussi bien des responsables du département des sports, du Comité olympique que des autorités nationales de notre pays au retour de nos karatékas des championnats du monde de Marseille le mois dernier. Personne n'est venu à l'accueil de nos combattants qui sont rentrés avec une médaille mondiale, un titre de champion du monde gagné de haute lutte par Abdoulaye Diop et une médaille de bronze par Maguette Seck. Un fait qui est rare, surtout dans nos pays en Afrique où il est difficile de trouver un champion du monde de karaté, dans n'importe quelle catégorie. Ce qui nous a fait mal, et très mal, c'est qu'aucune discipline sénégalaise à ce jour n'a gagné une médaille mondiale, sauf le karaté. Et personne n'est venu nous dire un petit merci, alors que si c'était l'athlétisme, et surtout le football qui n'a rien gagné, c'est une haie d'honneur, des festivités et autres manifestations au plus haut niveau étatique. Nous sommes déçus et le clamons partout et à qui de droit, pour nous faire entendre. Et nous attendons toujours des excuses à ce manquement et les honneurs de la République dus à notre rang de champion du monde. Sous d'autres cieux, Abdoulaye Diop, Maguette Seck et leur discipline seraient accueillis par toutes les autorités. Est-ce que nos autorités ont mesuré la portée de cette médaille d'or, ce titre de champion du monde de karaté pour un pays comme le Sénégal de l'alternance ?
"Wal Fadjri :Ni même le chef de l'Etat qui est le premier supporter des "Lions" ?
Non. Mais dans le respect de l'esprit des arts martiaux, j'ai envoyé des correspondances à toutes les autorités, en suivant la voie normale pour les informer et les sensibilisées. Je me demande si le chef de l'Etat a été informé de notre titre mondial.
Les prochains championnats du monde auront lieu au mois d'octobre 2004 à Mexico. Est-ce que le Sénégal s'est inscrit dès maintenant dans cette perspective ?
La période charnière que nous redoutions, c'étaient ces années 2002 et 2003 qui voyaient nos prévisions d'écrémage tenir avec l'amalgame des anciens comme les Mamadou Aly Ndiaye, Fodé, Malamine et autres El Moctar, Diarra, Yaye Ami. Heureusement que nous avons réussi à faire de cette étape une confirmation de nos ambitions qui nous autorise à penser avec beaucoup de possibilités les prochains championnats du monde seniors de Mexico en 2004.
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