Slaheddine GRICHI
1 Décembre 2003
- Des artistes tunisiens et égyptiens l'accompagnent à sa dernière demeure à Tunis
L'aube commençait à peine à se lever sur l'aéroport du Caire quand l'avion spécial transportant la dépouille de Dhikra Mohamed a décollé à destination de Tunis.
Jamais cette cantatrice d'exception n'aura été, malgré son amabilité et le nombre incroyable de ses amis et de ses relations, aussi entourée. A bord, il y avait sa famille, ses compatriotes, Lotfi Bouchnaq - qui a consenti le va-et-vient bien qu'il soit en train de répéter avec un orchestre égyptien pour son concert à l'Opéra du Caire, prévu le 4 de ce mois - Saber Rebaï, Ghazi Ayadi, Latifa Arfaoui qui est rentrée spécialement d'un des pays du Golfe, Hend Sabri, etc.
Il y avait également une majorité de la famille artistique égyptienne, comédiens, musiciens et chanteurs confondus dont Salah Charnoubi, Hani Mhanna, Angham, Ghada Rajeb, Husseïn Fehmy, Mohamed Abdelaziz, Chirine, Ilham Chahine, etc. Tous voulaient rendre hommage, certainement pas le dernier, à une voix, peut-être la plus belle et la plus douée de ces dernières années, et aussi à une âme brave, passionnée et spontanée qui ne méritait pas de tomber - surtout aussi jeune - sous les balles d'un mari saisi d'une folie meurtrière.
Abattement unanime
Hier, tous les journaux égyptiens reprenaient, cette fois-ci avec force détails, les péripéties de ce drame qui a abouti sur quatre cadavres dont celui de l'époux meurtrier.
Leur ton était à l'abattement, tout comme celui du monde de la musique qui se préparait à l'ouverture du XIIe festival et congrès de la musique arabe de l'Opéra du Caire qui aura lieu aujourd'hui. Idem pour les voisins et les «connaissances de quartier» du couple disparu qui, jamais, n'auraient cru qu'un tel drame pouvait survenir dans ce quartier résidentiel d'Ezzamalek, et surtout dans l'immeuble «Saray as-Soltane» (le palais du sultan), situé à trois mètres de l'hôtel «As-Safir» et à quelques dizaines des résidences de plusieurs ambassadeurs, et qui plus est, dispose d'une protection d'agents de la sécurité nationale vu les personnalités qui y habitent. D'autant plus que «Mme Dhikra était toujours aimable, souriante et jamais avare en mots aimables à l'égard de tous», déclarent les gens que nous avons pu rencontrer.
Mais que savaient-ils de ce qui se passait dans l'immense appartement (plus de 1.000 mètres carrés) de Aymen Assouidi dont rien ne filtrait parce que justement insonorisé, et qui aura été le théâtre d'un crime qui a défrayé la chronique.
A l'aube encore timide de ce vendredi-là (28 novembre 2003), Aymen Assouidi rentre chez lui d'une veillée plus ou moins arrosée, avec son homme de confiance et directeur financier de ses différentes affaires, Amer Khouli. La femme de ce dernier, Khadija Salaheddine, avait passé la nuit à jouer avec Dhikra et avec l'amie de celle-ci, la comédienne Kaouther Ramzi, au «play-station».
Coléreux, jaloux et soupçonneux
Sitôt arrivé, d'après les témoignages des deux femmes de ménage et de Kaouther, il commence à houspiller Dhikra avant de demander aux premières de garder leur chambre et à la seconde de sortir du salon pour la mettre un peu plus tard carrément à la porte. Le drame était à ses débuts.
De propos provocateurs d'un époux éméché à l'endroit de son épouse, les propos d'Assouidi se transformaient en accusation d'adultère suscités par son désir - connu de tout l'entourage du couple - de la voir arrêter sa carrière, ce qu'elle a toujours refusé avant même leur mariage, contracté il y a environ quatre mois. Dhikra riposte que cela n'était pas vrai, Khadija lui reproche son comportement et Amer, son homme de confiance, essaie de le calmer en lui disant que ses propos n'ont pas de sens. Il perd alors la tête et commence son carnage, un carnage qui a duré au moins quinze minutes, avant de se donner la mort.
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