Karima Mokrani
30 Novembre 2003
Bravant les menaces du premier responsable du secteur de l'éducation, les enseignants grévistes de l'enseignement secondaire de la capitale ont rejoint, tôt hier matin, leurs établissements respectifs. Non pour reprendre les cours comme souhaité par les parents d'élèves mais pour dire à la tutelle qu'aucune menace n'entamera leur détermination à aller au bout de leur combat pour la dignité de l'enseignant.
Ainsi, si l'on se fie aux dires de nombre d'entre eux, aucun enseignant gréviste n'a repris les cours, sinon une petite minorité qui avait peur que les pouvoirs publics passent à l'action. Les enseignants grévistes, dans la plupart des établissements, se sont rencontrés dans les salles des professeurs ou dans une salle où ils ont organisé une sorte d'assemblée générale pour décider de l'action à mener. Les grévistes n'ont eu aucune difficulté à accéder à l'intérieur des établissements : «Ni les proviseurs ni les policiers n'ont essayé de nous empêcher d'entrer dans les lycées», confient des enseignants rencontrés à la sortie des lycées El Idrissi et Ibn Ennas du 1er Mai, ainsi qu'à la sortie du lycée Ibn El Haithem de Rouisseau. Les élèves étaient aussi au rendez-vous, non pour avoir cours mais pour exprimer leur solidarité avec leurs enseignants : «Nous sommes avec vous. Nous vous soutenons jusqu'au bout. Benbouzid n'est qu'un menteur. Il ne peut rien faire contre vous [ ] Il est incapable.
N'est-ce pas lui qui a dit que l'éducation est un secteur non producteur ?» criaient des adolescents au bord du désespoir. Au lycée El Idrissi où la colère des élèves est à son paroxysme, nombre d'entre eux ont menacé de recourir à la violence si l'administration faisait appel à des enseignants fraîchement sortis de l'université : «On leur interdira [les nouvelles recrues] tout accès au lycée. Nous ne donnerons aucune occasion à des stagiaires d'apprendre le métier sur notre dos et celui de ceux qui ont sacrifié leurs meilleures années pour nous. De plus, qui est ce licencié qui osera prendre la place d'un enseignant radié pour une cause juste, celle de la dignité de l'enseignant en général ? Ce ne pourra être qu'un être sans scrupules et sans personnalité», s'insurgent-ils. Les enseignants grévistes rappellent qu'il n'est pas question de reprendre les cours sous la menace :
«C'est une humiliation de trop. Comment oserons-nous regarder nos enfants etnos élèves si jamais nous reprenons aujourd'hui [samedi] ?» s'inquiètent-ils. Les grévistes membres ou sympathisants du CLA soutiennent avec beaucoup de fermeté et de détermination qu'ils ne reprendront les cours que si le ministre de l'Education nationale se décide enfin à signer le procès-verbal contenant sept points garantissant leur protection et la satisfaction de leurs revendications et qui lui a été soumis par les premiers responsables du CLA la semaine dernière. Les parents d'élèves, quant à eux, se sont montrés encore une fois démissionnaires. Notons qu'aux environs de 10h, des proviseurs de lycées ont reçu hier un communiqué de la tutelle accordant, selon les dires de nombre de grévistes, un délai d'une journée de plus (journée de samedi) aux enseignants pour qu'ils renoncent à la poursuite de la grève.
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