D.t.
30 Novembre 2003
opinion
Secrétaire national du FPI Chargé du Worodougou et du Bafing Membre du Secrétariat général
En effet, que n'entendons- nous ou ne lisons-nous depuis que Monsieur Laurent Dona Fologo, Président du R.P.P a lancé sa formule "Il faut tuer l'Ivoirité" ? Pour d'aucuns, "Fologo se renie", "Fologo est vendu" "pour d'autres" "Fologo ne gagnera pas son combat contre le PDCI". Dans tous ces textes, I'artifice utilisé est simple, voire simpliste : il faut discréditer l'auteur en vue de disqualifier son discours. Que veut dire "enterrer l'Ivoirité" ? Là n'est pas le souci des thuriféraires de la notion. Leur préoccupation, faire taire Fologo. Mais comme Galilée, nous disons "et pourtant il faut enterrer l'Ivoirité". S'il est vrai que le concept d'ivoirité est censé subsumer en une appellation unique tout ce qui fait la spécificité de l'Ivoirien, sa bonne humeur, son humour, son ouverture au monde, son hospitalité, sa culture, bref son quotidien, alors, nous devons enterrer l'Ivoirité. En effet, aujourd'hui que constatons-nous ? Le contexte de la naissance du concept, son évolution, son utilisation même et la publicité tendancieuse qui en a résulté, tout cela a galvaudé la notion en lui donnant une compréhension aux antipodes de ce qu'elle était censé signifier. Et quand le signifiant ne rend plus compte du signifié, la signification se perd, donnant, du coup, possibilité à tous les errements. Si l'objectif était de rendre compte de ce que les Ivoiriens sont en vérité, par la notion d'Ivoirité, avouons que nous avons échoué. Et comme personne ne se détermine que par rapport à Autrui, si notre ambition de nous montrer aux Autres ne nous offre qu'un miroir déformant par lequel l'on ne voit que le contraire de ce que nous sommes, si en lieu et place de l'hospitalité le miroir ne reflète que la xénophobie, si en lieu et place du métissage le miroir n'offre à voir que l'exclusion, qu'il y a-t-il de mieux à faire que de le briser ? Ainsi briserions-nous cet instrument par lequel le Diable, se saisissant de notre âme, l'asservit et la transforme en un monstre à la gloire de sa propre célébration. Alors, à moins de vouloir nous contenter du plaisir narcissique d'être les auteurs du concept, nous devons, avec courage, enterrer llvoirité pour que vive l'Ivoirien. Ganin Bertin Eclairage
Manipulation
Depuis quelques jours, Radio France internationale(RFI) essaie de faire passer l'opinion selon laquelle ce sont les autochtones bété qui affrontent des travailleurs migrants dans la sous-préfecture de Ouragahio. Cette information est totalement fausse. Puisque aucun témoignage digne de foi ne signale des affrontement entre les différentes communautés. Il y a que des individus identifiés comme étant des Burkinabé cachés dans la brousse s'attaquent à des paysans bété et d'autres qu'ils croient être leurs alliés. Ils ont des machettes et des fusils calibres 12 pour l'instant. Quand le faits s'est produit il y a quelques jours à Broudoumé,les paysans bété ont alerté la gendarmerie pour constater les faits. Mais les gendarmes dépêchés sur les lieux ont également été pris à partie. Aujourd'hui on dénombre plusieurs blessés parmi les gendarmes et un mort. Ces gendarmes, on le sait, ne sont pas des bété. Ils sont de diverses ethnies et ne sont à Ouragahio que dans le cadre de leurs fonctions. Tout comme on dénombre parmi les morts par balle, deux personnes d'ethnie gouro. Pourquoi s'attaquent-ils ainsi à ces gens ? Eux seuls le diront quand ils seront appréhendés et présentés devant un juges. Alors d'où est-ce que RFI tient-elle ses informations selon lesquelles ce sont des affrontements qui opposent les bété aux travailleurs migrants notamment les burkinabé, les baoulé et les sénoufo ? Il s'agit assurément d'une volonté manifeste de manipuler l'information. Et cela se voit surtout quand depuis le début de la crise, RFI ne fait qu'interroger des personnes qui parlent sous le couvert de l'anonymat sans jamais donner la parole aux autorités administratives et politiques de la Sous-préfecture et du département. Toutes ces personnes ne sont certainement pas dignes de confiance aux yeux des reporters de RFI. Car au moment où, dans le cas de Ouragahio, RFI interroge des anonymes, elle ne recherche que la réaction des Soro Guillaume et autres Konaté Sidiki quand le fait se déroule dans une zone sous occupation rebelle. On l'a vu récemment quand la succursale de la BCEAO de Bouaké a été cambriolée. Sur cette affaire, on n'a eu droit qu'à la version officielle des rebelles. C'est peut-être cela le professionnalisme que l'on veut nous enseigner.
Augustin Kuyo Tueries, barbarie et vandalisme à Ouragahio
La guerre absurde des burkinabés contre les populations autochtones
Depuis bientôt une semaine, le village de Broudoumé et les autres villages environnants vivent dans la hantise. Cachés dans la brousse, des Burkinabés ont entrepris d'assassiner les paisibles paysans. Même les gendarmes ne sont pas épargnés.
Ouragahio, le vendredi 28 novembre 2003. Au domicile de feu l'adjudant de gendarmerie Avit N'Guessan, on a encore du mal à accepter sa mort. Sur le mur du salon, une grande photo le montre dans les bras de son épouse, riant. Au fond de la pièce, la veuve est prostrée, tout de noir vêtue et incapable de retenir ses larmes. Les voisines, toutes épouses de gendarmes, sont en pleurs dehors. L'adjudant Avit N'Guessan, adjoint au commandant de la brigade de Ouragahio, s'était rendu, le mercredi 26, dans la forêt du village de Broudoumé à 8 km de Ouragahio, pour vérifier l'information selon laquelle des Burkinabè armés de machettes et de fusils, s'en prenaient aux autochtones. On signalait déjà un mort et plusieurs blessés. Pour cette mission, d'adjudant Avit est en compagnie de trois éléments dont le commandant de brigade fraîchement muté à Ouragahio. Il n'en reviendra jamais.
Selon des témoignages concordants, tout commence le mercredi à Broudoumé lorsque trois planteurs demandent à un jeune pisteur de leur trouver un véhicule pour aller prendre leur cacao qui se trouve dans le campement. Le camion rendu disponible, le chauffeur, deux apprentis et les jeunes villageois y prennent place.
Chemin faisant, le véhicule s'embourbe. Tous les efforts pour le dégager sont vains. Le chauffeur et les jeunes gens retournent donc au village pour chercher de l'aide, laissant sur place les deux apprentis. A leur retour, surprise ! Le camion est plein de maïs et il n'y a personne à côté. Après quelques minutes de recherche, le chauffeur découvre le corps sans vie d'un des apprentis sous le véhicule. Il se précipite donc au village pour informer la population. L'autre apprenti blessé sera retrouvé plus tard.
Alertés, les gendarmes de Ouragahio se rendent sur les lieux. Ils y sont encore lorsqu'ils apprennent qu'à côté, le campement de M.
Zahui, un allogène gouro, a été également attaqué. On dénombre un mort, M. Zahui, et deux blessés. Tous les bâtiments sont en flamme.
Les gendarmes progressent vers le campement d'un dénommé Berté, un Burkinabè, lorsqu'ils se heurtent à des hommes embusqués qui ouvrent le feu sur eux. Les gendarmes sont facilement identifiables par leur treillis. L'adjudant Avit descent du véhicule. "Nous sommes des gendarmes, n'ayez pas peur. Nous venons de Ouragahio pour tout calmer. Ne tirez pas, nous sommes des gendarmes", crie-t-il. C'est plutôt un coup de feu qu'il reçoit pour toute réponse. Il est mortellement atteint en plein visage.
Le bilan de ce premier jour est déjà lourd. On dénombre, outre le décès de l'adjudant Avit, trois gendarmes blessés, ainsi que deux tués et quatre blessés parmi les civils. Le lendemain, des Burkinabè s'attaquent violemment à un groupe de jeunes du village de Grand-Gbassi alors qu'ils sont en plein travaux champêtres. Quelques uns seront blessés mais ils réussiront à rentrer au village. Tous, sauf Wazè Adolphe que ses parents et amis attendent toute la nuit. Le jour suivant, les villageois décident d'organiser une battue pour chercher le jeune homme porté disparu. C'est plutôt un corps sans vie, qui sera retrouvé après plusieurs heures de recherche.
Adolphe Wazè a été éventré par les Burkinabè, son corps est affreusement mutilé. Il porte de très nombreuses et profondes entailles. Cette perte porte désormais le nombre des décès à cinq, notamment le gendarme Avit N'Guessan, le vieux Jules Lebé de Broudoumé, le gouro tué dans le campement, l'apprenti qui est également gouro et Wazè Adolphe de Grand-Gbassi.
Hospitalisé à la clinique du Fromager de Gagnoa, le commandant de la brigade de gendarmerie de Ouragahio explique : "Alors que nous quittions le lieu de l'attaque pour aller chercher un médecin qui devait faire le constat du décès, on nous a signalé d'autres morts dans le campement du gouro. Nous avons pris le blessé dans notre véhicule. Un parmi eux criait : "Ce sont des gendarmes". Mais ils étaient très nombreux et continuaient de tirer. A cours de munitions, nous avons décidé de nous retirer à pied, dans les marécages. Nous étions trois, Avit n'était pas parmi nous, et alors que nous étions cachés pour l'attendre, nous avons entendu deux coups de feu. Mais nous avions espoir qu'ils n'auraient pas osé tiré à bout portant sur un gendarme. Nous avons donc attendu longtemps avant de nous retirer. Nous étions tous blessés".
Depuis, c'est l'escalade de la violence. En fait, quatre villages, en l'occurence Broudoumé, Grand-Gbassi, Gbassi Bayékou et Gadoukou ont été attaqués au même moment. Les villageois n'osent plus s'aventurer aux champs. D'autant que même les gendarmes venus de Guibéroua pour prêter main forte à leurs collègues sont pris à partie par les assaillants.
Ce vendredi, huit éléments venus de Guibéroua et qui patrouillent dans le secteur où le pauvre Wazè a été tué, sont tombés dans une embuscade, aux environs de 13 heures. Quatre blessés ont été transportés à l'hôpital alors que le ministre Bertin Kadet, venu d'Abidjan pour s'enquérir des faits, s'entretenait encore avec les autorités administratives et militaires, au camp de la gendarmerie. "Notre chance, c'est qu'ils n'avaient pas d'armes lourdes ou même des kalachinikov. Très nombreux, ils nous ont tiré dessus à bout portant avec des fusils de chasse", explique le MDL Kakou Yebi Eugène.
Après plus de deux jours d'attaques dans la brousse, on dénombre déjà sept blessés parmi les gendarmes, cinq au sein de la population civile et cinq morts. A la clinique du Verseau de Gagnoa où les civils sont soignés, le docteur Diallo Ibrahima ne cache pas sa préoccupation. "L'une des victimes a le bras gauche sectionné. Il est toujours dans le bloc opératoire mais il lui fait des soins plus importants que ce que nous pouvons faire ici", avance-t-il.
Selon les gendarmes blessés, au moins un des assaillants portait un béret rouge militaire. De plus, outre leur férocité, il font preuve de beaucoup d'ingéniosité en jouant sur une connaissance parfaite de la très vaste brousse. Ils s'attaquent aux gendarmes après les avoir attirés dans un traquenard. Preuve qu'ils bénéficient d'une assistance de type militaire, qu'il s'agit d'une action préparée et que les machettes et les fusils de chasse pourraient bientôt faire place à des armes de guerre, si rien n'est fait pour étouffer rapidement le mal.
Pour ce qui est de la population civile, la psychose est de plus en plus grande et plus personne n'ose s'aventurer aux champs. La famine pourrait donc s'installer.
Samedi dernier, le colonel Mangou est arrivé à Gagnoa avec plusieurs soldats et le fameux MI24 a été aperçu dans les airs. L'opération de restauration de l'ordre a commencé. Paul. D. Tayoro Le ministre Kadet Bertin : "Ce n'est pas une action fortuite"
Dépêché sur le terrain par le chef de l'Etat pour prendre le pouls de la situation, l'ancien ministre de la Défense par intérim Kadet Bertin ne comprend pas que de telles choses arrivent alors que le président Gbagbo est en train de réussir le pari du retour à la paix. Ironie du sort, cela se passe dans la région natale du président de la République. Pour le ministre, il ne s'agit pas d'une action fortuite. "Les rebelles infiltrés depuis longtemps veulent ramener la guerre et faire reculer la paix", a-t-il estimé.
Après une rencontre avec le préfet Mohiro et les autorités militaires locales, il s'est rendu au chevet de tous les blessés internés dans deux cliniques à Gagnoa. Ensuite, cap a été mis sur le village de Broudoumé où une rencontre a eu lieu avec tous les villageois sur la place du marché. Le ministre après avoir écouté les villageois, leur a demandé de ne pas céder à la provocation en se faisant justice. "Je vous remercie pour avoir adopté une attitude calme. Si vous aviez pris vous aussi les armes pour venger ceux des vôtres qui ont été tués, qu'en serait-il de la région ? Ce qui se passe est une action préparée, préméditée. Si donc vous aviez répondu le premier jour, on n'en serait pas là", a-t-il déclaré.
Toujours en compagnie du député Saturnin Boli Gahoudi, du préfet et des autorités militaires, le ministre a été rejoint par le professeur Dano Djédjé, ministre de la Réconciliation nationale et le député Sokouri Bohui. Ensemble, ils se sont rendus au domicile de feu l'adjudant Avit N'Guessan pour apporter la compassion de la République à la famille éplorée.
Au cours du briefing organisé à Mama au domicile de Kadet Bertin entre les autorités administratives, politiques et militaires, il a été décidé de mener une action vigoureuse. D'autant que c'est la première fois dans le cadre d'un tel conflit, qu'un gendarme est tué dans de telles conditions.
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