Eve FidÈle
1 Décembre 2003
analyse
Port Louis — Un emploi pendant les vacances d'été permet aux étudiants de s'occuper tout en se faisant de l'argent de poche. Mais le salaire offert n'atteint pas les sommets.
La période des vacances scolaires est, pour la majorité des jeunes, synonyme de farniente. Cependant, pour d'autres, même s'ils troquent le strict uniforme contre une tenue plus décontractée, vacances ne veulent nullement dire détente! Chaque décembre, ils s'en vont tâter l'univers du travail. Ignorants, pour la plupart, qu'ils sont sous-payés
Compensant leur inexpérience et leur timidité par un optimisme débordant, ces collégiens déboulent sur le marché du travail avec toute la fougue de leur jeunesse. Ils prennent d'assaut magasins, fast-foods, usines, supermarchés ou entrepôts, avec l'objectif affiché de se faire un peu d'argent.
Soulagement pour leurs parents qui préfèrent une occupation saine et responsable aux mauvaises fréquentations ! Aubaine pour les commerçants qui ont besoin d'une main-d'oeuvre de renfort, bon marché et docile en cette période de suractivités !
Julie, une adolescente de 15 ans, joviale et énergique, a eu son premier contact avec le monde du travail l'année dernière. Elle a volontairement accepté de sacrifier tout le mois de décembre pour se faire de l'argent de poche et "aussi pour ne pas rester cloîtrée à la maison", dit-elle avec un grand sourire.
C'est dans un magasin de souvenirs à Curepipe que Julie a choisi de faire son apprentissage de vendeuse. "C'était très dur et surtout très épuisant. Mis à part l'heure du déjeuner, j'étais forcée de rester toujours debout à cause du nombre de clients qui défilaient à longueur de journée."
Pour quelqu'une qui n'avait jamais travaillé, elle a eu beaucoup de mal à s'adapter "Je commençais à 9 heures pour terminer à 18 heures et vers la fin de l'année je travaillais jusqu'à minuit."
Tout un mois de travail, à des heures aussi prolongées, ne lui a toutefois rapporté que Rs 2 500 ! Frais de transport et heures supplémentaires compris ! Mais, d'un autre côté, c'était un joli petit pactole qui lui a permis de refaire sa garde-robe pour les fêtes !
C'est aussi l'avis de Stéphane, 17 ans, qui fait plus d'un mètre 90 et qui a les cheveux coupés en brosse et colorés rouges vifs. L'univers du travail lui est déjà familier. Chaque décembre, depuis trois ans, il travaille dans un grand magasin de vêtements. " Je préfère travailler que de rester à la maison à ne rien faire et puis cela me donne les moyens de m'acheter des vêtements pour les fêtes."
Le revers de la médaille est que c'est fatigant : "En période de fêtes, je travaille jusqu'à 2 heures du matin." Il s'est déjà fait jusqu'à Rs4000 en comptant les heures supplémentaires.
Insociable
Tous les adolescents interrogés disent regretter les sorties ratées entre amis et en famille. " Je suis trop fatiguée pour sortir après le travail et les virées entre amis me manquent", avoue Joshiwanee, une adolescente de 18 ans, petite et menue, qui travaille dans un grand supermarché des villes-soeurs.
Elle ajoute : "D'ailleurs, comme je rentre toujours à la nuit tombée, les sorties sont presque impossibles !"
Julie est aussi déçue de ne pouvoir sortir avec ses parents après le travail "Quand je rentrais, je n'avais qu'une envie, c'était de me reposer et récupérer des forces pour le lendemain." Son travail est polyvalent : déballage, étiquetage, assistante de rayons, caissière. Elle fait tout ce qu'on lui demande. Le salaire de base est de Rs 2 500 mais elle est aussi rémunérée pour les heures supplémentaires.
Yannick et Hans ont tous deux 17 ans. Le premier bosse dans un magasin de jouets à Port-Louis et le deuxième dans un supermarché à Belle-Rose. Ils travaillent sept jours sur sept. Ils disent adorer le travail, et pour cause : l'année dernière, Hans a touché Rs4000 et des poussières pour deux mois de travail, incluant le transport et les heures supplémentaires.
"Au début c'était très dur mais je pense que le fait de faire du sport m'a aidé à soutenir la pression, physiquement et mentalement." Avec un clin d'oeil espiègle, Yannick ajoute : "Il n'est guère facile de savoir gérer une situation où tu as d'un côté un patron qui gueule et en face des dizaines de gosses qui exigent d'avoir tous les jouets du magasin. Sans compter leurs parents paniqués et énervés ! Je t'assure qu'après une telle journée, en rentrant chez toi le soir, tu n'es plus sociable. Mais quand tu as ton argent entre les mains, cela fait plaisir."
Ils redoutent surtout l'attitude du patron et des employés permanents qui parfois se montrent hostiles envers nos jeunes travailleurs. "Comme le patron est jeune, il est plutôt cool", lance Stéphane "mais il abuse, car c'est moi qui dois faire ses courses personnelles". Concernant l'attitude des employés permanents, il ajoute : "Ils nous épient et ne manquent jamais de rapporter ceux qui sont là temporairement si par malchance nous ne réussissons pas à convaincre un client d'acheter quelque chose."
Le patron et les autres
Julie se plaint de discrimination sexuelle : "Nous étions deux filles et deux garçons à travailler dans le même magasin mais le patron était plus sévère avec nous qu'avec les garçons. Il nous criait dessus à tout bout de champ et il n'avait pas de considération pour mon amie et moi."
Même chose pour Joshiwanee, qui subit elle les caprices de la patronne :"Moi j'ai l'impression que la patronne abuse de moi, et puis elle crie tout le temps et ne supporte jamais le plus petit retard." Yannick a lui aussi le sentiment que le patron privilégie ses employés permanents et qu'il a davantage de considération pour eux que pour lui.
Tout compte fait, Julie préfère ne pas répéter l'expérience. Les autres avouent avoir attendu avec impatience le moment de reprendre le chemin du travail. Ils disent tous que c'est une autre sensation, un plaisir à part, que de dépenser l'argent gagné à la sueur de leur front.
Ont-ils le sentiment d'être exploités ? Certes, mais ils concèdent que cela fait partie du jeu. Et pour eux, le jeu en vaut la chandelle !
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