Par : Chérif Kéba AIDARA Email : ckaidara@hotmail.com
1 Décembre 2003
Le ministre d'Etat, Landing Savané, secrétaire général d'Aj/Pads, vient de signer, conjointement avec Amath Dansokho, opposant résolu qui ne fait aucune concession au président de la République Abdoulaye Wade, un communiqué contre le régime de l'alternance.
Au nom de leur parti, ils ont dénoncé la violence, l'impunité, la mauvaise gestion, bref la mal gouvernance. Pour beaucoup moins que ça, Amath Dansokho puis Moustapha Niass ont été virés sans ménagement du gouvernement. Et cela, sans aucune conséquence (au plan politique s'entend), pour le président Wade. Il est vrai qu'à l'époque il bénéficiait d'un réel état de grâce. La nouveauté aujourd'hui, c'est que cette déclaration survient au moment où le président et son gouvernement se trouvent dans une situation délicate, inconfortable même, puisque caractérisée par un malaise persistant dû à des scandales et à des affaires louches dans lesquels l'Etat, avec à sa tête la présidence de la République s'est embourbé (le Joola, le livre d'Abdou L. Coulibaly, la Bourse du travail, Talla Sylla, Serigne Diop etc.) et qui ont fini de décridibiliser le chef de l'Etat. L'autre aspect à souligner et qui confère une importance particulière à ce communiqué, est incontestablement la qualité d'un des signataires, à savoir Landing Savané, un homme connu pour sa rigueur, son sens de la mesure et sa constance. L'alternance a été réalisée à la mobilisation de tout un peuple, mais aussi et surtout grâce au combat acharné, obstiné des hommes comme Abdoulaye Wade, Landing Savané, Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho principalement, de la société civile, de la presse et de nombreux patriotes femmes et hommes qu'il serait fastidieux de citer ici.
Après trois ans et demi de cette alternance sur laquelle reposaient tous les espoirs de l'écrasante majorité des sénégalais, un constat s'impose : la déception accompagnée d'un sentiment de révolte qui s'installe dans le coeur et l'esprit de tous ceux qui ont contribué à son avènement. Le paradoxe, c'est qu'on retrouve aujourd'hui à côté du président Wade les fossoyeurs de notre économie et les ennemis de la liberté issus du Parti socialiste tels qu'Abdoulaye Diack et Mbaye Jack Diop, les laudateurs et autres flagorneurs qui s'allient à tous les régimes, à l'image d'Iba Der Thiam, Ousmane Ngom, Jean P. Dias, Serigne Diop, tous souteneurs d'Abdou Diouf contre l'alternance. A cette faune hétéroclite il faut ajouter un ramassis d'opportunistes véreux et incompétents, défenseurs de l'accaparement des médias d'Etat et adeptes de l'ostentation outrancière et de l'étalage scandaleux de leurs toutes nouvelles richesses.
Face à eux, une opposition frileuse qui, jusqu'à l'affaire Talla Sylla, a eu du mal à prendre ses marques, à trouver ses repères. Il aura fallu que survienne la bêtise qu'a été l'agression à coups de marteaux contre le président du Jëf jël d'une part, et que d'autre part tombe le verdict du procès des événements de la Bourse du travail, pour qu'enfin tous les patriotes sincères, épris de justice et de paix, prennent conscience de la violence et de l'impunité qui gagnent notre pays sous le ciel de l'alternance. C'est donc ici que les prises de position d'un éminent ministre de la République, à côté de celles de deux autres authentiques acteurs de l'alternance que sont Abdoulaye Bathily et Amath Dansokho, sont d'une importance capitale. Elles constituent un appel à la résistance contre les prédateurs incrustés au coeur de l'Etat, qui ont trahi l'espérance du peuple, qui sont dans le camp du pire. Assurément, messieurs Savané, Bathily, Dansokho, vous qui aujourd'hui appelez à la réactivation du Pôle de gauche, vous qui réclamez la mise en place d'un programme de gouvernement et d'une Ceni tout en exigeant la fin de l'impunité, vous êtes du camp des meilleurs. Vous, travailleurs qui galérez, Vous jeunes et femmes qui subissez les affres du chômage, vous, membres de la société civile qu'on piétine, vous, gens de la presse qu'on méprise à présent, gens du peuple, courageux mais déçus et fatigués, vous êtes aussi du côté des meilleurs. Pendant que ceux du camp des "pire" et leur chef voyagent, s'amusent, racontent des histoires et se sucrent, unissons-nous pour la sauvegarde des intérêts supérieurs du Sénégal et pour la renaissance de l'Espoir.
* Titre emprunté à Bara Diouf (Le Soleil - février 1988)
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