Ibrahima Lissa Faye
1 Décembre 2003
opinion
La cassette du leader de l'Alliance Jëf-jël, Talla Sylla a, une nouvelle fois, sonné un déclic au niveau de la conscience collective de bon nombre de sénégalais, même pour ce qui sont dans les hautes sphères de l'Etat n'ont pas été épargnées.
Le président de la République, Me Abdoulaye, a donné des instructions au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, en collaboration avec le médiateur de la République qui joue le rôle d'interface entre les citoyens et l'administration pour l'organisation d'un séminaire de concertation entre les différents segments de la nation en vue de " l'instauration d'un dialogue national permanent dans la société ".
Cette initiative du chef de l'Etat est la deuxième du genre. Au lendemain du naufrage du bateau le " Joola " qui a endeuillé tout le pays, Me Abdoulaye Wade s'est comporté comme un vrai père de la nation sénégalaise. Il a lancé un appel à l'introspection qui a touché la sensibilité de tout un chacun en ce sens qu'il a suscité, pour un court moment un sursaut national. En septembre 2002, chaque individu cherchait à extirper en lui ce comportement malsain et hideux qui le poussait à enfreindre, à dessein, les lois et règlement de son Etat. Mêmes les chauffeurs de cars rapides, de Ndiaga Ndiaye et de " calandos " aussi teigneux qu'ils sont, ont essayé de se conformer à la réglementation en vigueur pendant un bon moment avant de reprendre leurs vieilles et vilaines habitudes.
Cet état de grâce de l'invite du chef de l'état s'est, au fil du temps, essoufflé avant de réduire comme pot de chagrin jusqu'à exposer le pays à une situation critique. Aujourd'hui, les lampions de tous les secteurs clignotent au rouge. Parmi les clignotants qui ont donné le signal, figure, en bonne place, l'agression du leader du Jëf-jël qui est survenue au moment où le procès sur l'affaire de l'incendie de la bourse du travail était encore en cours. C'est à la suite de l'alerte lancée par une certaine frange de la société civile, de l'opposition et de la presse que le président de la République a donné des instructions au ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales ainsi qu'au Médiateur de la République pour l'organisation d'un forum de concertation pour l'instauration d'un dialogue nationale avec tous les regroupements et branches sociales du pays.
Cependant, des états généraux pour chaque compartiment de notre société semble être le mieux indiqué afin de trouver un palliatif à tous ces maux qui gangrènent notre nation au point de soulever l'ire et les inquiétudes de tout le monde. Le rapport entre l'administration et les citoyens, le laxisme, l'impunité, l'indiscipline et le non-respect des lois et règlements. Ces concepts ont été rabâchés à maintes reprises par les membres de l'administration et de la société civile qui ont eu prendre la parole lors de cette rencontre qui a eu lieu samedi 29 novembre dernier au Méridien président sous l'instigation du chef de l'Etat. Ces maux sont communs à tous les secteurs. L'Education et la Santé qui constituent les fondements de tout peuple souffrent énormément. L'introduction du volontariat qui permet l'émergence d'instituteurs sans vocation ni niveau a fini de bannir tout un système qui pourtant faisait la fierté de notre administration. À côté de ces lacunes que traînent ces enseignants, l'essentiel des élèves en classe de Cm 2 ne sait pas construire une phrase correcte, à plus forte raison écrire ou déchiffrer une lettre. Pour ce qui concerne la Santé, il faut vraiment être nanti pour pouvoir espérer des soins adéquats. En outre, du fait du dépérissement, de jour en jour, du pouvoir d'achat, les couches défavorisées s'enlisent de plus en plus dans le bourbier de la misère, tandis que les plus démunies, autrement dit le lumpen prolétariat, ne cesse d'envahir la rue, d'investir le cercle de la mendicité.
Il est grand temps pour que le gouvernement ou encore l'Etat, " ce monstre froid qui ment froidement ", disait le philosophe allemand, Nietzsche, réagissent afin d'éviter le pire. Une des raisons des lourdeurs des procédures administratives, les fonctionnaires s'absentent comme bon leur semble. Au building administratif, rares sont les fonctionnaires qui travailleurs cinq jours sur sept et qui arrivent à leur lieu de travail à 8 heures. Un phénomène a tellement perduré qui a été finalement érigé en règle de conduite immuable. Ce qui nous amène à demander si les inspecteurs du travail et même d'Etat font régulièrement leur travail.
Par ailleurs, il suffit d'avoir des liens de parenté avec une autorité de la République (ministres, conseillers, gardes du corps, etc ) pour tout se permettre pour penser qu'on est absous de toutes punitions ou corrections. Cela est, également valable pour les chefs religieux qui constituent dans ce pays un lobby d'une extrême puissance. Ils ont d'ailleurs une grande part de responsabilité sur l'anarchie et l'indiscipline qui se sont installées dans la société singulièrement dans le transport et le commerce.
Toutes ces péripéties constituent des pesanteurs assez balèzes et assez pesantes pour ce petit pays qu'est le Sénégal. La situation est de plus en plus en déliquescence. L'heure est grave. Un " Ndeup " national semble être indispensable pour conjurer le mauvais sort qui veut s'abattre sur notre pays. De ces assises devront découler une nouvelle réglementation, un nouveau modus operandi qui sera taillé à la mesure de nos réalités et de notre philosophie et de nos perspectives. Le naufrage du bateau le " Joola ", l'agression du leader du Jëf-jël et l'accident de la route survenu le samedi 29 novembre à hauteur de Colobane, dans lequel a perdu la vie un policier alors qu'il était dans le cortège du Premier ministre sont des indices salutaires bien qu'ils soient des exemples tragiques, dans la mesure où ils ont permis une prise de conscience qui a abouti à cette concertation. C'est à voir maintenant si les conclusions de cette rencontre ne vont pas être confinées dans les tiroirs comme il est de coutume.
Le ministre de l'Intérieur a l'obligation de joindre l'acte à la parole. Cette initiative du président de la République est si importante et intéressante qu'elle devrait faire l'objet d'une planification et d'une préparation minutieuse afin d'éviter ces couacs qu'elle a enregistré sur le plan des invitations. Toutefois, il appartient, d'ores et déjà, au Médiateur de la République, Doudou Ndir, de jouer pleinement son rôle en descendant sur le terrain pour prendre langue avec toutes les forces vives de la nation. Alors que Macky Sall, lui, doit se départir de son manteau de politicien pour faire respecter scrupuleusement les lois et règlements en vigueur dans notre pays sans discrimination. Il est temps, parce que nous sommes loin des échéances électorales. Et quoique les mesures puissent être impopulaires, c'est le résultat qui compte le plus. C'est le Parti démocratique sénégalais (Pds) qui en sortira grandi, si on arrive à redresser la barre.
L'opposition et la presse, qu'on taxaient d'oiseaux de mauvais augure, ont jusque-là bien joué leur rôle. Elles ont tiré la sonnette d'alarme pendant qu'il était temps et puisque le bond est lancé pour un dialogue, alors il ne faudrait pas pousser le bouchon plus loin jusqu'à ce que nous tous soyons à un point de non retour. Par conséquent, les intérêts supérieurs de la nation doivent transcender les connotations et les logiques partisanes et sectaires. Il ne doit pas y avoir de parti politique, de société civile, de syndicats, de religieux ou de juste milieu. Nous sommes tous Sénégalais, alors agissons pour sortir notre pays de ce tourbillon qui est en voie de nous mener vers une impasse.
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