Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Massata Diack, directeur de Pamodzi et les finances de la FSF : "Le Commissaire aux Comptes n'a pas bien examiné mon rapport"

Propos recueillis par Serigne Mour DIOP

1 Décembre 2003


interview

Interdit d'accès à la réunion du Comité directeur de la Fédération sénégalaise de football, dont il est l'agent marketing attitré, Papa Massata Diack, directeur de l'agence Pamodzi, est dans tous ses états.

Samedi 29 novembre, le patron de Pamodzi voulait, selon ses dires, "discuter de son rapport financier avec les membres du Comité directeur", afin de les éclairer sur les réservées émises par le président Saïd Fakhry, quant à la conformité des rapports de Pamodzi et des commissaires aux comptes. Dans cette interview exclusive qu'il nous a accordée, l'agent marketing de la Fsf revient sur plusieurs aspect de sa collaboration avec le football sénégalais. Entretien

Il semble que vous avez été interdit d'accès à la réunion du Comité directeur de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), samedi 29 novembre. Qu'est ce qui s'est passé au juste ?

Je crois qu'il faut apporter une clarification par rapport à ce que Monsieur Lamotte (Jean-Louis, membre du Comité directeur : Ndlr) a dit. Malheureusement, il est arrivé en retard, à 11h 05. Donc, il n'était pas au courant que ce qui s'était passé. J'ai été fait appeler par le président de la Fédération Fakhry qui m'avait vu en train de distribuer des documents. Il m'a demandé ce que je faisais au Comité directeur. Je lui ai répondu que je venais clarifier la situation financière avec l'instance la plus importante de la Fédération qui est le Comité directeur. Au lieu de répondre par voie de presse, alors que lui (le président de la Fsf, Ndlr) avait fait des révélations à la presse, j'ai préféré répondre devant cette instance du football sénégalais. Donc, il m'a opposé son désaccord en me disant que, malheureusement, je ne pouvais pas participer à la réunion du Comité directeur et que je le savais bien.

Est ce que dans le passé vous avez eu à participer à des réunions du Comité directeur ?

J'en ai participé. En décembre 2002, j'ai été convoqué, comme en juillet et en octobre 2003. En somme, à chaque fois que le besoin se faisait sentir. J'avais participé à l'Assemblée générale du 4 octobre 2003. Par contre, je n'étais présent à l'Ag de 2002. Cette fois ci, je tenais à être présent parce que j'ai pensé qu'il valait mieux que je rende compte directement au lieu de laisser cette tâche à mes collaborateurs ou au vice-président chargé du marketing de le faire.

Le président de la Fédération a fait état, la semaine dernière, de différence des chiffres qu'il y avait entre le rapport de Pamodzi et celui du Commissaire aux Comptes. Qu'est ce que vous pouvez répondre à cela ?

Moi, je constate d'abord que les commissaires aux comptes n'ont pas exploité notre rapport. Soit ils n'y comprennent absolument rien, soit ils ne l'ont pas lu. C"est Bobo Camara, actuel trésorier de la Fédération, à l'époque vice-président chargé du sponsoring, qui nous a demandé de reprendre nos rapports et, au lieu du 1er janvier au 31 décembre, les circonscrire dans la période du 31 août au 31 août. Ce qui correspond à la saison sportive. Je les avais repris en conséquence. Donc, ça manque des sommes encaissées à des moments qui sont forcément différents du rapport du 1er décembre. Si vous notez bien, le 31 août 2002 exclut déjà la période de la Coupe du monde qui s'est déroulée en mai et juin 2002. Dans le rapport de mai 2003, nous prenons en considération juste la période qui concerne les matches de qualification.

Donc, nous avions carrément donné ces états à qui de droit, bien à l'avance. Mais un comité avait été constitué avec la réunion du Comité directeur du 19 juillet 2003. Ce comité m'a rencontré pendant plus de cinq heures, en présence de Mame Bounama Dièye, qui était 1er vice-président, du président de la Ligue de Ziguinchor, du trésorier général, Bobo Camara, bref tout le monde y était. Ce qui m'étonne, c'est que les mêmes personnes qui étaient dans ce comité sont aujourd'hui à la Fédération. Et ils ont eu à donner leur avis puisque le président El Hadji Malick Sy a signé les rapports et le trésorier l'a fait également.

Est ce qu'à l'Assemblée générale également, on a évoqué des divergences dues aux deux rapports ?

Nous avons juste lu le rapport du commissaire aux comptes. Et comme tout le monde à l'Assemblée générale, nous avons constaté que le rapport est complètement bizarre, parce que les commissaires aux comptes ont écrit dans leur rapport : "pour plus de précisions, nous avons demandé qu'on nous fournisse le rapport du bilan du sponsoring de Pamodzi, afin d'y apporter des précisions". Ce qui veut dire qu'ils n'ont pas exploité ce rapport, comme il le fallait.

Maintenant qu'on vous interdit l'accès à la réunion du Comité directeur, avez-vous eu des échos à l'issue de la rencontre par rapport à cette situation créée entre votre structure et la Fédération ?

Oui, j'ai eu échos de la réunion. Le Directeur administratif et le vice-président chargé du Marketing, que sont respectivement El Hadji Mactar Guèye et Cheikh Tidiane Seck auraient demandé carrément la rupture du contrat entre Pamodzi et la Fédération. Ils ont dit m'avoir convoqué en réunion. Ce que je conteste officiellement. Parce que, depuis le 18 octobre jusqu'au 15 novembre, à aucun moment, je n'ai été convoqué. Je n'en ai pas besoin. La seule réunion qui a eu lieu avec le président Fakhry, c'est parce qu'il avait besoin que je lui signe des chèques, soit disant que je suis créancier de la Fédération. Et je lui ai dit : "Monsieur le président, je pense que vous êtes trompé de partenaire parce que, moi, je ne suis pas personnellement investi sur les finances du football sénégalais. A ma grande surprise, vous venez me demander encore de l'argent, alors que je m'attendais à ce que vous veniez renflouer les caisses parce que tout le monde disait que vous êtes le messie qu'attendait le football sénégalais pour son développement".

Vous disiez qu'un membre du bureau de la Fédération vous a dit que les gens ont demandé la rupture du contre qui vous lie à la Fédération. Est-ce que la Fédération a des arguments pour exiger la rupture du contrat ?

D'abord la première chose que j'attends de la Fédération, c'est qu'elle transforme la déclaration du président Fakhry en me saisissant par voie officielle, par une lettre écrite. Ce qui n'est toujours pas le cas, au moment où je vous parle. J'ai été informé, au même titre que les tous les Sénégalais, par voie de presse. La deuxième chose, s'il y a une contestation des rapports faits par Pamodzi, que ça se fait par écrit. Et si on prend le contrat que j'ai signé avec la Fédération en 2001, entre octobre 2001 et 31 décembre 2003, on était tenu de générer 1 milliard 750 millions de FCfa, à partager à 70% pour la Fédération et 30% à Pamodzi. Aujourd'hui, avec l'état que j'ai présenté au président Fakhry, déjà au 31 décembre 2002, j'avais dépassé ce 1,7 milliard. J'étais à 1,868 milliard. Si on prend la période de 2003, pour vous dire simplement que je suis au-delà du minimum garanti pour la durée du contrat. Je ne vois pas, par conséquent, qu'un argument financier puisse prévaloir.

Troisième chose, il faut trouver une faute dans la gestion de Pamodzi, ce qui ne peut avoir lieu. Parce que ,quand il n'y avait absolument rien, il y avait que ¨Pamodzi qui pouvait financer les activités de la Fédération. Quand je signais ce contrat avec la Fédération, il n'y avait dans ses caisses que 8 millions de F Cfa. Il n'y avait que trois sponsors que : la Sonatel mobile (100 millions), la Mtoa (24 millions) et la Sips (4 millions). Il n'y avait pas d'équipementier, pas de télévision. Il n'y avait absolument rien. La meilleure performance financière réalisée avant Pamodzi a été faite par Adama Thiam avec le match Sénégal/Maroc, où il y a eu 160 et quelques millions de revenus sur un match de qualification de Coupe du monde.

Pamodzi a, depuis lors, injecté dans le football sénégalais presque 2 milliards 675 millions de F Cfa. Je parle en l'état actuel des choses et personne ne peut le contester. Nous avons eu assez de réunions entre 2002 et 2003 pour clarifier cette situation.

Après la réunion de ce Comité directeur, avez-vous été en contact avec le président Saïd Fakhry ?

Il a demandé à ce que l'on se rencontre en aparté, tout seul. J'ai refusé parce que je me suis dit que j'ai eu deux rencontres avec lui au niveau du bureau fédéral, en présence du vice-président, Cheikh Tidiane Seck, de Bobo Camara, en tant que trésorier de la Fédération. Nous avons eu une deuxième rencontre que j'ai provoquée chez ses avocats. Après ces deux rencontres, je croyais que tout le monde était édifié sur tous les états. Il m'a demandé de faire la situation du mois de novembre. C'est ce que j'ai fait et il s'est mis ensuite à faire ses déclarations dans la presse. Moi, je ne crois pas que ces personnes-là aient une parole d'honneur. Donc je ne souhaiterais le rencontrer que dans le cadre d'une réunion de bureau fédéral ou au Comité directeur ou encore dans le cadre d'une réunion de confrontation.

Ne pensez-vous pas que cette situation conflictuelle entre les deux principaux partenaires qui ont en charge l'équipe nationale de football risque de s'étendre sur les comportements de l'équipe, voire même sur ses résultats à la Coupe d'Afrique des nations ?

Mais ce n'est pas moi qui ai provoqué cette situation. Moi, j'ai fait ce que j'avais à faire depuis que j'ai pris la gestion de l'équipe nationale. J'ai créé un environnement d'excellence, j'ai aussi créé une atmosphère. Il y a plusieurs conditions que je peux énumérer. D'abord, j'ai créé un logo pour la Fédération, un maillot officiel, j'ai amené plus de visibilité sur les matches de l'équipe nationale qui sont tous retransmis à la Télévision, quel que soit le lieu. Nous avons eu vingt-cinq sponsors, nous avons une banque officielle. Nous avons mobilisé les autorités publiques, la Présidence, la Primature, les ministères, les Conseils régionaux, l'Assemblée nationale etc. Nous avons obtenu un contrat avec un équipementier officiel pour les équipes nationales. Nous avons lancé des produits dérivés avec des DVD, la boutique des "Lions", des aires d'hospitalité. Je peux encore continuer l'énumération. Mais aujourd'hui, tout est centralisé eu niveau du ministère .

Est ce que le ministère a eu à intervenir dans ce climat délétère pour jouer peut-être la médiation ?

Ce que j'attendais le plus, c'est que l'on appelle à une réunion de confrontation entre la Fédération et Pamodzi. Je pense que cela peut se faire dans la plus grande transparence. Cela devait d'ailleurs se faire dès après la Coupe du monde. Mais tel n'a pas été le cas. Je vais donner un cas d'exemple. Nous avons entendu dire qu'il n'y a pas de bilan officiel de la Coupe du monde. Je réfute cette déclaration. Moi, ma participation à la Coupe du monde, j'en ai fait un bilan.

C'est parce que la trésorerie n'a pas été unifiée .

Mais elle ne peut pas l'être. Mon contrat avec la Fédération est un contrat de droit privé. Ce n'est pas un contrat régi par les textes de droit administratif. Il faut que cela soit clair dans la tête des Sénégalais. Pamodzi ne gère pas ce qui vient de la Fifa. La Fifa traite avec les Fédérations. La Fifa est une fédération des fédérations.

Mais il n'y a pas que l'argent généré par la Fifa, il y a celui de l'Etat aussi.

L'argent de l'Etat était géré par le Comité Foot 2002 créé par arrêté ministériel et géré par le ministère. Donc, la nature de cet argent est différente. Moi, le contrat qui me lie à la Fédération et le sponsoring m'obligent à facturer, encaisser, gérer et rendre compte. C'est ce que je fais. Ça ne peut pas dépendre du fonctionnement du ministère. Je suis catégorique la-dessus. Le contrat entre la Fédération, les sponsors et Pamodzi est un contrat de droit privé. Soyons clairs. Deuxième chose, quand la Fédération me demande d'intervenir, c'est qu'elle ne peut pas le faire dans le cadre du budget de l'Etat . Moi, je viens un appui à cette action publique. Il m'arrivait même de financer le ministre des Sports. Le tournoi Cabral 2001, il ne pouvait pas le supporter. Le voyage, les primes Il l'est arrivé même de payer, par deux fois, le salaire de Bruno Metsu et ses factures de téléphone. Il m'est également arrivé de payer les salaires des entraîneurs.

Vous a-t-on remboursé ces sommes ?

Jamais ! Ces sommes n'ont jamais été remboursées. Au jour où je vous parle, j'ai intégré ça dans le bilan. Alors, j'ai dépensé plus de 200 millions de FCfa pour ce que j'appellerai " un appui institutionnel ". C'est ce que j'ai discuté avec la Fédération. Monsieur Cheikh Tidiane Fall (ancien chargé de la communication de la Fsf, Ndlr) à l'époque de la commission ad hoc, avait fait les contrats de sponsoring. Et j'ai fait un chapitre intitulé "Appui" ces gens, parce que je sais qu'avec l'Etat, il faut que l'on paye. L'Etat est le premier sponsor du football, en Afrique. Je ne suis pas naïf pour ne pas le comprendre.

Nous avons trouvé des costumes officiels avec des logos, nous avons fait des insertions dans les journaux, nous avons créé des brochures avec la biographie des joueurs. Je pense qu'il y a eu beaucoup d'amélioration. Mais aujourd'hui, on semble vouloir remettre tout ceci en question en disant que c'était de la gabegie. Je suis tout à fait opposé à cette démarche. Le football sénégalais ne peut pas dépendre de la bonne volonté des fonctionnaires de l'Etat ou de la ligne d'un président qui va nous éclairer, soi-disant, en messie. Il n'y a pas d'homme providentiel dans ce football. C'est une gestion d'équipe, cette cohésion, cette unicité dans l'approche qui peuvent nous faire gagner et qui nous ont fait gagner en 2002. Mais aujourd'hui, nous avons l'impression de subir un diktat.

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