Alain B. Batongué
1 Décembre 2003
Comment tirer profit d'un événement sans avoir mis sur pied les structures adéquates de son application.
Demain s'ouvre au palais des congrès de Yaoundé, la 3e édition du sommet africain des villes et communes, Africités 2003. Un événement panafricain majeur qui attend pas de moins de 1500 délégués, et qui se tient quelques jours seulement après le 2e Colloque national des magistrats municipaux et de la Décentralisation au Cameroun, et les Assises de la coopération décentralisée entre la France et le Cameroun qui, elles, s'achèvent ce jour. Trois événements en un seul : l'hymne à la décentralisation administrative qui, seule, permet aux collectivités territoriales décentralisés d'être plus efficaces dans l'accès aux services de base dans les collectivités locales africaines, thème général des travaux d'Africités 2003. Le tout est de savoir, comme l'ont démontré les travaux de la semaine dernière, si le Cameroun est prêt dans ses propres structures, et s'il peut véritablement tirer profit d'un forum de cette dimension.
Lorsque Gilbert Biwolè, alors directeur administratif du Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunal (Feicom), en compagnie de deux membres du gouvernement dépêchés pour la circonstance à Windhoek, avait réussi à faire arracher au profit du Cameroun l'organisation de la troisième édition de Africités (prévue à ce moment pour courant 2002) devant une délégation gabonaise teigneuse qui souhaitait, une fois de plus, faire un pied de nez à celui qu'il considère toujours comme son grand rival en Afrique centrale, tout avait été conçu pour que le rendez vous de Yaoundé soit l'occasion de présenter à la face du monde la phase achevée du processus de décentralisation administrative, dont les ébauches et surtout les avantages avaient été présentés dans la capitale namibienne, sous le froid glacial d'un hiver austral particulièrement rude cette année là. Il y avait de quoi. Le pays venait de se doter d'une nouvelle constitution (janvier 1996), qui prévoyait des formes modernes et universelles de décentralisation, et les projets étaient déjà bouclés, assurait-on.
Il faudra sans doute attendre une autre occasion. Le Cameroun a été rattrapé par le temps,
comme d'habitude. Entre moutures et projets, les populations auront attendu en vain depuis bientôt huit ans, que le projet soit présenté à l'Assemblée nationale pour discussions et adoption, par la seule volonté de blocage du chef de l'Etat, dont on n'arrive pas à comprendre ce qu'il redoute au fond. Et au fil du temps, la situation a fini par embarrasser l'élite administrative et politique proche du parti au pouvoir, qui est supposée en parler au quotidien. D'autant plus que le réajustement du ministère de l'Administration territoriale, auquel on a ajouté la partie Décentralisation, avec en prime un ministre délégué, n'aura pas longtemps fait illusion. L'embarras s'est traduit il y a une dizaine de jours lorsque, sous l'impulsion de la coopération allemande (le Gtz), un atelier a été organisé sur le rôle des journalistes dans l'accompagnement du processus de décentralisation au Cameroun. En dépit du fait qu'ils avaient donné leur accord et suivi de près l'élaboration des termes de référence, les autorités du Minatd, du ministre d'Etat au secrétaire général, en passant par le ministre délégué et le secrétaire d'Etat, ne daignèrent pas faire le déplacement pour la cérémonie d'ouverture, qui fut finalement annulée.
On peut certes les comprendre: qu'aurait dit le ministre ou son représentant aux hommes de médias? Car comment peut-on accompagner ce qui n'existe pas?
L'embarras a également refait surface à l'ouverture, jeudi dernier, des travaux du 2e colloque national des magistrats municipaux et de la décentralisation par le ministre d'Etat chargé de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Marafa Hamidou Yaya. Certes, il reconnaissait que le forum visait à " valoriser le concept même de décentralisation et, par voie de conséquence, d'optimaliser le rendement des services communaux, en fournissant ou en renforçant du côté de leurs gestionnaires de premier ordre, à savoir les magistrats municipaux, les outils dont ils doivent disposer dans l'accomplissement de leurs missions, au demeurant nouvelles pour la plupart d'entre eux ", mais il nuançait aussitôt, devant la difficulté politique de sa mise en pratique, en précisant que " l'enjeu est de taille compte tenu des options du gouvernement du Renouveau pour la mise en oeuvre d'une politique de décentralisation progressive et prudente. "
Bénéfice
Dans le contexte actuel pourtant, il est difficile d'obtenir l'efficacité des collectivités territoriales sans que le pouvoir ne leur soit effectivement transmis à la base. " Les espoirs des populations sont réels, reconnaissait encore Marafa Hamidou Yaya, ainsi que des élus locaux eux mêmes, des bailleurs de fonds et des différents partenaires de développement local, régional et national car plus qu'une réforme administrative, la décentralisation est avant tout une réforme de l'Etat et des rapports entre le citoyen et le pouvoir. "
Dans ces conditions, quel bénéfice le Cameroun peut-il tirer du sommet Africités qui s'ouvre demain ? Quels extrants dégager de cette plate forme de dialogue sur la décentralisation et le développement local qui rassemblera plus de 1500 participants, dont 800 élus locaux de l'ensemble du continent africain? Et comment concrètement tirer profit du thème central des travaux, qui est " assurer l'accès aux services de base dans les collectivités locales africaines "? Pour l'organisateur principal de ce forum panafricain qui en est à sa troisième expérience, le partenariat pour le développement municipal (Pdm), ce thème " s'inscrit dans la continuité des engagements pris au sommet mondial de Johannesbourg en 2002 par la communauté internationale: priorité accordée à la lutte contre la pauvreté. "
" Les débats sur les services de base et sur les démarche et moyens pour en assurer l'accessibilité à tous, appuyés par les témoignages des élus et des acteurs économiques qui mettent en place des actions concrètes au niveau local feront l'objet de recommandations et de résolutions ", assure encore le Pdm, qui annonce la présence à Yaoundé, entre autres, du président mozambicain Joachim Chissano (encore!), du ministre français délégué à la Coopération et à la Francophonie, Pierre André Wiltzer (à la tête d'une impressionnante délégation de maires et représentants d'élus locaux de France et de plusieurs ministres et maires des principales villes africaines. Après Africités 1, tenu à Abidjan en 1998, qui avait permis " l'émergence du mouvement municipal africain sur la scène institutionnelle africaine et internationale ", après Africités 2 tenu à Windhoek qui avait " marqué le début de structuration du mouvement municipal africain et du dialogue panafricain sur la décentralisation et le développement local ", c'est un fardeau historique qui pèse sur Africités 3 qu'organise Yaoundé. Il faut croiser les doigts pour espérer en sortir avec des éléments concrets, même si on ne doute pas que le débat sera fécond.
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