Léger Ntiga
1 Décembre 2003
Le TPI a eu la main lourde pour 8 des 21 inculpés. Les autres ont été acquittés. Ambiance au palais et premiers commentaires.
" Le tribunal a accordé des circonstances atténuantes aux accusés pour leur bonne tenue devant le tribunal et leur qualité de délinquants primaires ". Alors que toute l'assistance dans la salle d'audience, retient son souffle en ce vendredi 28 novembre 2003 et que l'unique entrée est strictement filtrée par un détachement de gendarmes spécialement venus pour la circonstance, le président de tribunal, Mme Marie Noah, poursuit l'énoncé de son verdict. " Mounchipou Seïdou, Angoula Dieudonné, Meli Ngninzeko Chrisppo, Ongolo née Nsizoa Marthe Nadine, Emmanuel Bayiga, et Ngou Jean sont condamnés à 20 ans d'emprisonnement ferme ". Tollé dans la salle où, pris d'émotion, parents et amis des désormais pensionnaires de Kondengui, la prison centrale de Yaoundé, s'effondrent en larmes et poussent des cris de détresse. Devant la barre où ils ont pris place, les inculpés affichent diverses attitudes. Mounchipou Seïdou, le visage blême, de blanc vêtu, suscite l'admiration de plus d'un témoin par son flegme. Meli Chrisppo, secoue sa tête baissée cependant que Emmanuel Bayiga, dont l'épouse est tout en pleurs, fixe le plafond de la salle d'audience. Dieudonné Angoula croit rêver et marque son étonnement par son regard porté sur ses conseils interdits. Tout à côté de lui, les bras croisés dans le dos, Jean Ngou observe, tel un spectateur, le théâtre dont il est pourtant acteur.
C'est aux environs de 11 h 15 que Mme Noah est venue mettre fin aux supputations et rumeurs sur une éventuelle prorogation du délibéré. A la suite des trois coups de sonnerie qui annoncent l'entrée dans la salle d'audience du tribunal, elle prononce le verdict. Protestation dans les rangs des avocats qui dénoncent l'enfermement dans lequel on a confiné l'assistance. Des voix s'élèvent dans les rangs pour exiger un constat d'huissier. Il n'aura pas lieu ! Puisque sans se faire prier, ceux qui, depuis de longues heures bousculaient simples badauds, parents et amis des accusés, rouvrent les portes. La suite des événements se déroule comme sur du papier à musique. On retient du soliloque du président du tribunal que l'ancien ministre des Postes et Télécommunications, Mounchipou Seïdou est condamné à 20 ans de prison ferme pour complicité de détournement relatif aux marché sur la réfection de l'immeuble ministériel, l'acquisition des équipements informatiques, télécopieurs et photocopieurs. Dieudonné Angoula, directeur des Télécommunications au moment des faits, écope, lui aussi, de 20 ans de prison pour complicité de détournement relatif aux marchés d'acquisition de photocopieurs et télécopieurs. Sous le même coup des 20 ans de prison ferme, se trouve également l'ancien directeur adjoint des affaires générales, Meli Chrisppo, pour complicité de détournement en rapport avec les marchés sur les équipements informatiques.
A ces commis de l'Etat, le tribunal a adjoint les principaux détourneurs qui sont Nadine Ongolo (condamnée à 20 ans de prison ferme pour détournement de biens publics dans le cadre des marchés sur la réfection de l'immeuble ministériel), Emmanuel Bayiga (20 ans de prison ferme pour détournement de biens publics relatifs aux marchés sur la réfection de l'immeuble ministériel) et Jean Ngou (coupable de détournement de biens publics dans le cadre de la fourniture des équipements informatiques, des télécopieurs, des photocopieurs, coffres-forts et imprimés). L'accusé Casimir Ondoua Ateba, comptable matières au ministère des Postes et Télécommunications au moment des faits, a été reconnu coupable de complicité de détournement et de l'intérêt dans un acte. Le tribunal a prononcé contre lui la peine de 12 ans de prison ferme. A sa suite, la juridiction de Mme Noah a sanctionné Jean Pierre Njicki, adjoint au contrôleur au moment des faits, à dix mois d'emprisonnement ferme et 150 000 Fcfa d'amende. Au total, 08 des 21 inculpés de l'affaire sont condamnés à des peines privatives de liberté. Ils sont par ailleurs condamnés à d'énormes peines d'amendes avec probablement confiscation de biens. Dans le volet concernant la réfection de l'immeuble ministériel, Motapom, Ongolo, Meli, Bayiga et Mounchipou sont condamnés solidairement à 194 millions de Fcfa de dommages et intérêts. Sur le volet des coffres-forts et imprimés, Jean Ngou et Mounchipou paient solidairement 184 millions.
Au titre des marchés sur les équipements informatiques, Mounchipou et Meli Chrisppo doivent payer solidairement, 90,9 millions. Alors que les amendes relatives aux marchés sur les photocopieurs et télécopieurs s'élèvent à 298 millions de Fcfa respectivement entre Mounchipou et angoula. Soit au total 864 millions de préjudice matériel, 200 millions de manque à gagner, et 34 millions de préjudice moral. Cependant que les 13 autres à savoir, Etienne Mballa Bessala, l'actuel directeur général adjoint de la Caisse d'épargne postale du Cameroun, Caroline Abah, ancien contrôleur financier, Nde Ningo, Maxime Medjo, Raphaël Bememba, Amidou Motapom, Mme Touna Mama, Simone Njine, John Makembeh, Yedna Hiobi, Potouokoumche, Nkoa Belinga et Albert Same, se voient acquittés pour faits non établis. Le rideau de ce 5e acte de l'affaire Mounchipou dans le cadre de ce procès, est resté strictement militaire. Car c'est sous bonne escorte que le tribunal, et particulièrement le collège dirigé par Mme Marie Noah, a quitté la salle d'audience pour rejoindre les bureaux à l'étage de l'une des ailes du Palais de justice de Yaoundé centre urbain. Chez les avocats des deux camps, on a noté deux réactions opposées. Alors que ceux de la partie civile savouraient leur victoire, du côté de la défense, on se préparait déjà à faire appel de la décision, lorsqu'on n'empruntait pas tout simplement au poète cette sagesse : "les grandes douleurs sont muettes ".
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