Propos recueillis par B.M.B.
1 Décembre 2003
interview
Malgré les intempéries et les tentatives de le décourager, Carlos est arrivé à Yaoundé.
Comment vous sentez-vous après avoir parcouru 250 km à pied ?
Je tiens sur mes deux jambes. Je suis capable de courir. Il faudrait tout juste que je récupère. Car ce n'est pas toujours évident. Sinon, je me sens bien. J'ai tenu mon pari, mais à quel prix ? Je suis arrivé. Et c'est le plus important. Et c'était d'ailleurs là mon objectif à savoir prendre le départ et arriver.
Vos performances sont certainement allées au-delà de vos espérances ...
Tout individu a des ambitions. J'en ai eu une. Et je l'ai réalisée. Beaucoup m'ont découragé. Ils m'ont dit : " Carlos, tu vas mourir en cours de route ". Je leur ai dit : " C'est bien beau, mais ce serait peut-être une belle mort ". Qu'à cela ne tienne, je suis parti, et je suis arrivé. Mais quel accueil? On dirait que je suis quelqu'un d'autre. Que je ne suis plus le Carlos d'autrefois.
Est-ce qu'à un moment vous avez failli abandonner ?
Non pas abandonner. Mais je dois vous avouer que cela a été dur. Le trajet le plus difficile a été Matomb-Mbankomo. Cette huitième et avant-dernière étape était également la plus longue du parcours : 44 km. Et 44 km sur la montée, ce n'est pas facile. La preuve, j'ai eu à changer mes chaussures à trois reprises. Je ne suis pas près de reprendre d'ici un an. Peut-être plus tard.
Qu'est-ce que cela vous fait d'être accueilli de manière aussi triomphale ?
Je suis surpris ! Quand j'ai débuté cette aventure, je ne m'attendais pas à tout cela. De nombreuses personnes ont éssayé de me décourager. Mais comme je suis un guerrier, je me suis dit: " Je vais me battre. Il faut que je réussisse ". Au départ de Douala où j'ai commencé ma longue marche, il y avait beaucoup de curieux, mais aussi de nombreuses personnes qui sont venues m'encourager. J'ai souhaité que cela soit ainsi par la suite. Et c'est ce qui s'est passé durant tout le parcours. Et puis à mon arrivée, je trouve une foule en liesse. Pour un homme de mon âge, je ne peux qu'être content. Que voulez-vous ? On m'escorte comme si j'étais [rires]... subitement je suis devenu quelqu'un !
Durant votre parcours, avez-vous eu le temps de discuter avec les populations sur l'infection à Vih/Sida, avec les usagers de la route...
Bien sûr ! C'était l'objet de ma marche. Avec les populations, il fallait causer, discuter, les sensibiliser sur les modes de retransmissions du Vih/Sida, sensibiliser les usagers de la route, arrêter les chauffeurs et leur demander d'être plus prudents au volant... Des gestes qui ne coûtent rien. Au contraire, ils permettent d'avoir des réflexes plus développés et aident plutôt à éviter des accidents de circulation bêtes. Le message n'est pas passé chez tout le monde. Il y avait des gens qui adhéraient à ce que je leur disais, d'autres étaient sceptiques.
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