Guy-Marin Kamandji
1 Décembre 2003
Kinshasa — La feuille de route pour l'année académique 2003-2004 et la réforme universitaire mise en chantier dans le cadre du Pacte de modernisation de l'Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) ont été au centre de la réunion d'évaluation que le ministre Emile Ngoy Kasongo a tenue jeudi dernier avec tous les chefs d'établissements supérieurs de la ville de Kinshasa.
Il a ciblé les différentes préoccupations soulevées par ses interlocuteurs à qui il avait demandé de dresser chacun l'état de lieux de la reprise de l'année académique. Un débat a clôturé cette rencontre qui a eu lieu à l'amphithéâtre de l'Institut Supérieur Pédagogique de la Gombe (ISP/Gombe), en présence du vice-ministre Kamate Lukundu.
Emile Ngoy a d'abord salué l'optimisme et la détermination de ses interlocuteurs à affronter les difficultés qui jalonnent généralement chaque année académique. Il s'est réjoui que tous aient souscrit à la feuille de route qu'il a présentée pour cette année académique 2003-2004 qui devra se clôturer le 31juillet 2004.
40.000 places assises pour 150.000 étudiants congolais Répondant aux problèmes soulevés par les chefs d'établissements, le ministre de l'ESU a indiqué que les 150.000 étudiants présents sur l'ensemble du pays constituent «une armée» qui mérite plus d'attention. Hélas, ils n'ont jusque-là que 40.000 places assises à peine. Ainsi, l'Université de Kinshasa (UNIKIN) connaît un taux de saturation de 240%.
Concernant la formation, il a relevé la difficulté liée à la moyenne d'âge des professeurs congolais qui dépasse 60 ans. «D'ici dix ans, si rien n'est fait, on sera obligé d'importer les professeurs», a-t-il déploré, en souhaitant qu'un mécanisme de renouvellement du corps professoral soit opérationnel pour essayer de rattraper le retard. Cette situation est aussi aggravée par le taux élévé de mortalité des professeurs, à cause de mauvaises conditioins de vie et de travail. Il a d'ailleurs commencé son intervention en demandant à l'assistance de garder une minute de silence en mémoire de tous les «collègues» disparus lors de l'année académique passée, particulièrement le Prof Mboma, lâchement exécuté chez lui.
Chaque province doit avoir son université de référence
Un autre défi que le ministre de l'ESU tient à relever, avec le concours des chefs d'établissements, c'est le respect du calendrier unique. Emile Ngoy a saisi cette occasion pour revenir sur le Pacte de modernisation de l'ESU (PADEM). Celui-ci voudrait l'établissement d'un partenariat fort au service de l'ESU. Souligant que les réformesantérieures n'avaient pas réussi à cause du manque de volonté, il a rendu hommage aux parents qui ont fait vivre le système jusque-là. Il a aussi remercié les experts ayant travaillé sur le nouveau programme de l'ESU.«Pendant 25 ans, on a travaillé avec la même démarche; il était temps de s'adapter à la réalité», a martelé le n°1 de l'ESU.
Aussi, plaide-t-il entre autres pour la mise en place d'une carte universitaire du pays qui tienne compte de la couverture équilibrée des établissements. L'actuelle carte est basée sur trois poles universitaires (Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi), avec le centre du pays qui reste dégarni. Pour casser cet déséquilibre, «il faut que chaque province ait son université de référence», a insisté Emile Ngoy. Il nourrit également l'ambition de redonner vie à tous les instituts supérieurs pédagogiques à l'intérieur du pays. «Ces ISP sont vides, à côté des pseudo-universités où tout le monde court derrière le droit, la médecine,.», a noté le ministre, donnant le constat de la tournée qu'il a récemment effectuée dans les provinces.
Des «Académies» en provinces pour mieux gérer près de 500 établissements
Emile Ngoy a aussi soulevé la nécessité de renforcer les capacités institutionnelles. Il a estimé qu'il n'est pas bon, sur le plan managérial, de donner des instructions et de gérer près de 500 établissements que compte actuellement la RDC. Gérer tous ces établissements à partir de son Cabinet n'est pas facile; l'exercice était aisé lorsqu'il n'y avait que trois universités.
D'où, le ministre Ngoy propose d'identifier les blocs régionaux et créer une «Académie» pour chacun d'eux. Ainsi, une académie servirait de structure d'interface pour les établissements de Kinshasa, du Bas-Congo et du Bandundu; une autre s'occuperait du Maniema, Nord-Kivu et Sud-Kivu; d'autres superviseront respectivement les activités de l'ESU dans les provinces du Katanga, de l'Equateur et de la Province Orientale.Si ces structures de proximité existaient, ça aurait permis à l'Autorité d'éviter certaines erreurs, par exemple accorder l'agréement à des établissements non viables, a-t-il fait remarquer.
Il ressort de l'échange de l'amphithéâtre de l'ISP/Gombe que tous les chefs d'tablissements ont adhéré à la réforme que le ministre a proposée. Il s'agit notamment de faire des établissements comme l'ISC, l'IPN, l'ISTA,. des universités. Les chefs d'établissements ont même demandé au ministre de pouvoir accélérer ce processus. Le ministre a rappelé que le fait d'organiser déjà des cycles de licence dans ces instituts supérieurs, signifie qu'ils fonctionnent déjà de facto comme une université. Par ailleurs, parlant du contrat de performance, les chefs d'établissements ont demandé au ministre des moyens qui leur serviraient de garde-fous pour une bonne gouvernance de leurs établisserments.
Les cours ont démarré partout sauf à l'UNIKIN
Recteurs et Directeurs Généraux ont donné l'état de lieux de leurs établissements respectifs. Le Recteur de l'UNIKIN a avoué que, commencée en février-mars 2003, l'année académique s'est clôturée le 25 octobre dernier. Hélas, à cause de la poursuite de la session, les salles de classes étant encore occupées pour cela, les cours ne démarreront qu'au mois de décembre. Mais, «nous sommes sûrs et certains que nous récupérerons le retard et serons prêts pour la clôture fixée au 31 juillet 2004», a déclaré M. Ndelo. Parmi ses problèmes, il y a la contribution des étudiants qui vient à compte-goûtte.
Le Recteur de l'IFASIC a dit que les enseignements ont repris le 3 novembre chez lui. Il a livré une information insolite, mais favorable aux droits de la femme: les filles constituant plus de 80% d'étudiants de son institut, l'option a été prise de mettre trois des quatre toilettes à leur disposition, au lieu d'une seule auparavant. Prof Ekambo se réjouit que le ministre Emile Ngoy ait posé le problème du site de l'IFASIC au gouvernement.
A l'IPN, c'est le 10 novembre que les cours ont commencé. Un arrangement a été trouvé face au remous du côté des enseignants. Les étudiants ne payent pas encore leurs frais, à cause du montant fixé. Mais, le DG de cet institut a assuré être prêt pour le rendez-vous du 31 juillet. A l'ISP/Gombe, l'année académique a commencé normalement en 1er graduat. Les premières licences entrent en lice cette semaine. A cause de deux mois de retard de salaire des enseigants, cette reprise a été quelque peu perturbée.
A l'ISC/Gombe, les cours se donnent réellement. Les classes de recrutement appliquent déjà les progrtammes adoptés dans le cadre du PADEM, a souligné son DG qui a épaté ses collègues en déclarant «qu'à part ça, il n'y a pas de problèmes à l'ISC». A l'ISPT où les cours se donnent aussi normalement, la non publication des résultats de l'Examen d'Etat pour les sections techniques est un facteur qui conduira l'institut au-delà du délai prévu pour les inscritpions.
«Nous avons commencé avec le nouveau programme à Kinshasa et dans nos extensions», a déclaré le DG de l'ISTM où les cours ont démarré le 3 novembre avec les classes de recrutement. A l'ISTA, le cours ont repris le 10 novembre,comme à l'IBTP. Le Directeur Général de l'IBPT a relativisé cette reprise «normale» des cours à cause des problèmes liés notamment à la paie, qu'il aimerait voir se faire sur place. «Nous avons beaucoup de salles, mais dans un état inutilisable», a-t-il signalé. A l'Institut National des Arts (INA) où les cours ont repris le 3 novembre, il se pose un problème des matériels didactiques, d'absence d'un campus propre et des enseignants qui grondent faute de frais de transport. A l'Académie des Beaux-Arts où la rentrée académique s'est faite en deux temps, le 3 novembre pour les premiers graduats et le 10 pour les premières licences, le DG a plaidé pour l'augmentaion de l'enveloppe à cause de nouveaux enseignants affectés au deuxième cycle. L'Institut supérieur des Statistiques a repris le 3 novembre par des séancesd'encadrement desétudiants et des cours dans les classes de recrutement. Il y a à craindre le dépassement du délai d'inscription à cause du retard de publication de l'Exétat. L'ISS qui sollicite la formation des formateurs, aimerait disposer de ses propres bâtiments, car encore logé par l'ONATRA qui a d'autres projets avec le site mis à sa disposition.
Enfin, le responsable du CIDEP a rassuré l'assistance que son institution est en phase de la relance de ses activités dont les résultats seront récoltés cette année. Il est implanté à travers le pays et a un caractère multidimensionnel. Il éprouve de difficultés financières pour organiser les sessions de formation et les séminaires. Son responsable dénonce le fait que le CIDEP est toujours oublié à de grandes rencontres qui parlent de l'éducation au niveau national.
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