United States Department of State (Washington, DC)

Afrique: Richard Lugar: 'Le commerce est le meilleur remède pour l'Afrique'

Richard Lugar

1 Décembre 2003


opinion

Washington, DC — Lorsque les ministres de 38 pays africains se réuniront à Washington les 9 et 10 décembre dans le cadre d'une vaste conférence commerciale, ne vous attendez pas à des manifestations hostiles de la part des représentants des nombreuses organisations non gouvernementales et des autres militants qui y sont aussi attendus, mais plutôt à l'expression de leur satisfaction. En effet, le commerce commence à avoir des résultats positifs en Afrique.

Les importations américaines de produits africains autres que pétroliers ont augmenté de 50 % l'année dernière. En Afrique du Sud, pays d'Afrique subsaharienne qui a l'économie la plus forte, les exportations d'automobiles ont été multipliées par 16 au cours des deux dernières années. Au Lesotho, petit pays ayant une population de 2,2 millions d'habitants, les nouvelles fabriques de vêtements orientées vers l'exportation ont créé 25.000 emplois, et pour la première fois de l'histoire de ce pays, grâce au commerce, l'emploi dans le secteur manufacturier privé est plus important que l'emploi dans la fonction publique.

C'est à la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) que l'on peut directement imputer ces bons résultats.

J'avais présenté au Sénat la version originelle du projet de loi qui a été adopté en 2000. Cette loi permet aux pays africains d'exporter vers les Etats-Unis quelque 1.800 articles sans aucun droit de douane et sans quota. Elle répond directement à l'appel lancé depuis des années par les pays en développement, à savoir que, pour mettre fin à la pauvreté et encourager une croissance économique durable, la clé est le commerce et non pas l'assistance.

En trois ans seulement, l'AGOA leur a donné raison, mais nous devons faire davantage pour profiter de ces premiers bons résultats. C'est pour cette raison qu'avec un groupe de parlementaires des deux partis, notamment M. Charles Rangel (représentant du New York et doyen des démocrates au sein de la commission des voies et moyens), M. Jim McDermott (démocrate du Washington) et M. Ed Royce (républicain de Californie), j'ai récemment présenté un projet de loi portant sur un partenariat entre les Etats-Unis et l'Afrique (USAPA). Cette nouvelle loi garantirait que les avantages conférés par l'AGOA continuent jusqu'en 2015 - à défaut, ils se termineront en 2008 - et repousserait à dans quatre ans l'application d'une clause qui exige que les fabricants de vêtements dans les pays bénéficiant de l'AGOA, utilisent du tissu fabriqué aux Etats-Unis ou en Afrique. Si cette clause entrait en vigueur l'année prochaine comme prévu, beaucoup de nouvelles petites entreprises du textile dépendant de matières premières asiatiques risqueraient de fermer boutique.

Ce qui est plus important encore, c'est que l'USAPA remplit la promesse faite au départ, à savoir établir des liens économiques plus solides avec les pays d'Afrique qui mettent en oeuvre de sérieuses réformes économiques et politiques. Cet objectif jouit de l'appui de presque tous les pays d'Afrique subsaharienne et d'une grande partie des hommes d'affaires américains. Ce n'est qu'en considérant les pays africains comme des partenaires, et non pas des problèmes, qu'ils seront en mesure d'être intégrés à l'économie mondiale.

Les initiatives prises par le Congrès dans le domaine des échanges illustrent la nouvelle direction de l'engagement des Etats-Unis vis-à-vis de l'Afrique. Il y a quelques mois, le Congrès s'est engagé à contribuer 15 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années pour lutter contre l'épidémie de VIH/sida, une épidémie qui menace l'avenir du continent tout entier.

Le Congrès est en outre prêt à autoriser le Compte du millénaire que propose le président Bush et en vertu duquel des milliards de dollars iront aux pays en développement qui adoptent une politique saine, notamment au plan de la gestion des affaires gouvernementales, de la déréglementation et de la privatisation. Ce programme novateur proposé par le président fait fond sur les enseignements tirés de l'AGOA.

Malgré ces signes de progrès, l'Afrique est encore mal en point. La production de marchandises et de services par habitant, indiquent les statistiques de la Banque mondiale, a en réalité diminué durant les années 1990. La part de l'Afrique subsaharienne dans le commerce mondial ne se chiffrant qu'à 1,4 %, cette région du monde a pris du recul par rapport au reste du monde. Pendant les années 1990, la croissance du PIB mondial a été très forte, atteignant 44 %, alors que pour l'Afrique cette augmentation n'a été que de 8,5 %. Pour ce qui est des avantages conférés par l'AGOA, ceux-ci ont été irréguliers, l'Afrique australe s'en sortant nettement mieux que l'Afrique occidentale, et hormis les avantages enregistrés dans les secteurs du textile et de la confection, ils ont été minimes.

Il est donc nécessaire que nous attirions davantage de capitaux privés en Afrique. Selon le Forum économique mondial, Singapour reçoit plus d'investissements étrangers que l'ensemble des pays d'Afrique. La prorogation des délais proposés dans le cadre de l'USAPA devrait rassurer les investisseurs. Cette proposition de loi contient des avantages fiscaux, mais nous devons considérer d'autres mesures et notamment relancer les efforts en ce qui concerne l'allégement de la dette et mieux promouvoir les investissements américains par le biais de nos institutions financières gouvernementales.

Les Africains savent aussi qu'ils doivent se diversifier et ne plus tant compter sur les exportations de textiles, qui subiront des pressions de la part de concurrents asiatiques plus efficaces une fois que les quotas mondiaux prendront fin en 2005. Les produits agricoles et leur transformation représentent un secteur prometteur.

Le projet de loi sur un partenariat est une aide de taille dans ce domaine, mais il existe un moyen d'aider à la fois les Africains et nous-mêmes.

Je dis depuis longtemps que le vaste système de subventions du secteur agroalimentaire américain, des subventions qui augmentent en permanence, gaspille l'argent du contribuable et fausse toute l'économie agricole des Etats-Unis. Ces mesures nuisibles et les programmes agricoles de l'Union européenne encore plus mauvais infligent des dégâts collatéraux aux pays en développement d'Afrique car ils entraînent le déversement sur les marchés mondiaux de matières premières vendues à un coût inférieur à celui de leur production. En fait, nos dollars d'aide servent à atténuer la pauvreté que nos dollars de subventions ont créée. Si les subventions qui faussent le commerce n'existaient pas, de nombreux pays auraient de bien meilleures chances de se sortir de la pauvreté.

La solution gagnante à tous les coups serait de réduire les subventions agricoles dans le monde entier, mais le récent échec des négociations commerciales de Cancun à ce sujet montre qu'il n'y a pas de solution rapide. Le gouvernement Bush devrait ressusciter l'audacieux plan relatif aux échanges agricoles qu'il avait annoncé l'année dernière et réduire les subventions mondiales de 100 milliards de dollars.

La mondialisation est discréditée depuis quelques années à cause, en partie, du fait que les pays riches passent pour égoïstes et protectionnistes. Nous avons, en Afrique, une occasion de montrer que, soutenus par une bonne gestion des affaires gouvernementales et une politique économique saine, le commerce et les investissements peuvent donner la prospérité à tous.

Les Africains qui ont rejeté des dictateurs et ouvert leur économie ont fait ce qu'ils avaient à faire. Maintenant, c'est à nous d'assumer nos responsabilités.

(Les articles du «Washington File» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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