Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire/Kenya: Eugène Diomandé (président du Sewe sports de San Pedro) :"Le plus important pour moi est d'apporter quelque chose au football ivoirien"

Interview réalisée par Roger Okou Vabé et Choilio Diomandé

1 Décembre 2003


interview

M. Eugène Diomandé, après votre échec à la dernière élection à la Fédération ivoirienne de football, on ne vous attendait pas de sitôt mais vous replongez dans l'univers du football ivoirien avec votre élection à la tête du Séwé sports de San Pedro. Comment les choses se sont elles passées?

Eugène Diomandé: Effectivement, le milieu sportif est surpris de mon arrivée à la tête du Séwé sports de San-Pedro.Vous savez, au football, l'arme du contre-pied est une arme décisive. Je voudrais vous dire que je suis un footballeur dans l'âme.

En fait, ce n'est pas trop une surprise de me retrouver à la tête du Séwé.

C'est vrai que j'ai perdu l'élection à la présidence de la FIF. Je l'ai réconnu. Mais pour moi ce n'est pas un échec. Car cette élection m'a permis de nouer des relations avec des opérateurs sportifs, des animateurs du milieu footballistique. Je pense que cette première expérience peut être mise à profit, éventuellement pour plus tard.

Est-ce à dire que vous tenez à vous représenter à l'élection à la présidence de la FIF?

La présidence de la Fédération n'est pas pour moi une obsession. Elle pourrait être envisagée éventuellement. Mais il se pourrait que je ne sois pas candidat. Le plus important pour moi aujourd'hui est d'apporter quelque chose au football ivoirien.

Vous étiez installé en France. Pourquoi êtes-vous rentré définitivement au pays?

Je suis revenu tout simplement en Côte d'Ivoire parce que j'ai réalisé la plupart de mes objectifs que je me suis assignés au niveau de mes affaires. Il était alors temps que je revienne au pays pour faire profiter de mes relations au plan du business et du football.

Pourquoi avez-vous opté pour le Séwé, alors qu'on attendait que vous ressuscitiez la Jeunesse football club de Cocody?

Le Séwe n'est pas pour moi une aventure ambigüe. Au niveau de la JFC, ça a été pour moi au départ, un engagement amical par rapport au frère cadet d'un ami. Ce dernier m'a porté à la tête du club comme le président d'honneur. Il a mis à profit mes relations pour faire grandir ce club qui était au départ un club de quartier. Le club était très limité au niveau des perspectives. Il n'avait pas une assise au niveau de Cocody. La mairie ne s'était pas impliquée. Mais le club n'a en fait, rien demandé. Il était limité par un certain nombre de facteurs, indépendamment de la volonté de M. Djedri Brou qui est un homme volontaire, loyal et de qualité.

J'envisage une sorte de partenariat avec le centre de formation qu'il est en train d'édifier. Lorsque j'ai décidé de revenir en Côte d'Ivoire, j'ai bien étudié la situation des clubs d'Abidjan et choisi de m'inscrire dans le cadre de la décentralisation. C'était un des thèmes de mon programme lors de l'élection à la présidence de la FIF. Dans cet ordre idées, il n'était plus question pour moi de prendre un club à Abidjan qui fournit déjà de nombreux clubs au football ivoirien.

Il y a une trop forte concentration dans la même région. Il fallait donc opter pour le club d'une grande ville de l'intérieur.

Et pour moi,San Pedro était le mieux indiqué non seulement à cause de ses atouts touristiques, mais surtout à cause de son potentiel économique. Cette région a des caractéristiques pour être une capitale, seulement régionale mais également sous-régionale. C'est un pôle de développement intéressant. Je crois qu'à partir du football, nous pouvons créer une synergie intéressante et faire en sorte que la jeunesse et la population s'identifient à l'équipe.

Dans vos propos, on sent beaucoup plus l'homme d'affaires que le sportif

Vous savez, aujourd'hui, il est difficile de dissocier les affaires du football. Cela pourrait choquer au plan de l'éthique. Mais je ne m'en cache pas. Je vais vous dire que j'ai l'intention de m'établir à San-Pedro pour mes affaires personnelles du fait de mes activités dans l'agro-alimentaire. J'ai trouvé bon en même temps d'allier l'utile à l'agréable en essayant de voir comment il était possible d'apporter quelque chose au club. Des contacts ont été pris avec les autorités locales et de l'équipe dirigeante en place et j'ai rencontré l'adhesion et la compréhension de tout le monde.

Les natifs de San-Pedro ont décidé que je sois un élément fédérateur d'energies pour que le club puisse rebondir et constituer un pôle qui puisse contre-balancer la puissance footballistique d'Abidjan.

N'êtes-vous pas un peu prétentieux?

Non, pas du tout. Aujourd'hui, en déhors de l'Asec qui a pérennisé un peu sa mainmise au niveau des résultats et de son organisation sur le football ivoirien, on ne peut pas dire réellement que les autres clubs d'Abidjan sont nettement supérieurs aux autres de l'intérieur. Ils bénéficient simplement du tissu économico-social d'Abidjan pour avoir une supériorité matérielle sur les clubs de l'intérieur, du fait qu'Abidjan, est le seul pôle d'attraction de la jeunesse ivoirienne.

Je crois que les cadres ivoiriens, ceux qui au plan financier mais aussi ont des moyens, pas seulement au plan relationnel et des idées doivent faire en sorte que la jeunesse puisse s'épanouir dans des pôles autres qu' Abidjan pour qu'il y ait un plus grand équilibre et une meilleure repartition des talents et des activités au niveau de la Côte d'Ivoire.

Quel sera l'objectif du Séwé la saison prochaine?

Je crois que pour un club qui vient de retrouver l'élite, l'objectif premier sera le maintien. Mais nous ambitionnons éventuellement de pouvoir faire mieux. Nous venons juste de prendre le club. Avec l'aide des dirigeants en place, nous sommes en train de faire l'inventaire du matériel didactique, de l'encadrement technique et de l'effectif. A moyen et long termes notre objectif est de perenniser le club de San-Pedro au sommet du football ivoirien, faire en sorte qu'il devienne un label au niveau de l'organisation et de la qualité de son jeu.

Nous devons faire en sorte que le Sewe puisse attirer les meilleurs joueurs de notre football.

Vous n'êtes pas natif de la région.N'avez-vous pas peur des peaux de banane dans l'éventuealité de la bonne marche du club car il y a eu des cas par le passé? En outre, n'avez-vous pas d'appréhension à cause de certains hommes politiques qui verront probablement en vous un adversaire probable?

E.D: L'état d'esprit qui consiste à voir les choses à travers le prisme déformant de l'ethnocentrisme est déplorable. Cela ne nous a pas échappé. J'ai évoqué cet état de chose avec certains amis.

Dans les tractations que nous avons eues, nous avons souvent senti poindre cet ethnocentrisme. Mais nous l'avons battu en brèche par notre bonne volonté et par la qualité de notre argumentaire. Il est vrai aussi que de mon côté j'ai eu quelques appels du pied de régions d'où je suis originaire. Mais j'ai estimé qu'aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, on doit pouvoir se départir un peu de cet esprit tribal et ethnocentrique. J'ai choisi le Séwé parce que San Pedro représente plus d'atouts. Le football ivoirien ne doit pas seulement pencher du côté de la côte Est du côté d'Abidjan. Il faut le rééquilibrer. Et pour moi, la première zone d'équilibre, c'est la côte Ouest. J'espère que lorsque le pays sera réunifié, d'autres Ivoiriens feront en sorte que Bouaké devienne un très grand pôle de football et que Korhogo, Bondoukou et Odienné deviennent aussi des pôles de football afin que notre ballon rond puisse étaler sa compétitivité sur l'ensemble du territoire. C'est pour vous dire qu'en venant au Sewé, je ne vise pas une ambition politique dans la région de San Pedro. Cela ne m'intéresse pas. Je réprouve le fait qu'on exige une coloration politique pour être président par exemple de la Fédération ivoirienne de football. C'est le plus grand mal qu'on fait au football africain. La plus part du temps, le président de la Fédération est soutenu par un parti politique. Celui qui gagne est le représentant du parti au pouvoir. Dans ma campagne, sur mon site internet, j'avais combattu cette idée. Il faut plutôt privilégier la technicité, l'expertise et la disponibilité. Les thèmes que j'ai développés n'ont rien à voir avec la personne de M. Jacques Anouma. J'ai beaucoup d'estime pour lui. Je n'ai rien contre lui. Ce sont des thèmes d'ordre général qui ne le concernent pas. Ils peuvent concerner son prédécesseur ou son successeur. Cela pourrait me concerner un jour si je me lance dans la politique. C'est pour vous dire que je ne vais jamais me servir d'un poste de président de club pour faire de la politique. Ça ne m'intéresse pas.

Avez-vous les moyens financiers pour mener votre politique ?

Aujourd'hui, le football ne peut pas se départir de moyens financiers. Mais mes moyens sont moyens. Ils résident plus dans mon carnet de relation, mes idées et dans l'adhésion que je veux susciter autour de l'équipe au niveau des cadres locaux et des opérateurs économiques. San Pedro est l'une des régions les plus riches de la Côte d'Ivoire. Et je pense que je n'ai pas besoin d'avoir des moyens personnels élevés, à partir du moment où j'ai une expertise reconnue, je suscite l'adhésion des cadres et où je fédère les énergies des opérateurs économiques. San Pedro est la 3ème ville économique de l'Afrique sud-saharienne après Abidjan et Abuja. C'est la première capitale mondiale du cacao et le centre de collecte et d'évacuation de nombreux produits. A mon avis, nous pouvons développer un axe très important et faire de sorte que le Séwé soit un exemple du football-business non seulement en Côte d'Ivoire mais en Afrique. Je ne serai pas seul dans ma tâche. Nous allons impliquer certains opérateurs économiques dans la vie du club.

Lorsque vous prenez un club seul et que vous voulez jouer au mécène, vous y laissez votre peau. Il est très difficile de gérer un club de cette façon-là. Nous allons faire appel à toutes les compétences.

Allez-vous signer un partenariat avec la Salernitana, le club italien de série B ?

J'entretiens des relations très étroites avec les dirigeants de la Salernitana. J'ai aussi d'autres contacts. Mais il faut que le club se structure. Je ferai jouer mes contacts extérieurs lorsque je leur aurai démontré que nous avons pu mettre en place une organisation fiable et un canevas de travail solide avec des ressources locales. C'est cette démarche qu'il faut emprunter pour obtenir un partenariat équitable, sans dépendance humiliante. Les notions d'aide et d'assistance sont dépassées et dévalorisantes. Il faut pouvoir offrir une contre-partie attrayante à un partenairet pour qu'il vous respecte. Il faut donc travailler d'arrache-pied et s'organiser sérieusement pour quitter l'amateurisme marron générateur d'immobilisme et de régression.

Il est vrai que nous ne pouvons pas développer pour l'heure un professionnalisme de même niveau que celui de l'Europe en raison du tissu économique et social. A ce niveau-là, nous ne pouvons pas nous comparer à l'Europe. Mais nous pouvons développer grâce à nos idées, à notre volonté dans un cadre légal, bien défini, un football rénumérateur pour les jeunes qui veulent s'y adonner. Un football créateur d'emplois non seulement pour les joueurs mais également pour l'encadrement administratif, technique, etc.

Avez-vous déjà choisi l'entraîneur du Séwé pour l'exercice 2004 ?

Nous sommes en train de discuter en comité. Nous n'avons encore rien décidé. Nous sommes en parfaite osmose avec l'équipe dirigeante qui était composée de jeunes de bonne volonté. Ils n'ont pas eu la chance d'avoir des moyens pour mener leur action. Mais ils ont eu le mérite de se qualifier pour les inter-ligues. Aujourd'hui, avec eux, nous sommes en train de discuter du profil de l'entraîneur qui nous conviendrait. Au plan local, nous avons trois ou quatre noms. Mais nous continuons de travailler. Souffrez que je ne vous dévoile pas ces noms. Je crois que nous allons opter pour une solution locale. Il faut faire confiance à nos cadres. Il faut leur donner les moyens didactiques.

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