1 Décembre 2003
opinion
Voilà bientôt deux mois que la tentative de coup d'Etat déjouée a été officiellement annoncée.
Le 7 octobre dernier et les jours suivants, le Procureur général a tenu en haleine les Burkinabè, les informant régulièrement du déroulement de l'enquête préliminaire. Puis l'instruction judiciaire prit le relais, avec ce qu'elle comporte comme secret, rigueur et sérénité. La plupart des observateurs ont, du reste, salué le professionnalisme du juge en charge du dossier. C'est une seconde marque de confiance, après que tous les acteurs de la vie nationale se sont soumis à la légalité républicaine, en acceptant que la justice traite de l'affaire.
Mais ce consensus pour un règlement judiciaire de la tentative présumée de putsch autorise-t-il une lenteur excessive de la procédure ? Certes, en matière de jugement, la notion de temps est relative. Chacun apprécie le déroulement d'une procédure en fonction de ses intérêts. Mais pour les plus sages, la justice doit se hâter lentement. Qu'est-ce à dire ? Dans le cas qui nous intéresse, le problème n'est pas tant la lenteur de la procédure elle-même que les dégâts collatéraux qu'elle peut provoquer. Il n'est un secret pour personne que le climat actuel, fait surtout de suspicion, voire d'opprobe, est malsain. Les présumés putschistes, dont certains nient les accusations dont ils sont l'objet, attendent sans doute impatiemment leur procès. Ils veulent prouver leur innocence et restaurer leur honneur terni.
Norbert Tiendrébéogo par exemple, en ce qu'il est chef d'un parti politique légalement constitué, a un devoir d'explication vis-à-vis du peuple. A-t-il oui ou non trempé dans une tentative de prise du pouvoir par la force ? Réponse très attendue, quand on sait que l'argumentaire de la classe politique s'est concentré sur les conditions de l'alternance dans un Etat de droit.
A travers le président du FFS, toute l'opposition burkinabè se trouve accusée de velléités putschistes, si l'on s'en tient aux échanges souvent peu amènes entre majorité et opposition. La crise de confiance perpétuelle entre ces deux camps politiques s'est accrue d'un cran depuis l'arrestation de Norbert Tiendrébéogo. Alors que le CDP accuse certains opposants de vouloir emprunter des raccourcis pour accéder au pouvoir, l'opposition, elle, crie à une tentative d'intimidation, notamment en prélude à l'élection présidentielle de 2005. Et pendant ce temps, certaines réformes politiques et institutionnelles souhaitées par l'opposition attendent toujours dans les tiroirs.
L'UNDD ne réclame-t-elle pas avec insistance l'informatisation du fichier électoral, la publication des listes électorales sur Internet et leur affichage dans les bureaux de vote au moins un mois avant les scrutins, la mise en place de cartes d'identité infalsifiables, etc ? On peut ajouter à cette liste la question des candidatures indépendantes. Ce champ démocratique, on le voit, est toujours en friche. Mais on n'en parle pas. Comme toujours au Burkina, c'est à la veille des élections que l'agitation commence.
De toute façon, le climat actuel ne se prête pas à une réflexion sereine sur des questions aussi importantes. Raison de plus pour évacuer, dans des délais raisonnables, cette affaire de putsch déjoué. D'autant que le malaise touche aussi les rangs du pouvoir et de l'armée. Un véritable climat de délation s'est installé au "Pays des hommes intègres" et des noms sont jetés, de temps à autre, en pâture. C'est un jeu dangereux qui peut porter atteinte à la paix sociale. Outre le fait que les personnes mises à l'indexe se trouvent dans une situation inconfortable, on peut craindre des dérives de toutes sortes. Sans compter qu'aucun investisseur ne viendra mettre son argent dans un pays où planent de tels doutes.
Mais un fait porte à l'optimisme : l'acceptation, par tous, de la voie judiciaire. L'opposition, qui aurait pu s'indigner et rejeter toute forme de mise en cause d'un de ses membres, s'est toutefois pliée à la loi. C'est un pas en avant, qui prouve, s'il en était besoin, qu'elle respecte la légalité républicaine.
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