Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Questions à Pape Massata Diack, directeur de Pamodzi (fin) : "Je me réserve le droit d'ester en justice si le chiffre donné par Fakhry n'est pas correct"

Propos recueillis par Serigne Mour DIOP

2 Décembre 2003


interview

Dans la première partie de l'interview exclusive que nous avons publié hier, lundi 1er décembre, Papa Massata Diack, directeur général de l'Agence de Pamodzi Sport Consulting, qui s'est vu interdire l'accès à la réunion du Comité directeur de la Fédération sénégalaise de football (Fsf) du samedi 29 novembre, est revenu sur plusieurs aspects du mariage qui lie sa structure, Pamodzi, à l'instance fédérale du football. Dans cette seconde et dernière partie, celui qui est chargé de la vente de l'image des "Lions" depuis 2001 ne démord pas. Il pense à porter plainte pour diffamation contre Saïd Fakhry, si les révélations faites par ce dernier dans la presse concernant son rapport s'avèrent inexactes.

On parle du rapport de la Commission de la vérification des comptes des Etablissements publiques qui n'est pas encore tombé.

J'avais souhaité que ce rapport sorte avant l'Assemblée générale du 4 octobre 2003. Malheureusement, je pense qu'il y a eu des procédures au niveau de l'administration que font qu'on ne pouvait pas avoir ce rapport à temps. Mais nous l'attendons depuis, parce que j'ai l'impression que depuis notre retour à la Coupe du monde, on ne parle que de ce rapport. Mais, en contre-partie, absolument rien d'autres n'a été avancé. Un réquisitoire a été fait visant le président de la Fédération lors de l'Assemblée générale. J'avais espéré qu'on le fit avec un rapport à l'appui. Je voulais qu'on se fonde sur les conclusions du rapport, mais ça n'a pas été le cas. Donc, aujourd'hui, on a l'impression que dans le football sénégalais, la seule chose qui importe depuis que nous sommes revenus du Mondial 2002, c'est la vérification avec des commissions, des inspections.

Revenons à l'équipe nationale. Certaines équipes ont déjà commencé leur préparation. C'est notamment le pour la Rd Congo, de la Tunisie, du Nigeria qui ont déjà ficelé un budget. Le Sénégal attend toujours et, même en décembre, il semble que l'on n'a pas encore

Je pense que cela n'est pas de la charge de Pamodzi. Il y a un encadrement technique, il y a une Fédération. Il faut qu'ils rencontrent le ministre des Sports. Aujourd'hui, s'il y a un succès pour le Sénégal, c'est grâce à ces quatre personnes. La première personne, c'est le ministre d'Etat, ministre des Sports Youssoupha Ndiaye, qui est le principal acteur. La deuxième personne, c'est le directeur de la Haute compétition, Ibrahima Ndaw Kébé, qui gère des fonds, l'environnement de l'équipe nationale et ses conditions d'excellence. Enfin, les deux derniers acteurs sont Saïd Fakhry, président de la Fsf et Monsieur Guy Stephan, l'entraîneur national. S'il y a victoire, ce sont ces quatre personnes qu'il va falloir remercier d'abord, avant de penser aux joueurs qui sont sur le terrain en train de mouiller le maillot.

De même que le jour où il aura une débâcle, ces quatre personnes devront être tenues pour responsables, comptables de cette gestion, parce qu'ils ont leur manière de travailler qui n'est pas forcément celle qui a prévalu en 2002. Et ça, je le dis en toute liberté, dans la mesure où j'ai participé à la gestion de 2002 avec le ministère, la Fédération et les autres structures. Donc, Pamodzi a un rôle d'appui à apporter par rapport à la Can. Aujourd'hui, j'ai constaté que nous sommes carrément en retard. Ce qui nous aurait intéressé, c'est la mobilisation des Sénégalais, en pensant à faire des affiches avec des sponsors à travers toutes les villes, avec des thèmes diffusés dans des émissions de télévision, de radio, faire des débats avec des anciens footballeurs. C'est-à-dire des recommandations qui peuvent libérer parce que nous n'avons pas fait de bilan de la Can 2002, sur le plan technique. Nous ne sommes toujours pas dans cette mouvance vers la Can. Nous avons certains sponsors. Cinq notamment, qui nous sponsorisent jusqu'en 2004.

Vous parlez de retard dans l'animation, l'ambiance pour la Can. Mais ce sont des aspects qui sont du ressort de Pamodzi.

J'ai déjà dit qu'aucun contrat n'a été apposé à Pamodzi. A la Fédération, on nous a fait comprendre qu'aucune démarche ne peut-être officialisée, tant que la situation n'a pas été rétablie. Donc nous attendons. Tout dépend de cette déclaration du président Fakhry. Il n'y a que les matches contre le Japon, la Côte d'Ivoire et l'Egypte, qui ont été exécutés dans les temps. A part ça, tout le reste relève de la compétence de la Fédération, de l'encadrement technique. Je constate que la supervision que l'on devait faire chez des adversaires a été bloquée au niveau du ministère.

La supervision des adversaires est du ressort de la Fédération.

C'est dire que le cadre, actuellement, n'est pas aussi sain qu'on le pense. Il faut dire les choses maintenant, au lieu d'attendre la débâcle pour dire : je le savais. Moi, on m'a appris à dire ce que je pense des choses, à le dire de manière claire, mais aussi à poser les problèmes pendant qu'il est temps. Il est temps aujourd'hui de dire que l'environnement, l'excellence, la dynamique du groupe, la cohésion nécessaire pour que l'équipe gagne la Can n'y est pas. Je suis très claire et très catégorique.

Selon vous quelle devrait être la solution ?

D'abord, il faut que nous ayons une réunion et une concertation officiellement sous l'autorité du ministre d'Etat, ministre des Sports. Il faut tout clarifier, lever toutes les équivoques et définir une stratégie commune, ainsi que les règles de manière claire. Comme le dit un proverbe arabe : "Une seule main ne peut applaudir". Toutes les Fédérations du monde sont aujourd'hui gérées par des hommes de compétence. Ce n'est pas un président ou un secrétaire général qui impose tout ce qu'il veut. Il y a un Comité directeur, il y a un Comité de pilotage, il y a un chef de projet. Celui-ci est épaulé par un avocat au niveau juridique, un expert-comptable au niveau de la comptabilité et des finances, un médecin pour gérer les problèmes médicaux et de dopage, un directeur Il faut une équipe pour gérer les affaires du football. Mais ce n'est pas le cas et on se sera jamais vainqueur d'une compétition, si on dépend d'un homme providentiel. Nous ne dépendons pas d'un président. Nous voulons que notre football soit géré par une équipe de compétences, des gens patriotes, engagés, et seuls qui veulent que le Sénégal gagne et agissent dans ce sens. Mais on ne ressent plus cette cohésion. La cohésion de 2002, aujourd'hui même au niveau de l'encadrement technique, au niveau des joueurs

Au niveau de l'encadrement technique Je suis désolé. Des gens qui n'ont pas démérité dans le passé, qui nous permis d'enrôler tous les joueurs, aujourd'hui on leur dit : " messieurs, en fin de compte, il faut revoir vos états de service, peut-être d'ici février 2004 ". Ce n'est même pas une forme d'incitation. Le sport de haut niveau dépend des atmosphères de performances, il dépend d'une motivation à la performance. 70 % des raisons d'un succès dépendent de la forme de motivation. Toutes les équipes nationales seront bien préparées physiquement. Elles seront toutes logées dans des hôtels, transportées par des bus, elles effectueront correctement leur séance d'entraînement. Là où il y aura la différence, ce sera la manière dont une équipe sera organisée et quelle forme de motivation financière elle a. Mais, si quelqu'un ne se sent même pas sécurisé dans son emploi et qu'on lui demande de faire des performances, je pense qu'on se trompe d sujet. C'est un grand problème qui a duré trop longtemps et je ne pense pas que ce soit dans ces conditions que l'on pourra exceller. Je suis outré, par exemple, qu'on puisse remettre en question le travail d'Amara Traoré.

Le problème est que l'ancienne Fédération n'avait pas signé de contrat avec lui ?

Ce n'est pas une question d'ancienne ou de nouvelle Fédération. Je pense d'ailleurs de l'ancienne Fédération ne pouvait lui proposer un contrat parce qu'il n'était encore convenu de rien avec le ministère pour la rémunération des membres de cet encadrement technique. On a parlé du fonds de relance du football, du financement de la Fifa Mais la priorité a été de financer les compétitions internationales. Nous avons vu le budget des compétitions internationales lors de l'Assemblée générale qui dépasse 1,500 milliard de FCfa, juste pour les compétitions internationales et les déplacements, alors que les contributions pour le football local ne dépassaient pas 300 millions. C'est une des raisons qui ont fait que l'ancienne équipe a été critiquée. On lui a reproché d'avoir privilégié l'équipe A et d'avoir négliger les compétitions locales. C'est à partir de l'équipe A que l'on peut avoir le reste. A un moment donné, les joueurs ont demandé qu'on ait une gestion séparée de l'équipe A.

Cela permettra à la Fédération de s'occuper suffisamment du développement du football local.

Justement. Mais aujourd'hui, tout le monde est braqué sur ces voyages, ces déplacements Il faut que l'on pense à des problèmes de prospectives, de développement à longs termes du football sénégalais.

Le dernier mot.

Il y a des différences d'opinions, de points de vue. Il y a des problèmes d'incompréhensions, mais je ne peux pas dire qu'il y a une volonté d'avoir la peau de Pamodzi. Ça, je peux le dire parce que les gens l'ont déclaré ouvertement. C'est à eux de se défendre. Pamodzi défendra son bilan. Le seul avocat que j'ai c'est le bon Dieu et le bilan que j'ai fait. Je mettrais à profit l'opinion sénégalaise, je mettrais à profit le président de la République. Il faut que personnes puissent constater ce que nous avons pu faire. Tout ce que je souhaite, c'est que l'on puisse se dire la vérité les yeux dans les yeux. Ce qui a été déclaré par le président Saïd Fakhry n'engage que lui. Le jour où il sera avéré que ce chiffre n'est pas correct, je me réserve le droit d'ester en justice contre ce président pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles.

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