Stéphane Tchakam
2 Décembre 2003
Faustin Linyekula se produit ce soir au Centre culturel français Blaise Cendrars de Douala.
Non, non, non. Ce n'est pas un danseur de dombolo, de mayebo, de kwasa kwasa ou de soundama, ces variantes du soukouss de Kin ou de Brazza. Non, vous n'y êtes pas du tout. Faustin Linyekula, 28 ans, fait de la danse contemporaine. Mais oui, on peut heureusement trouver autre chose à Matongue, Limete ou Gombe, ces quartiers de Kinshasa. Parce que Faustin est un fils de la République démocratique du Congo. Contrairement à bien de jeunes de son pays qui, conjoncture oblige, se battent pour intégrer les groupes de Koffi Olomide ou de Werasson, Linyekula a préféré une autre voie. Un chemin de Damas qui l'a déjà conduit à travers la planète. En quête d'une reconnaissance largement acquise aujourd'hui. Heureux de la renommée qui s'en est suivie.
Danseur et chorégraphe, Faustin Linyekula a étudié la littérature et le théâtre à Kisangani, la troisième ville de son pays, la ville qui a engendré un monstre sacré de la chanson congolaise aujourd'hui disparu : Abeti Masikini. Mais ce n'est pas dans l'ex-Zaïre qu'il fait ses premiers pas de danse. Il les fera plutôt au Kenya, collaborant avec des danseurs confirmés et y créant la première compagnie de danse contemporaine. Un travail très vite apprécié dans les arènes internationales. On ne sait pas si le changement fondamental intervenu en 1997 dans son pays natal y sera pour quelque chose. De toutes les manières, Linyekula rentre à Kin en 2001 pour ouvrir les studios Kabako, qui selon l'initiateur, " se veulent non pas une compagnie, mais un lieu de formation, de recherche, de création et d'échanges ouvert à tous ceux qui s'intéressent à la danse et au théâtre visuel ".
Le chorégraphe travaille donc chez lui depuis lors et a, entre autres réalisations, créé deux pièces dont " Spectacularly empty " en 2001 et " Triptyque sans titre " en 2002, le spectacle qu'il donne ce soir à Douala. En attendant de le voir, on sait que " Tryptique sans titre " est la marche de Linyekula " dans les ruines de son pays natal ". Une démarche, que l'on dit très personnelle, et qui n'emprunte pas les sentiers battus. Comme quoi, Linyekula va plus loin dans le combat qui est celui des créateurs du continent. Ils ont maintenant prouvé qu'il existe bien une création africaine de danse contemporaine, ils s'imposent loin de nos frontières. Le mérite de ce jeune homme est encore plus grand. Lui qui vient de l'ex-Zaïre, nation aux talents si souvent galvaudés, terre si souvent inhibée par une gangue de clichés et de préjugés, pays si souvent exclu de l'universel. Mais Linyekula n'est pas Congolais. Il est un danseur et mieux que cela, un citoyen du monde.
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