Amine Echikr
3 Décembre 2003
Ils étaient approximativement deux cents lycéens à manifester, hier matin, sur les hauteurs d'Alger.
Naïfs, jeunes et enjoués, ces jeunes candidats au baccalauréat étaient motivés. Porteurs de revendications qui méritent d'être écoutées, ils se baladaient à travers les artères d'El Biar scandant des slogans dont ils ne connaissent pas la portée. Les automobilistes et les passants les encourageaient qui par des coups de klaxon qui par des propos bienveillants. Surfant sur les slogans du FIS dissous en passant par ceux du mouvement citoyen de Kabylie pour aboutir à une dénonciation de Benbouzid et des mesures de radiation des enseignants. Renseignements pris, le noyau dur de ces jeunes manifestants serait composé d'enfants de professeurs grévistes. La rumeur policière voudrait que ce soit les parents qui aient poussé leurs enfants à sortir dans la rue pour obtenir un soutien et empêcher ainsi leur radiation du corps enseignant. Peu importe la vraie raison, ces jeunes adolescents tiennent un discours dont les arguments sont recevables. La composition humaine de cette manifestation retient l'attention. Il s'agit, de mémoire d'observateurs, de la première manifestation où le nombre de filles égale celui des garçons. Les filles étaient candides. Admiratrices de Britney Spears mais scandant des slogans islamistes. Les garçons, de leur côté, avaient transformé leur chant de supporters pour dénoncer Benbouzid. La manifestation dont ils sont fiers avait quelque chose de bon enfant.
Ni risque de dérapage ni recherche d'affrontements avec les forces de l'ordre, dépêchées en urgence pour canaliser la manifestation en dehors du circuit que devait emprunter le président portugais. Les lycéens veulent garder leurs professeurs. Ils le font savoir à leur manière. Pour Nawal, «il ne s'agit pas de mettre en cause les connaissances des stagiaires que le ministère veut recruter mais nous, nous exigeons des pédagogues». Cette jeune fille, à la tête d'une première de la classe, affirme qu'«à six mois de la date du bac, elle ne sent même pas son odeur». Ce sentiment est partagé par tous ceux qui sont là. Las aussi de ne pas avoir reçu de cours depuis plus de 9 semaines et demi, un jeune lycéen explique la désorganisation par le fait que la manifestation a un caractère improvisé. «Rien n'était prévu. Ce matin, ce sont des lycéens d'El Mokrani qui sont venus à Amara Rachid et nous ont sortis. Puis nous nous sommes dirigés vers le lycée Mentouri et nous avons fait la même chose», affirme-t-il. Une camarde à lui renchérit en affirmant que «ce n'est qu'un début.
Demain nous ressortirons dans la rue». Le motif est, selon la majorité des présents, que «si Benbouzid n'a pas écouté les enseignants, il sera obligé de nous entendre». Un optimisme fleur bleue. Un optimisme qui démontre que la jeunesse qui n'a connu que les années de sang et de feu veut s'approprier des espaces d'expression. Une jeunesse qui aspire à une place dans la société. Une jeunesse qui n'est, pour l'instant, ni embrigadée ni encadrée. Elles et ils étaient libres mais pas encore libérés. Pacifiques, ils manifestaient car conscients que l'enseignement et sa qualité restent les seules clés pour leur avenir. Les manifestants d'hier méritent des encouragements. Ils peuvent et seront les Algériens de demain. Des Algériens qui défendront leurs droits sans aller à l'affrontement. La leçon à tirer de la manifestation d'hier se situe peut-être dans le dialogue qui s'est rapidement instauré entre manifestants et policiers. Un dialogue fait d'arguments et de souplesse. Le combat des professeurs vient de recevoir un premier soutien de la part des lycéens. Les pouvoirs publics devraient mesurer son importance. «Mettez des jeunes dans la rue et vous aurez la révolution.» Si le mouvement lycéen s'étend et se structure, l'année scolaire risque de se transformer en année critique pour l'Algérie.
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