Vincent Deh, (envoyé spécial)
2 Décembre 2003
"Je vis à Mahinadopa depuis 23 ans. Il n'y a jamais eu de palabres entre nous et les autochtones. Tout ce qui s'est passé, c'est Dieu qui l'a voulu. Aussi mettons-nous à genoux pour demander pardon à nos tuteurs. Nous avons tort".
Ces propos brefs mais pleins de sens tenus par Ousmane Traoré le 1er décembre dernier traduisent assez bien la volonté de toute la communauté malienne vivant à Mahinadopa de se réconcilier véritablement avec ceux qui les ont accueillis sur leur sol depuis des décennies. Et pour confirmer que le conflit de cohabitation qui oppose maliens et autochtones depuis quelques mois n'est qu'un accident de parcours, le doyen Yao Koffi, au nom de la communauté baoulé, ne dit pas autre chose. "Là où il y a des hommes, il y a toujours la fumée. Amani (ndlr : le ministre Dano Djédjé) est venu éteindre le feu. Il s'agit donc aujourd'hui de fêter la réconciliation". Celle-ci n'a pourtant pas été du tout facile à obtenir. Selon Aimé Tabla, le président de la mutuelle du village, il aura fallu beaucoup de tact et d'efforts du ministre chargé de la réconciliation nationale, le professeur Dano Djédjé, pour désarmer les coeurs et les esprits. "La paix est définitive. Revenez sans préalable et de bon coeur. Vous êtes chez vous ici", a indiqué le président de la mutuelle. Selon lui, Fousseny Traoré alias Tiéoulé, un malien installé depuis 40 ans dans le village, foule aux pieds les règles élémentaires de la cohabitation après y avoir bâti toute sa fortune.
Lui qui a déclaré sur tous les toits et à travers la presse qu'il a construit une école à Mahinadopa alors qu'il n'en existe même pas dans le village. Et justement pour rectifier ce mensonge grossier, le chef du village Emmanuel Légré a demandé à Tiéoulé d'indiquer l'école qu'il a construite. Celui-ci n'ayant pu le faire, il est resté confus tout le long de la cérémonie.
Malgré tout, le chef Emmanuel Légré a accepté de pardonner.
"Quand on pleure, les larmes descendent, mais ne montent pas. Le chef est un conciliateur . pour cela, nous sommes prêts à pardonner", a-t-il dit. Pour consacrer l'alliance et la réconciliation, il y a eu à des échanges de symboles. Les maliens ont offert de la cola à leurs tuteurs qui, en retour, leur ont remis des plantes qui symbolisent la paix, la douceur et la quiétude. Quant aux burkinabé, ils ont donné de la boisson traditionnelle à leurs hôtes pour établir la paix. Mme Limata Koulibaly, épouse du président de l'Assemblée nationale, a saisi l'occasion pour demander pardon au peuple bété et à la population de Mahinadopa qui est un symbole de réconciliation. Les représentants des ambassadeurs du Mali et du Burkina Faso ont tous exprimé leur joie de voir les communautés se réconcilier et remercié le ministre Dano Djédjé.
Le président du Conseil général de Gagnoa s'est dit fier de ses parents et des étrangers qui ont reconnu leur tort en toute humilité. Le préfet Mohiro René a exhorté les communautés allogènes à s'intégrer et à participer aux activités de développement des villages et demandé aux autochtones d'accepter leurs frères.
Pour le ministre Dano Djédjé, les griefs retenus contre les allogènes sont, entre autres, comportement irrévérencieux, non-respect des valeurs traditionnelles, fabrication et détention d'armes à feu, etc. Mais, malgré cela, le bété ne peut chasser les étrangers, car cela est contraire à sa culture et à sa morale puisque, pour lui, l'étranger est roi. Selon lui, aucun conflit ne se règle ni dans la violence, ni dans la haine, ni encore dans la vengeance. Mais qu'il faut s'asseoir sous l'arbre à palabres pour discuter et se dire les vérités. A la fin de la cérémonie, il a offert la somme de 1 100 000 F CFA, dont 100 000 du ministre Bohoun Bouabré, aux jeunes, aux femmes, aux allogènes, aux hommes de Mahinadopa et aux chefs du canton Zabia.
Après Mahinadopa, la forte délégation a procédé à la même cérémonie à Obodroupa.
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