Jacques Préjean
2 Décembre 2003
Aussi, nous pensons que le cas Kossonou nous paraissait ne pas être une patate chaude entre les mains de Laurent Gbagbo.
Au contraire, à y voir de plus près, elle l'était pour le PDCI-RDA et plus particulièrement pour son président, M. Aimé Henri Konan Bédié pour qui, accéder au pouvoir d'Etat était une fin en soi et que le discours guerrier, vengeur et même le mépris des adversaires politiques était le seul mode d'expression et de commandement. On se souvient encore comment il a insulté toute une région, toute une ethnie. Nous y reviendrons ci-après.
Si le ridicule pouvait tuer, le PDCI-RDA ne serait plus de ce monde quand on entend ses dirigeants prôner ou exiger sans fausse honte "l'Etat de droit" aujourd'hui.
En effet, à la faveur de l'affaire "Kossonou", puisqu'il faut désormais l'appeler ainsi, le secrétaire général du PDCI-RDA a prétendu que son parti était harcelé par le pouvoir FPI qui serait selon lui antidémocratique. Comme c'est nouveau. Le parti unique d'antan, autocratique de surcroît qui se plaint de ce qu'un autre parti serait ce qu'il fut lui-même.
Le PDCI-RDA par la bouche de son secrétaire général, parti du président Aimé Henri Konan Bedié, l'homme qui n'aime pas la contradiction, que nous connaissons au présent comme au passé récent, exige du pouvoir actuel qu'il cherche "à rétablir l'Etat de droit et à assurer la sécurité des biens et des personnes". Comme si du temps de leur règne, l'Etat de droit était de mise pour qu'il soit urgent de le rétablir. C'est l'hôpital qui se moque de la charité.
Une bouée de sauvetage
Venant d'un dirigeant du PDCI-RDA, cela peut étonner et étonne plus d'un Ivoirien. Au vu de tout ceci, on est en droit de se demander si les hommes politiques, tous les hommes politiques sont quelquefois normaux. S'ils ne sont pas de mauvaise foi toute leur vie.
D'abord, arrêtons-nous sur le concept de l'Etat de droit qui semble être aujourd'hui la bouée de sauvetage à laquelle voudrait bien s'accrocher le PDCI-RDA. L'Etat de droit, à la lumière de toutes les définitions, est un réceptacle dans lequel se trouve, confondu tout ce qui protège au plan juridique, donc des droits de l'homme, le plus petit d'entre les citoyens sans défense dans un pays donné. Mais c'est également un système juridique dans lequel les autorités publiques sont soumises effectivement et totalement à la règle de droit par le biais du contrôle juridictionnel.
De ce point de vue, M. Alphonse Kossonou Kobenan est un citoyen ordinaire. L'Etat impartial, comme nous le souhaitons et l'exigeons tous, lui doit protection dans toutes les prérogatives du droit. S'il est actuellement dans les mailles de la justice par rapport aux faits à lui reprochés, il n'appartenait pas, selon nous, aux dirigenats du vieux parti de monter sur leurs ergots et de surcroît s'étonner qu'un militant de leur parti soit arrêté dans une affaire qui relève du judiciaire.
La loi n'est-elle pas la même pour tout le monde. Tout de même, le PDCI-RDA a mis en prison Laurent Gbagbo, qui était député à l'époque et couvert par l'immunité parlementaire. Alors ?
Le devoir de ces messieurs du PDCI-RDA, c'était, selon nous, de mettre en branle les mécanismes judiciaires que justement l'Etat de droit leur offre pour sortir leur militant de la mauvaise passe. Au lieu de cela, ils s'adonnent au jeu puéril "du voleur qui crie au voleur" comme on en rencontre très souvent à "Bori Bana" du côté d'Attécoubé. Première approche.
Deuxième approche, tout le monde se souvient de cette déclaration curieuse et mal à propos d'ailleurs, du temps où il trônait sur le destin de la Côte d'Ivoire, c'est-à-dire de nous tous, de M. Aimé Henri Konan Bédié, rentrant de l'étranger et au plus fort du scandale de l'affaire Djeni Kobenan qui en est mort d'ailleurs, louant les exigences de l'Etat de droit, le respect des lois des institutions de la République alors que dans le même temps, son ministre d'Etat, Constant Bombet venait de dépouiller le sieur Djeni Kobenan de sa nationalité ivoirienne de la façon la plus honteuse qui soit. Ce n'est pas il y a 30 ans, c'était hier.
Les hommes du PDCI-RDA font partie de cette catégorie d'hommes politiques qu'on appelle les sophistes.
Sophisme et politique politicienne
D'abord, le sophisme est un genre d'argumentation qui, partant de prémisses vraies, aboutit à une conclusion plus ou moins absurde et difficile en même temps à réfuter. C'est un raisonnement vicié à la base qui repose sur un jeu de mots brumeux. C'est un argument le plus souvent séduisant mais faux, destiné à induire en erreur tout un peuple en politique ou un interlocuteur immédiat dans les relations entre hommes.
C'est ainsi, que, pour épater les sceptiques, le secrétaire général du PDCI-RDA cite le cas de M. Ehui Bernard que le pouvoir actuel aurait envoyé tuer par des bazooka, sans que celui-ci ne trouve la mort. Comme c'est curieux. Il cite aussi, comme si cela ne suffisait pas comme énormité, les cas de M. Maurice Guikahué et Mme Léopoldine Coffie etc.
Tous ces noms pour faire croire que le pouvoir est monté totalement et irréfutablement contre le PDCI et oubliant ce que fut le PDCI au pouvoir tout simplement, du temps de M. Bédié. Ce n'était pas un enfant de choeur, il faut malheureusement convenir.
Etat de droit et droits de l'homme Pour parler de l'Etat de droit que réclament aujourd'hui ces Messieurs du PDCI, remontons le cours de l'histoire de ce concept, vieux de deux siècles, qu'on voudrait manipuler à souhait selon les intérêts du moment.
Chiche donc aux nouveaux légistes. Venant d'un parti dont le président, dans le livre qu'il a publié (les chemins de ma vie) consacrait l'inégalité naturelle se caractérisant par une stratification du peuple. Les gens de l'Ouest plus particulièrement les Bété, chez qui, au dire de Aimé Henri Konan Bédié, le plus beau et le grand danseur, dénué de tout bon sens et d'intelligence était le chef. Alors que chez nos frères Akan, au dire de M. Bédié on naissait tout simplement chef ni plus ni moins. N'est-ce pas la voie royale pour accéder au pouvoir même si on est handicapé intellectuellement. On n'a pas encore oublié cela.
L'élection de M. Laurent Gbagbo
Dénié à toute une région des capacités naturelles à diriger De même que la Grande Révolution française avait balayé les privilèges en son temps. L'élection de M. Laurent Gbagbo à la Présidence de la République en 2000 a balayé l'idée selon laquelle une frange de la population de notre pays était inapte à diriger et que seule, l'autre frange c'est-à-dire les Akan, selon Aimé Henri Konan Bédié, avait un don prédestiné au commandement. C'est un débat que nous n'avons pas encore évacué. Il faudra qu'on en parle un jour. On dira sans doute que la guerre dans laquelle nous sommes expliquerait cela. C'est un oui et non car ce sont ces a-priori ou ces certitudes incongrues qui sont à la base de ce que nous visons aujourd'hui.
D'Houphouet à Bedié, en passant par Guei Robert jusqu'à Gbagbo Laurent s'entend. Si on s'en prend donc à la chèvre, il faut se demander qu'a fait le chou.
L'Etat de droit a pour fondement la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789 adoptée par l'Assemblée nationale constituante. Placée en tête de la Constitution des 3-14 septembre 1791, elle affirme le caractère naturel, inaliénable et universel des droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la sûreté, l'opinion, le droit de propriété, le droit de résistance et l'oppression.
Dans le cas de Kossonou, prendre un avocat dès qu'on a su qu'un arbitraire se commettait contre ce pauvre enfant innocent. C'était le plus simple à faire que pousser toutes ces jérémiades qui ne servaient à rien. La déclaration des droits de l'homme et du citoyen a consacré est-il besoin de le dire, les libertés fondamentales dévolues à tout citoyen. Tout ceci s'entend à ne faire qui puisse nuire au droit d'autrui, c'est-à-dire la liberté dans toutes ses composantes mais sans enfreindre celle du voisin.
Du temps où il était ministre, si un homme comme M. Constant Bombet vous disait que "la Côte d'Ivoire est un Etat de droit", vous saviez très bien que cet homme ne disait pas la vérité pour avoir dépouillé Djéni Kobenan de sa nationalité ivoirienne.
l'Etat de droit et les droits de l'Etat
La liberté et consubstantielle à l'homme comme l'oxygène lui est indispensable pour vivre. Si la liberté est un droit inaliénable à tout être qui vit et respire, elle devient une obligation pour un état. Tout état, devrions- nous dire car c'est l'Etat qui est en charge de fournir aux individus que nous sommes les moyens d'exercer cette liberté autolimité. Cette liberté où commence celle d'autrui et même celle de l'Etat. La force de l'Etat doit toujours être au service de la protection des libertés fondamentales et non les écraser au profit des droits de l'Etat.
L'état au prime à bord n'a pas pour vocation d'étouffer cette liberté dévolue aux êtres que nous sommes. Or le cas de Blé Goudé Charles, enchaîné sur son lit d'hôpital est là pour rappeler aux amis de M. Aimé Henri Konan Bédié, que l'Etat de droit ce n'est pas aux autres qu'il revient seulement de l'entretenir.
Bien sûr, comparaison n'est pas raison. Peut-on dire que la liberté individuelle était mieux protégée sous Bédié ou même sous Houphouet qu'elle ne l'est aujourd'hui sous Laurent Gbagbo ?
Les journalistes sont-ils mis en prison aujourd'hui, bastonne-t-on des leaders politiques dans un cabinet ministériel ? Il y a des débats qu'il ne faut pas réveiller car ils peuvent entraîner d'autres débats enterrés à jamais parce que c'est le passé.
Nous pourrions être d'accord avec le secrétaire général s'il avait parlé généralement de l'Etat de droit comme un concept qui doit être recherché dans un Etat moderne. Autrement dit, un état de droit est un état doté de mécanismes institutionnels et juridiques, séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire) et garantissant les libertés politiques, mettant à distance l'Etat de simple police, ou plus exactement dans sa forme séculaire, pour se soumettre à l'impératif de la protection de la liberté individuelle.
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