Fraternité Matin (Abidjan)
. (je Vous Remercie.)
3 Décembre 2003
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Abidjan — Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Honorables membres du Conseil de sécurité,
Je voudrais exprimer toute la gratitude de mon pays au Secrétaire général des Nations unies, aux membres du Conseil de sécurité et au représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Côte d'Ivoire, M. Albert Tévoédjéré, pour l'intérêt toujours croissant qu'ils portent à la Côte d'Ivoire en plaçant la crise que traverse ce pays comme l'une des préoccupations des Nations unies.
Comme vous vous souvenez, j'ai eu récemment l'occasion d'évoquer avec vous les actes majeurs posés dans le cadre de la normalisation de la vie socio-politique en Côte d'Ivoire. Malgré les difficultés actuelles que traverse le processus de paix et de réconciliation, consécutives à la suspension de la participation des ministres des Forces nouvelles aux Conseils de gouvernement et des ministres, le gouvernement de réconciliation nationale ne baisse pas les bras.
Ainsi, depuis notre dernier passage ici, des éléments nouveaux de progrès ont-ils été enregistrés.
Il s'agit, entre autres, du redéploiement de l'Administration dans l'Ouest du pays, zone sécurisée par les forces impartiales (Forces Licorne, MICECI et les observateurs de la MINUCI).
Ce redéploiement, qui a débuté par celui du Corps préfectoral, sera suivi dans les prochains jours de ceux des enseignants avec la réouverture des écoles, l'organisation des examens scolaires et la réouverture des hôpitaux et centres de santé.
Le redéploiement constitue un élément important de l'Accord de Linas-Marcoussis. Il matérialise le rétablissement progressif de l'autorité de l'Etat sur un territoire national occupé à 50% par la rébellion depuis le 19 septembre 2002.
Dans le cadre de l'application du même Accord, je voudrais rappeler l'importante décision prise, le 20 novembre dernier, de faire inscrire les projets de 51 textes fondamentaux, dont 15 projets de loi (éligibilité, naturalisation, foncier rural, identification, etc.) au rôle du Conseil des ministres, en vue de leur examen immédiat et de leur transmission au Parlement.
A cet effet, deux Conseils des ministres hebdomadaires ont été exceptionnellement institués pour rattraper le retard occasionné par la suspension de la participation des ministres issus des Forces nouvelles aux activités du gouvernement depuis septembre 2003.
Leur retour au gouvernement serait imminent, après les engagements fermes qu'ils ont pris devant le Président John Kufuor du Ghana.
Dans l'effort de pacification de la Côte d'Ivoire, l'Accord de Linas-Marcoussis encourage le gouvernement à prendre des mesures visant à assainir le milieu de la presse dont la responsabilité dans l'exacerbation du conflit ivoirien a été décriée par tous. A cet égard, je voudrais vous informer qu'un projet de révision de la loi sur la presse est en ce moment en cours d'élaboration.
D'ores et déjà, les associations de professionnels de la presse, soucieuses de redorer l'image de leur profession, ont pris eux-mêmes les devants en organisant, la semaine dernière, un séminaire à Grand-Bassam d'où sont sortis un certain nombre de recommandations qu'elles entendent proposer au gouvernement dans le cadre de l'effort d'assainissement de l'audiovisuel et de la presse en Côte d'Ivoire.
En ce qui concerne l'aide humanitaire d'urgence afin de répondre aux besoins immédiats des réfugiés et personnes déplacées et pour stabiliser leurs conditions de vie, un appel consolidé " CAP 2004 " au profit de la Côte d'Ivoire, du Burkina Faso, du Mali et du Ghana a été lancé à Guiglo, dans l'Ouest du pays, le 19 novembre dernier, par les agences du Système des Nations unies.
Sur le plan sécuritaire, la transformation du mandat actuel de la MINUCI s'avère nécessaire pour permettre le déploiement sur toute l'étendue du territoire national d'une Force de maintien de la paix de l'ONU en vue de la pacification et de la réunification du pays, conditions essentielles pour la tenue, en 2005, d'élections transparentes, justes et sécurisées.
Cette force aiderait à accélérer le dialogue entre le gouvernement et toutes les forces politiques dans le cadre de l'application intégrale de l'Accord de Linas-Marcoussis, en vue d'un retour rapide à la paix et à la normalité en Côte d'Ivoire.
Nous remercions la France qui devra, nous le souhaitons vivement, continuer de jouer un rôle important dans le processus de paix et de stabilisation de la Côte d'Ivoire et de la sous-région ouest-africaine. Nos remerciements s'adressent également au gouvernement américain pour tout l'appui financier et logistique qu'il apporte aux forces de la CEDEAO en Côte d'Ivoire et pour ses efforts en vue d'aider notre région à retrouver sa stabilité.
Il convient de noter que la transformation des forces actuelles en une nouvelle Force de maintien de la paix des Nations unies aura comme autre avantage de corriger les inégalités de traitements actuellement observées entre les contingents militaires de la CEDEAO et ceux placés sous mandat des Nations unies dans certains pays de la sous-région, situation qui pourrait, tôt ou tard, favoriser des malaises au sein des forces armées d'un même Etat.
Cette harmonisation des conditions de vie et de travail des forces de maintien de la paix dans la sous-région permettrait également de disposer de Casques Bleus plus motivés parce que mieux rémunérés.
A cet égard, il nous semble indiqué que l'action de l'ONU en matière de maintien de la paix s'inscrive de plus en plus dans une perspective régionale. Ainsi, en établissant une Force de maintien de la paix en Côte d'Ivoire, après celles du Liberia et de la Sierra Leone, les efforts des Nations unies deviendraient non seulement plus cohérents, mais auraient également plus de chance d'être couronnés de succès.
Cette Force, que toutes les parties au conflit ivoirien considèrent déjà comme la plus à même d'être neutre, contribuerait grandement à la stabilisation de l'Afrique de l'Ouest. Elle constituera, en effet, un instrument efficace de lutte contre la prolifération et le trafic illicite des armes, contre le mercenariat et le terrorisme, facteurs déstabilisants de la sous-région.
La Force de maintien de la paix pourrait contribuer, outre la sécurisation des frontières, la protection des ressources nationales, à œuvrer au succès du programme DDR.
La détresse grandissante de la population ivoirienne interpelle tous les Ivoiriens mais aussi la communauté internationale pour un effort supplémentaire en faveur de la paix et de la stabilité de la Côte d'Ivoire qui demeure la centralité dans notre sous-région.
Au plan diplomatique, le réchauffement des relations entre le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire à l'issue des visites du Premier ministre, M. Seydou Diarra, et d'autres membres du gouvernement à Ouagadougou et la visite du Chef de l'Etat ivoirien à son homologue burkinabé constituent des avancées certaines dans le processus de stabilisation politique de la sous-région.
Les différentes rencontres à Abidjan entre les Présidents Kufuor du Ghana, Obasanjo du Nigeria, Eyadéma du Togo, Bryant du Liberia avec leur homologue ivoirien et les visites de travail du Président ivoirien à Accra et à Libreville, participent aux efforts de dénouement de la crise politique visant au retour des Forces nouvelles au Conseil des ministres du gouvernement de réconciliation nationale.
Tous ces efforts déployés par les chefs d'Etat et les gouvernements de la sous-région ne seraient couronnés de succès qu'avec un appui constant de la communauté internationale dans son ensemble et du Système des Nations unies en particulier.
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