Par : Médecin-colonel Georges Nyouky
3 Décembre 2003
opinion
Lors de la dernière Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies, un éminent chef d'Etat a préconisé de déclarer le sida, un état d'urgence sanitaire mondial et a invité les nations à rendre régulièrement compte à cette institution de leur effort de contrôle de cette épidémie.
Les récents chiffres publiés par l'Onusida font état de vingt sept millions de personnes infectées en Afrique, et chaque jour quatorze mille autres rencontrent le virus. Ce fléau est devenu une menace réelle à l'échelle planétaire, et notre continent court le risque à plus ou moins brève échéance d'une déstabilisation profonde, face à cette agression constante et sévère de ses populations. Dans tout processus de développement, la première ressource à considérer est d'abord humaine, puisque à la base de toute initiative d'ordre conceptuel ou de mise en oeuvre. Face à cette menace, mettre l'homme derrière un abri fiable, a constitué et continue de représenter un enjeu extraordinaire autour duquel se développent des idées ou des actes de tous ordres depuis plusieurs décennies. Les scientifiques en ce sens ont mérité de l'humanité, en consacrant leur vitalité à la solution de ce problème. Travaillant sans relâche, ils ne se sont jamais découragés devant les mutations incessantes du virus responsable de la maladie. De même des institutions financières à travers le monde, en prenant la mesure du péril que ce virus constitue, ont eu un comportement digne d'éloge, en manifestant leur intérêt face à la situation nouvelle par un appui substantiel aux projets de lutte développés dans la plupart des pays.
Mais en choisissant la sphère sexuelle comme un terrain de prédilection pour sa propagation, le virus responsable de la maladie a su "scruter les profondeurs du coeur de l'homme, scruter sa pensée, comprendre ses desseins, démêler les raisonnements de son esprit", pour mieux travestir l'impact de toute initiative en mesure de freiner sa cavalcade solitaire. Ce faisant, il permet une perception multiforme et crée des images plurielles de la représentation que l'on pourrait en avoir.
Aujourd'hui qui d'entre nous, sentant venir la menace du sida, n'éprouverait pas une peur panique à le croiser sur son chemin; parce qu'alors le sentiment de vivre dans un nouvel environnement lui ferait certainement entrevoir incertitude, souffrance, misère. Tout se passe encore comme si le sida avait réussi à imposer la peur en envahissant les consciences, en jouant sur sa sévérité, l'ampleur de ses effets et l'horreur qu'il inspire.
Cette perspicacité du virus du sida révèle tout son génie créateur. Il pousse son avantage en allant installer de manière péremptoire une discorde indéniable au milieu des hommes quand ils élaborent des stratégies pour le combattre. Il est communément admis que la transmission de l'infection vih/sida est à 85 % d'ordre sexuel. User d'une sexualité responsable ou faire preuve de fidélité dans la relation amoureuse suffit pour un contrôle efficace de son expansion pour délivrer ainsi le genre humain de cette menace.
Mais que retient l'homme de l'impact des phénomènes importants qui jalonnent son histoire. Le déluge, les sept plaies d'Egypte, la bombe atomique, les épidémies l'ont oppressé à un moment de son existence sans jamais constituer une leçon véritable ou une référence particulière dans sa qualité de vie. Alors la fidélité pour quoi faire ? Que des voix crient dans le désert, pour dire leur conviction, quel intérêt peuvent-elles susciter ? Pourtant l'autorité que leur confère leur représentativité sociale justifie pour certaines, leur prise de position sans équivoque pour la fidélité. Devant l'urgence actuelle, comment ne pas s'étonner du peu d'écho qu'elle éveille au sein des cibles potentielles que nous représentons. Tout aussi inquiétant est l'ampleur de la controverse qu'elle soulève, quand elle est présentée comme la dragée la plus efficace pour contrarier le projet d'anéantissement du genre humain par un microbe, une particule invisible à l'oeil nu, mais dont la prétention sur la vie de l'homme est justifiée par des immenses possibilités opératoires. Restreindre la lutte contre le sida à la fidélité est à première vue contestable. Mais faut-il aussi pour autant éprouver du dépit, devant la proposition de certaines personnes, des dignitaire religieux en particulier, d'en user à la place du préservatif pour freiner la progression du sida. Tout leader a le devoir d'orienter, d'instruire, d'exhorter ses adeptes suivant les préceptes de sa mission. Le rôle ici du berger est de ramener à lui toute brebis égarée, pas de disperser le troupeau qui lui a été confié.
L'exercice de fidélité n'est pas simple mais requiert de la part de tout disciple de tout partisan ou apôtre une certaine discipline pour rejoindre la pensée du maître. Que de contradictions cet effort de fidélité peut susciter ! Cet exercice se déroule le plus souvent dans des conditions ésotériques où l'homme doit se garder de l'attrait de la matière qui conduit facilement à la recherche effrénée du plaisir, susceptible d'obscurcir notre conscience et de limiter la portée de notre intelligence dans la compréhension des valeurs.
L'abord discursif de la fidélité débouche sur une aire aux limites indéterminées, mais deux de ses caractéristiques recouvrent sans nul doute deux valeurs fondamentales. La première est liée à la fidélité à l'héritage de nos pères que nous avons tous en commun et qui pour l'essentiel signifie, respect des traditions, fidélité à un engagement, exercice de la liberté. Ces qualités nous apprennent à connaître nos limites et nos qualités et à créer des représentations personnelles face à toute situation. Ainsi pour certains, le sexe était hier dans leur société un symbole avec des tabous puissants et représentait une fonction vénérable difficile à transgresser. On entrait dans un schéma éducatif où l'autorité du père, du groupe, de l'entité était significative. Cette autorité parvenait tant bien que mal à réguler tous les comportements à toutes les étapes de la vie et chacun était astreint au rôle qui lui était dévolu pour le confort et la dignité de la communauté. Plongé dans l'univers des traditions et des coutumes, façonné par celles-ci, l'enfant puis l'adolescent apprenait à mesurer ses désirs, à modérer ses appétits et ses songes, à contrôler ses émotions et ses sentiments amoureux, à se méfier de la convoitise des yeux et du coeur. Aujourd'hui face à l'hédonisme ambiant comment rester fidèle ? Heureux celui qui à l'expérience, comprend qu'une valeur traditionnelle peut être d'inspiration divine et en cela représenter une base solide d'apprentissage à la vie.
Le couple peut être l'autre prétexte pour examiner la deuxième facette de la fidélité. Jacques Salomé un expert en psychologie de la communication affirme que le "le couple est un fabuleux creuset de changement, d'évolution et de mutations personnelles". Parce qu'il renferme trois intimités, celle de l'homme, de 1a femme et de l'ensemble des deux ; le couple est très complexe et son analyse un défi qui n'est pas aisé à relever. Cette formule de l'expert renferme nécessairement une alchimie de sentiments où le pardon, le partage, l'amour constituent la matière première du couple idéal. Ceci confère à la relation homme et femme une autre dimension et donne tout son sens à cette règle "l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair". La fidélité en devenant ainsi dialogue, communion, fusion du corps et de l'esprit, peut se transformer en une arme puissante que le sida doit craindre.
Cette fidélité à soi-même, et dans le couple a forcément besoin de s'appuyer sur une autre force. Celle-ci nous mène alors par un long et difficile chemin de la conscience, vers celui plus sûr de l'intelligence, laquelle nous conduit à la vérité, seule capable de nous permettre d'accéder à une spiritualité. véritable, la seule susceptible de relativiser l'importance de la matière dans notre vie. N'est-ce pas cet effort que chacun de nous doit accomplir pour se débarrasser du préservatif, qui est l'image même de la matière ou de la chair à laquelle nous accordons une importance démesurée, oubliant de soigner cette autre dimension de l'homme qu'est l'esprit. Pourquoi alors, dans un délire onirique, ne pas proposer avec force conviction l'institution d'une Journée mondiale de la prière dans la lutte contre le sida ? Au temps où Dieu parlait aux hommes, le serpent d'airain fut une manifestation évidente de sa puissance et de son alliance avec son peuple. Depuis, Il a octroyé à certains parmi nous la connaissance pour prendre en charge en son nom, nos misères. Cette journée mondiale devrait donc être une intercession planétaire, pour demander au Tout-Puissant de donner aux scientifiques les moyens d'aboutir rapidement dans leur recherche pour le contrôle de ce fléau.
Entreprendre une croisade contre le sida, c'est se convaincre qu'il est une calamité, mais nullement une fatalité et qu'un jour nous le vaincrons par la force de l'Esprit Saint, lumière de la famille, à laquelle il donne l'assurance que "Dieu sauve l'homme de tout péril".
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