Alioune Badara Diallo
3 Décembre 2003
Le décret d'expropriation du site qui s'étend de l'avenue Lamine Guèye à la route de l'Arsenal commence à faire des vagues.
Si des occupants des lieux comme la Confédération nationale des travailleurs (Cnts) de Mody Guiro préfèrent "voir venir", et que le Groupe Sud Communication, concerné par cette décision signée le 3 septembre dernier, réclame "une juste indemnisation", du côté du collège des jeunes filles Martin Lutter King, on prépare la riposte. C'est d'abord une marche ou, à défaut, un regroupement devant l'école, que l'Association des parents d'élèves projette pour le jeudi 4 décembre prochain.
El Hadj Ousmane Diop, le président de l'Association des parents d'élèves du Cemt Martin Luther King que nous avons joint par téléphone, n'est pas content. Même si les autorités académiques ont donné l'assurance que "les cours se poursuivront au moins pour sauver la présente année", lui n'entend pas "voir à l'issue de l'année scolaire les filles transférées un peu partout". Comme Mme Aminata Diop, principal du collège, il est d'avis qu'à défaut "de laisser les élèves sur place, il faudra leur trouver un site convenable, et ceci avant tout projet de délocalisation". Décidée à infléchir les événements dans ce sens, l'association qu'il dirige et le Comité de suivi de la crise, dans un communiqué qui nous est parvenu hier, ont décidé d'organiser une campagne de sensibilisation.
Cependant s'ils ont déposé une autorisation dans ce sens devant le préfet de Dakar depuis vendredi dernier, le feu vert de l'autorité tarde encore. Précisément, rapporte M. Diop, "le commissaire des lieux et le préfet entendent modifier notre itinéraire qui devait, à partir de l'école, se rendre devant le ministère de l'Education, avant de finir devant la Rts. Les autorités qui n'entendent pas nous voir devant le ministère de tutelle, nous proposent plutôt de nous encadrer pour le parcours Cemt/Sandaga, ou Cemt/Rts, ce que nous n'entendons pas. Ainsi, nous avons retenu de nous retrouver ce mercredi pour aviser".
Le président des parents d'élèves renchérit qu'à défaut de "pouvoir marcher, nous nous contenterons d'un rassemblement devant ou dans les locaux de l'établissement pour signifier à qui de droit que personne, comme disent nos enfants, ne touche au Cemt Martin Luther King. C'est le seul établissement à accueillir des filles. C'est comme qui dirait que l'on a vite oublié les efforts entrepris pour la scolarisation des filles". Une résolution qui semble conforter le principal qui s'empresse de rappeler que "Mme Thiam, l'ancienne directrice du Fonds de promotion économique (Fpe), est passée par le collège, autant que Mme Mbaye née Ndèye Khady Diop, l'actuelle ministre chargée de la Petite enfance, Coumba Gawlo Seck, l'artiste, Mme Seck née Maïmouna Ndoye qui fut la première femme admise à l'Ecole polytechnique de Thiès, et tant d'autres femmes qui font aujourd'hui la fierté de sociétés comme la Sonatel, la Senelec, la Bceao, bref le Sénégal, et au-delà le continent". Et Mme Aminata Diop de déclarer : "Je profite d'ailleurs de l'occasion pour lancer un appel à tous ces cadres et célébrités et à toutes les anciennes pensionnaires du Cemt pour nous aider à sauvegarder Martin Luther King." L'appel de principal va également, précise-t-elle, "vers tous ceux qui oeuvrent pour la scolarisation et le maintien des filles à l'école".
Quant aux élèves, ils disent "attendre un geste du professeur et non moins député Iba Der Thiam, qui était ministre de l'Education nationale après que le gouvernement du président Abdou Diouf eut institué, en 1981, le Cemt Martin Luther King". En tout cas, précise le président de l'Association des parents d'élèves, "l'un dans l'autre, jeudi 4 décembre, nous serons avec nos enfants, et à notre manière, au chevet de l'unique collège des jeunes filles de toute la région et même du pays".
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