Par Malick Ndaw
3 Décembre 2003
interview
Le président du Conseil national du patronat (Cnp) parle dans cette interview des assises de l'entreprise. Il estime que c'est une occasion de remobiliser les entreprises et voir les voies et moyens de sortir des difficultés.
Qu'est-ce qui selon vous motive la tenue des Assises de l'entreprise ?
Nous avons décidé de tenir les Assises de l'entreprise pour prendre la parole. De plus, ces assises font suite à un plan stratégique du Cnp qui existait depuis cinq ans, et je pense que c'est le moment de faire le bilan et l'état des lieux. Il convient en outre de voir les avancées au niveau de la concertation, de mesurer nos relations avec les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, les syndicats des travailleurs.
Y-a-t-il une corrélation entre ces assises, et les récentes mesures proposées par les bailleurs de fonds sur les incitations fiscales aux entreprises, et qui ont suscité un certain émoi chez les entrepreneurs sénégalais ?
Non. La programmation de la tenue des assises précède les faits que vous évoquez. Ces assises découlent donc d'une programmation et dans le calendrier normal de notre organisation, pour déjà, remobiliser les entreprises au sein de notre organisation, et en même temps s'ouvrir vers d'autres organisations pour justement donner la parole comme je l'ai dit, à l'entreprise. Naturellement, les relations avec les partenaires au développement nous concernent aussi, et ce sont des points qui seront également traités. Dans ce contexte, je pense que par rapport au code des investissements, nous tenons à être avisés et impliqués dans toutes les discussions pour que rien ne se passe derrière nous. Donc, en dehors des questions transversales sur nos relations avec les partenaires au développement, il y aura aussi des communications sectorielles qui seront faites pour l'essentiel par des présidents d'organisations professionnelles affiliées au Cnp, qu'il s'agisse des Btp, du Tourisme, des banques, des transports, et cela sur deux jours.
Peut-on dire que l'adoption et la signature officielles de la charte des Pme qui constituent 80% du tissu industriel, participe de la pertinence de ces assises ?
Je dois dire que le Cnp est signataire de la charte, et il est clair que cette charte constitue un moyen d'une extrême importance pour le développement de l'entreprise sénégalaise et pour sa participation dans l'accélération de la croissance économique. En termes d'organisations patronales, le secteur privé est partie intégrante de cette charte, aussi bien dans son élaboration que de celui de son adoption. Nous pensons ainsi que cela peut-être une excellente opportunité d'accélérer la croissance, de réduire la pauvreté et de faire passer aussi un secteur dit informel vers un secteur formel. À ce titre, nous sommes très intéressés par ce qui se passe, et nous le suivrons. La charte des Pme vient aussi compléter tout un dispositif existant depuis l'Adpme pour l'encadrement.
Dans son organisation, les assises tiennent-elles compte d'autres organisations comme le Cnes ?
L'initiative des assises émane du Cnp. Cependant, toutes les autres organisations professionnelles du Sénégal (Cnes, Unacois, Mdes entre autres) ont reçu une lettre de ma part, les invitant à participer non seulement au niveau de l'organisation des assises, mais aussi au niveau de toutes leurs entreprises, pour qu'elles participent grandement au succès des assises. Vous remarquerez qu'on a dit 'les assises de l'entreprise', ce qui veut dire que ce n'est pas du tout exclusif. Par ailleurs, la Chambre de Commerce de Dakar mais également celles des régions seront présentes aussi.
Si vous deviez décrire la situation de l'entreprise sénégalaise aujourd'hui, que diriez-vous ?
C'est une question très difficile et ça va être l'objet de deux jours de discussions. Je pense que la situation déjà du fait même de phénomènes extérieurs, fait que l'entreprise sénégalaise est dans une situation difficile. Du fait de la disponibilité et de l'accès même à certains financements. La nécessité de mettre à niveau nos propres entreprises, sans pour autant oublier notre propre administration et aussi notre propre environnement, fait que la situation de l'entreprise est aussi difficile. Donc je pense que c'est clair. Maintenant, il nous faut chercher les voies et moyens pour réduire et sortir de ces différentes difficultés, et c'est en ça que je dis que ce qui est bon pour l'entreprise est bon pour le Sénégal, parce qu'il y a nos relations avec les travailleurs, il y a la nécessité d'assouplir le code du travail, une nécessité d'introduire plus de flexibilité, d'introduire une mise en oeuvre plus rapide. Je pense que ces deux jours nous permettront, et nous donnerons l'opportunité de faire le point sur ces différentes questions, et en même temps d'essayer de tracer et dégager des perspectives.
On note que parmi ces difficultés que rencontre l'entreprise sénégalaise, vous n'évoquez pas la question de la fiscalité ?
C'est pour cela que j'ai parlé d'environnement. C'est vrai que je ne pouvais pas rentrer dans les détails, mais ça peut être tout le cadre réglementaire, juridique, fiscal et même au-delà de la fiscalité. J'ai dit qu'il y a des phénomènes externes et internes. Naturellement, externes, cela peut être l'Omc, de nos accords de partenariat qu'on développe mais aussi qui permettent une certaine ouverture de nos marchés, est-ce qu'on est préparé ? Maintenant en interne, il y a la nécessité au niveau des entreprises déjà, de se remettre à niveau et d'avoir des procédures claires. Mais en dehors de la fiscalité, il est clair que si on n'a pas des infrastructures d'appui à la production ou des infrastructures tout court, dont l'absence peut nous coûter beaucoup plus que la fiscalité, ce sera difficile d'améliorer le sort de l'entreprise. C'est dire qu'au-delà même de la cherté des choses, il faut qu'il y ait déjà la régularité.
Est-ce que ce sont les premières assises qu'organise le Cnp ?
Sous cette forme, je crois pouvoir dire que oui. Par ailleurs, le thème des assises " ensemble, construisons notre futur ", donne un goût de construction, mais aussi de perspectives. Les choses ne peuvent pas se faire avec un groupe sans les autres, et c'est un appel que je lance pour un partenariat global des travailleurs, de l'Etat, du secteur privé, pour un objectif commun, faire avancer notre pays. Et pour que cela puisse se faire, il faut que tout le monde se rende compte en plus que c'est vraiment l'entreprise qui crée la richesse et qu'il faut lui faciliter, d'autant plus que si l'entreprise ira mal le pays va mal. Encore une fois, je lance à un appel à une mobilisation générale de tous les entrepreneurs, de quelque bord que ce soit.
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