Serigne Mour Diop
3 Décembre 2003
L'émission "Méga Sports" de la radio Sud Fm, diffusée lundi 1er décembre, a certainement été le détonateur qui a attiré l'attention de Serigne Modou Mamoun Amar, islamologue mais aussi fervent amateur de lutte, pour qu'il entreprenne une médiation entre le promoteur, Gaston Mbengue et les managers de lutte avec frappe.
Invités de l'émission de notre consoeur Ndèye Dome Thiouf, Gaston Mbengue, secrétaire général de l'Association des promoteurs de lutte, Jacques Diène, président du Regroupement des managers, Moustapha Guèye, président de l'Association nationale des lutteurs professionnels en activités (Anlpa) et votre serviteur devaient débattre sur la question cruciale de l'existence des managers de lutte. A un moment de l'émission, les débats ont été si houleux que le Rédacteur en chef, Omar Diouf Fall, a dû se percher devant la baie vitrée du studio pour demander aux invités de se ressaisir.
Toutes sortes de piques ont été échangées entre Gaston Mbengue, Moustapha Guèye et Jacques Diène, chacun défendant les intérêts de sa corporation. Pour les lutteurs, au nom desquels parlait le "Tigre" de Fass, "le manager doit désormais se rapprocher du lutteur, vivre pleinement son environnement et même intégrer son écurie", ce qui, selon lui, n'était pas le cas dans le passé. Aussi, l'Anlpa dont il est le président a-t-elle décidé de prendre ses distances vis-à-vis de certains managers. Pour Jacques Diène, cet argument ne tient pas la route. S'adressant au président de l'Association des lutteurs, Jacques Diène a lancé : "Toi-même, tu a été couvé par nous, pendant 17 ans et te voilà disant que nous n'avons jamais défendu tes intérêts". Gaston Mbengue, lui, n'avait pas démordu au cours de cette émission. "De toute façon, cette guerre, je la mènerai seul jusqu'au bout, sans y associer les autres promoteurs que cela n'engage pas du tout. Le seul pouvoir qui compte dans la lutte, c'est celui l'argent et c'est nous, promoteurs, qui le détenons", a-t-il déclaré.
Pour mémoire, on rappelle que la fonction de managers a été introduite dans la lutte avec frappe, dès ses débuts, en 1923. Mais le Regroupement des managers n'a vu le jour qu'en 1966. Depuis lors aussi, elle est la seule structure qui évolue dans le secteur, s'interdisant toute concurrence. En 1998, d'anciens lutteurs et entraîneurs de lutte s'étaient constitués en association, sous l'appellation d'Association des managers, entraîneurs et techniciens de la lutte avec frappe (Amalaf) avec, comme précurseur d'Amadou Katy Diop. La naissance de cette structure a ouvert le premier front, le Rmlf refusant totalement de la reconnaître, interdisant également à ses membres de signer tout contrat, si le manager de l'autre lutteur appartient à l'Amalaf.
Le premier à outrepasser cette mesure, c'est Mohamed Ndao "Tyson", quand il a fallu lutter avec Cheikh Mbaba. "Tyson" avait demandé à son manager d'alors, Abdou Babou, de contresigner le contrat sur lequel Amadou Katy Diop, entraîneur et manager du sociétaire de l'écurie Ndakarou, devait apposer la sienne. Sur injonction du Rmlf, Abdou Babou avait refusé. Le chef de file de la Nouvelle génération "Bul Faale" s'était alors retourné du côté de son oncle, Ibnou Diop, pour le représenter. Il est vrai que ce dernier est devenu, plus tard, membre du Rmlf.
Du côté du Comité national de gestion, le président Alioune Sarr est clair : "le Cng ne reconnaît ce celui que le lutteur nous indique comme devant le représenter, par correspondance écrite". Et on pourrait ajouter : qu'il soit membre du Rmlf ou pas. Toutefois, Jacques Diène a exhibé les textes qui régissaient le fonctionnement du Comité d'administration et de contrôle de la lutte avec frappe (Caclaf), créé en 1990 par l'ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Abdoulaye Makhtar Diop, et qui serait toujours en vigueur, selon le président du Rmlf. C'est d'ailleurs ce document qui instituait, pour la première fois, les statuts du promoteur (match-maker) et du manager.
Pour survivre à cette crise, qui crée déjà une vraie saignée dans le camp des managers, dont les lutteurs dénoncent la collaboration à un rythme effréné, l'idéal est d'ouvrir l'association et d'en élargir la base. Pour cela, il suffit d'intégrer tous ceux qui seront désignés par les écuries et, pour les managers qui n'appartenaient encore à aucune écurie, en intégrer une. Cela permettra surtout d'éviter de voir un manager obligé de "confier la signature du contrat à un autre collègue", pour ensuite encaisser sa commission de 10% (encore édictée par les textes du défunt Caclaf), une pratique dénoncée par les lutteurs, qui l'on qualifiée de "décision arbitraire", lors de leur Assemblée générale du 8 octobre 2003.
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