Bernard Saminaden
3 Décembre 2003
Port Louis — Le Central CID travaille sur la piste de jeunes gallinacés réunionnais. Elle cherche à savoir si un cadre de St Michel Marketing, filiale de Montida Poultry Ltd, a utilisé des faux pour importer 15 000 poussins "broiler" (destinés à la consommation et non à la ponte) de l'île-soeur. Lors d'une perquisition dans les locaux de la compagnie, à Riche-Terre, la police aurait mis la main sur des permis vierges portant le cachet des services vétérinaires. Le directeur de la compagnie nie avoir importé ces produits illégalement.
Une partie des jeunes poulets a été restituée à la firme importatrice il y a quelques jours contre paiement de Rs 65 000 à la douane et une garantie bancaire de Rs 600 000. Les "broilers" sont actuellement engraissés dans les fermes et seront abattus d'ici deux semaines pour être commercialisés sur le marché local.
Maya Hanoomanjee, chef de cabinet au ministère de l'Agriculture, soulignait hier que son service suit de près cette affaire et attend les conclusions de l'enquête pour prendre une décision. Elle précise que lors d'une réunion avec les principaux producteurs de poulets à Maurice elle a donné la garantie que tout sera fait pour protéger les élevages locaux contre d'éventuelles maladies. Des analyses effectuées sur ces "broilers" ont démontré qu'ils sont en très bonne santé et ne souffrent pas de la salmonelle.
Néanmoins, par précaution, le service vétérinaire du ministère devra s'assurer que Montida Poultry abat ces poulets réunionnais sur ses fermes et les congèle sur place avant qu'ils ne soient vendus sur le marché local. Aucun de ces animaux ne pourra être vendu frais, indique Maya Hanoomanjee.
Cette affaire inquiète certains producteurs mauriciens qui affirment qu'il existe des poches de salmonelle à la Réunion. Ils estiment qu'il y a des risques de contamination et que cela pourrait décimer les élevages locaux si un contrôle strict n'est pas exercé, et notamment la mise en quarantaine. Certains professionnels du secteur estiment en outre que cette concurrence risque à terme de tuer l'industrie locale.
Les poussins avaient été importés le mois dernier. Selon nos informations, les services vétérinaires ont émis un certificat autorisant l'importation de poulets destinés à la ponte, communément appelés "parent chicken". Ce certificat, selon les enquêteurs du Central CID, aurait été modifié. A côté de "Parent chicken" a été inscrit à la main le mot "broiler". Quand ce document a été présenté aux autorités concernées à l'aéroport, ces poussins ont été débarqués sans problème. C'est à la suite de la protestation discrète de firmes concurrentes que le pot aux roses a été découvert.
Edwin Kwok, le directeur général de St Michel Marketing estime qu'il n'y a pas de quoi en faire un plat : "Il n'existe aucune mention dans la nomenclature des services vétérinaires à Maurice interdisant l'importation des poussins broiler de l'île de la Réunion." Il assure que sa firme n'a jamais agi dans l'illégalité et que tout est rentré dans l'ordre après une réunion avec les autorités douanières et le ministère de l'Agriculture. Il a également démenti le fait que des documents vierges émanant des services vétérinaires ont été saisis dans ses locaux de Riche-Terre.
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