L'Express (Port Louis)

Afrique: Conférence internationale : l'Afrique face aux défis de la qualité de l'éducation

Myette Ahchoon

3 Décembre 2003


Port Louis — Le système mauricien est un exemple pour les délégations à la 6e Biennale de l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique qui débute ce matin.

Maurice accueille cette semaine une importante conférence internationale sur l'éducation en Afrique. L'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) organise au Centre des conférences à Grand-Baie sa 6e Biennale sur le thème de la qualité de l'éducation de base. Près de 400 personnes de l'Afrique subsaharienne dont une cinquantaine de ministres de l'éducation, accompagnés de hauts fonctionnaires, de représentants d'organismes internationaux de coopération au développement et de chercheurs dans divers domaines de l'éducation, y participent.

La cérémonie d'ouverture a lieu ce matin en présence d'Amadou Toumani Touré, président du Mali, qui est arrivé hier soir, et du président Anerood Jugnauth. L'ADEA profitera de la tenue de la conférence pour célébrer son 15e anniversaire. La Biennale 2003 se tient trois ans après la tenue du Forum international de Dakar sur "l'Education pour tous". En marge de cette conférence, l'ADEA a entrepris, il y a plus d'un an, une étude sur la qualité de l'éducation. Les débats pendant ces quatre jours tourneront autour du thème central :"La quête de la qualité : à l'écoute des expériences africaines." Le défi de l'apprentissage en Afrique c'est justement d'améliorer la qualité de l'éducation de base.

Le choix de Maurice pour la tenue de la conférence s'explique par les réalisations du pays dans le domaine de l'éducation et les progrès remarquables accomplis dans le développement. C'est ce qu'a affirmé hier matin Mamadou Ndoye, secrétaire exécutif de l'ADEA, lors d'une conférence de presse en prélude à la conférence qui débute aujourd'hui. En dépit des ressources limitées, a-t-il dit, Maurice peut, en misant sur l'éducation, jouer sur l'échiquier international. "Cet exemple de Maurice mérite d'être montré à tous les pays africains. C'est le seul pays africain qui soit leader d'un groupe de travail de l'ADEA. Tous les autres groupes de travail ont pour leader des agences du Nord. C'est le seul exemple de leader africain dans les groupes de travail. Maurice occupe une place importante au sein de l'ADEA et apporte une contribution remarquable", a ajouté Mamadou Ndoye.

La réussite mauricienne dans "l'Education pour tous" interpelle les pays africains. A la conférence de presse d'hier, les journalistes africains ont interrogé longuement le ministre de l'Education, Steve Obeegadoo, sur la stratégie adoptée pour atteindre cet objectif. Le pays aurait-il bénéficié d'un appui particulier des bailleurs de fond pour y arriver ? Steve Obeegadoo, visiblement heureux des éloges des participants africains, a répondu qu'il y a eu une conjugaison de plusieurs facteurs, à savoir les efforts des gouvernants, la taille du pays qui permet de toucher l'ensemble de la population et le souci de la famille mauricienne pour l'éducation. "Les différents gouvernements qui se sont succédé ont compris l'importance d'investir dans l'éducation et le développement des ressources humaines. Il y a eu un effort soutenu pendant de nombreuses années dans cette direction. Nous avons aussi la chance d'avoir une population qui associe l'éducation à l'amélioration du statut social. Il y a donc un souci dans chaque famille mauricienne d'éduquer les enfants. Nous avons eu aussi le soutien des pays amis et des agences de financement internationales."

Maintenant que le pays a fait un bond en ce qui concerne l'accès pour tous à l'éducation, il s'agit, a ajouté le ministre, de garantir la qualité de cette éducation. "Il faut maintenant assurer la pertinence du programme d'études afin que nos jeunes soient dotés de l'outillage essentiel pour vivre en société. C'est un effort de tous les jours." Le thème de la présente conférence est, selon lui, approprié à l'expérience mauricienne qui est en ce moment en pleine réforme.

Gaspillage de cerveaux

Il a aussi été question hier de la fuite des cerveaux, privant ainsi les pays africains de leur matière grise dans le processus de développement. A cela, le secrétaire de l'ADEA répond que le principal problème de l'Afrique n'est pas la fuite des cerveaux mais "le gaspillage des cerveaux qui sont sur place ". "Nous avons des gens avec des licences et des doctorats mais on n'utilise pas leurs compétences. Ils restent au pays sans rien faire. C'est un problème sérieux que nous devons régler. Quand on aura résolu ce problème, on verra ce qui nous manque."

Le ministre Obeegadoo est d'accord que c'est un problème commun aux pays africians. "Nous ne savons pas utiliser les ressources sur place. Nous préférons avoir recours à l'expertise étrangère." Certains pays africains, dit-il, commencent à être affectés par le manque d'enseignants en raison de l'exode de leur personnel vers les pays du Nord. Cette question, a indiqué le ministre, a été débattue lors de la dernière réunion des ministres de l'éducation des pays du Commonwealth. Une proposition a été faite lors de cette réunion pour un protocole avec les pays bénéficiant de l'exode d'enseignants venant d'Afrique et d'autres petits Etats. Il a été ainsi question, a fait savoir Steven Obeegadoo, de la mise en place d'un mécanisme compensatoire.

Les autres questions adressées au secrétaire exécutif de l'ADEA et au ministre mauricien de l'Education ont porté sur l'éducation à distance, l'intégration des nouvelles technologies d'information et de communication dans le programme d'études, la formation des enseignants, le bilinguisme, le taux élevé d'analphabètes en Afrique.

Profil

L'invité d'honneur

- Amadou Toumani Touré, le président du Mali, a été reçu par le président de la République, Sir Anerood Jugnauth, à la State House, Le Réduit, en début de soirée peu après son arrivée. Il quitte le pays demain. Après la cérémonie d'ouverture de la Biennale 2003 de l'ADEA ce matin, il donnera une conférence de presse en compagnie du président de la République.

L'ex-général Amadou Toumani Touré, âgé de 53 ans, a été élu en mai dernier lors du second tour de l'élection présidentielle avec plus de 65 % des voix. Dès le premier tour, il partait favori. Lors de la cérémonie d'investiture au mois de juin en présence de 11 chefs d'Etat africains, il avait promis "d'appliquer la bonne gouvernance et de renforcer la paix et la sécurité au Mali".

L'ex-général avait déjà dirigé le Mali pendant la transition de 1991-92 après avoir participé au renversement du régime de Moussa Traoré. Au cours des mois qui ont suivi, il a contribué au processus de démocratisation de son pays.

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