Cathy Yogo
3 Décembre 2003
"Notre propre voix ", c'est le thème choisi cette année, pour la 12ème journée internationale de la personne handicapée. Voilà qui renvoie à la participation effective de cette catégorie de citoyens dans la prise des décisions sur les sujets relatifs à leur existence. Une existence pas des plus aisées...
Au Cameroun, les problèmes des handicapés sont d'autant plus importants que leur intégration dans la société est entravée par un certain nombre de discriminations. C'est le cas de leur admission dans certaines grandes écoles, comme l'Ecole nationale d'administration et de magistrature (Enam). Cette structure leur est désormais interdite au motif qu'ils ne sont pas aptes au service militaire, l'un des préalables pour y être aujourd'hui admis. A la Faculté des sciences biomédicales, est la même dissémination.
L'autre problème est relatif à l'accessibilité au transport de ces individus dont toute la mobilité est quelquefois réduite, à la suite d'une incapacité physique (motrice ou sensorielle), d'une déficience intellectuelle, de l'âge, de la maladie ou de toutes autres causes susceptibles d'engendrer un handicap. " Mon travail m'oblige à me déplacer très souvent. Je redoute toujours les moments où je dois prendre le train. Surtout pendant la période des vacances. Il faut non seulement se bousculer pour y accéder, mais encore parvenir à monter dans le wagon d'autant plus que je marche avec des béquilles ", explique Louis Mamah, comptable. Une non-voyante ajoute que ses pairs et elle devraient bénéficier de services spécifiques dans ce sens. Par exemple, l'aménagement d'emplacements appropriés dans les transports en commun pour leur permettre de voyager dans leur fauteuil roulant. Et pourquoi pas avoir des réductions de frais de transport et disposer de parkings et de w.c spécialement aménagés, mais également de rampes dans les édifices publics. Concernant l'instruction, beaucoup de non voyants déplorent la non vulgarisation de l'écriture en braille.
L'absence aussi d'un dispositif dans la signalisation routière.
" Pour traverser la route, si quelqu'un ne me tient pas la main, je peux mettre des heures entières sur place. Pourtant, le problème aurait été résolu si au niveau des feux de signalisation, on prévoyait au moins une sonnerie ", suggère Oumarou. M. Voilà en quelque sorte la fresque de la condition du handicapé au Cameroun, ce pays qui semble oublier la protection juridique de ces laissés pour compte. Au ministère des Affaires sociales (Minas), on parle d'une amélioration de la situation. Bientôt, celle-ci passera par la révision de la loi de 1983, donc l'avant projet a été validé lors d'un atelier les 3 et 4 novembre de cette année à l'Ecole nationale des assistants sociaux, avec la pleine participation des concernés. " Cet avant- projet a ceci en plus qu'il a des améliorations. Il s'agit entre autres de l'introduction des mesures coercitives, du projet de création d'un fonds de solidarité qui viendra comme un appui d'aide pour les nécessiteux, partant du fait que le handicap c'est une question d'accessibilité à une entité. C'est pourquoi les points comme l'accès aux édifices publics, à l'information et d'autres points seront pris en compte ", explique le Sous-directeur de la Promotion des handicapés et des Personnes âgées du Minas, Sylvie Boungani. " Notre situation ne changera jamais, car il n y a pas de personnes handicapées dans le gouvernement ", déplore un handicapé moteur. Mais la question est-elle véritablement là? En effet le problème n'est pas celui d'une quelconque discrimination, mais plutôt celui des conditions d'accès égales à l'éducation, à l'encadrement familial et à l'insertion professionnelle.
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