Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Ahidjo au Cameroun, c'est de l'Hypocrisie

De Xavier Messe

3 Décembre 2003


opinion

De grands hommes laissent un héritage de quelque nature que ce soit à la postérité à leur disposition. Les anniversaires de leur naissance ou de leur mort se célèbrent sur fond de débats publics autour des thèmes tirés de leur pensée politique, philosophique ou idéologique. D'autres manifestations peuvent avoir à se dérouler dans les édifices ou monuments légués par eux aux générations futures.

Karl Max est de ces grands hommes. Aimé ou détesté, nul ne saurait lui contester le fait qu'il a modifié la face économique et idéologique de la planète. Il repose depuis le 17 mars 1883 au cimetière londonien de Highgate, lui cet Allemand pur-sang.

Non loin de sa tombe, se trouvent celles de Adam Smith et de Herbert Spencer, farouchement opposés à l'auteur du " capital ". On ne pourrait guère imaginer les trois hommes auxquels se serait joint Ricardo éprouver moins de plaisir à se retrouver en compagnie l'un aux côtés des autres. A Karl Marx, l'Unesco a consacré une année de réflexion et de manifestations sur l'étendue de la planète. Pas aux trois autres. Je ne voudrais pas faire un rapprochement des faits et des hommes d'emblée disproportionné. Je redimentionne la métaphore à l'échelle la plus minuscule.

Tous les 30 novembre depuis 1989, la presse camerounaise rappelle à grands titres que le premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo est mort et enterré à Dakar. Elle s'indigne de l'indifférence de Paul Biya à qui le défunt avait légué sans contrainte le pouvoir. Elle s'interroge : " à quand le rapatriement des restes de Ahidjo pour un enterrement digne au Cameroun" ? Tel semble être le seul et unique thème pour lequel on s'accorde à célébrer l'anniversaire de la disparition de cette grande figure nationale. Il n'existe ni fondation, ni amicale créée par ceux-là même qu'il a façonnés, élevés, recrutés, voire placé au sommet de l'Etat. Le premier d'entre eux se terre dans un mutisme embarrassant. Pourquoi sa famille et ses nombreux amis encore en vie ne s'organiseraient-ils pas pour le rapatriement de sa dépouille ? Ahidjo est symbole. Les symboles n'ont pas de prix. Leur valeur est l'honneur, la fierté et les repères. Le problème n'est plus de savoir pourquoi l'Etat ne rapatrie pas la dépouille d'Ahidjo. Le problème est celui de savoir pourquoi les autres ne le font pas. L'événement serait alors que les avions de chasse, dans ce cas, empêchent l'avion transportant les restes du premier président de la République d'atterrir à Yaoundé ou à Garoua. Le reste n'est qu'hypocrisie et la démagogie.

Les Camerounais sont tous des incapables !

Voici une conversation de deux amis. L'un est élu du Rdpc à l'assemblée nationale. Avant d'entrer à l'hémicycle de Ngoa Ekelé, il avait été tour à tour cadre dans la fonction publique et ministre. L'autre est enseignant d'université. Politiquement, il se réclame de la " société civile ".

Le premier parle :

" Le Cameroun accuse un déficit énorme en matière d'infrastructures. S'il est vrai que la crise économique a freiné la réalisation de certains ouvrages déjà engagés, mais depuis que nous avons retrouvé le chemin de la croissance économique, il aurait été tout de même salutaire d'inscrire au budget d'investissement chaque année l'achèvement de certains ouvrages tels que les échangeurs de Douala et de Yaoundé, le bloc ministériel n°1 resté squelettique face à la poste centrale de Yaoundé, ou les stades football qui ne sont plus à la dimension du rang occupé le Cameroun dans le monde. Seul le président de la République peut faire prescrire que ces ouvrages soient achevés. Je ne parviens pas à saisir son attentisme ".

Du second intervenant :

" Nous sommes dans un Etat hautement centralisé autour du président de la République qui malheureusement n'entreprend pas et n'initie pas beaucoup. Ceux qui peuvent le faire n'ont pas de pouvoir. Cela ne nous honore pas. Notre pays évolue à la traîne par rapport à ses potentialités. Nous devons aujourd'hui encourager l'alternance démocratique. Elle seule pourrait provoquer l'émulation ".

Le cadre du Rdpc reprend :

" d'accord pour l'alternance. Mais ne prenons pas de risques. Qui avons-nous en face ? Pour mener le changement ? "

Moralité : tout le monde est d'accord que les choses ne se présentent pas comme elles devraient aller. Mais les 15 millions des Camerounais sont des imbéciles et des incapables pour mener des changements nécessaires, sauf ceux qui sont aux affaires actuellement !

David Dacko, le modèle

Il vivait humblement dans sa très modeste villa de la corniche, face au fleuve Oubangui Chari. Les employés de l'Ambassade de France à Bangui, concession voisine, partent " d'un voisin sans problème " David Dacko premier président de la Rca qui s'est éteint à Yaoundé le 21 novembre dernier n'entretenait plus d'autre ambition que celle de voir son pays se développer en paix. Nos enfants doivent vivre en harmonie dans une Centrafrique pacifique et réconciliée.

David Dacko avait été renversé en 1981. Il avait choisi de vivre depuis lors comme un simple citoyen parmi les siens. Il poussa son humilité au point à demander aux autorités centrafricaines de retirer les deux gendarmes postés dans la cour de sa villa pour sa sécurité. " Tous les Centrafricains veillent sur ma sécurité " avait-il coutume de dire.

Liens Pertinents

Cela se vérifia. Pendant la dernière tentative de Kolingba de reprendre par la force le pouvoir à Patassé en 2001, les mutins, dans leur repli à Zongo (Rdc), pilla et saccagea toutes les maisons de la corniche, sauf la villa de David Dacko et l'Ambassade de France.

Ange Félix Patassé le respectait ; François Bozizé le consultait au lendemain de sa prise de pouvoir en mars dernier, le nouvel homme fort de Bangui alla voir le doyen pour lui exposer les mobiles de son coup de force.

Au moment de former son premier gouvernement, François Bozizé demanda à l'ancien président de lui recommander un de ses enfants : Bruno Dacko est ministre du développement touristique.

David Dacko est un modèle dans ce continent où les chefs d'Etat au pouvoir ou non, se soignent le rhume et meurent en Europe mieux faite qu'au pays.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques