Modeste Mefenza (stagiaire)Source Afp
3 Décembre 2003
Les soldats de l'armée ivoirienne ont encore fait parler d'eux. Dimanche dernier, des militaires en treillis et en armes, dont on ignore la représentativité, ont interrompu les émissions de la radio et de la télévision nationales pour réclamer la démission de leurs chefs et le retrait des militaires français dans les 48 heures. >
" On ne veut plus d'eux comme chefs militaires! Par leur faute, notre armée est humiliée ", a lancé à la télévision l'officier, identifié comme étant le lieutenant Zadi, du bataillon des commandos parachutistes (Bcp). Toute la journée de lundi, plusieurs centaines de jeunes ont violemment manifesté devant la base militaire française d'Abidjan, le 43ème Bima (Bataillon d'infanterie de marine) . Ces troubles n'ont fait l'objet d'aucune condamnation officielle des autorités ivoiriennes, qui minimisent ces incidents. Samedi dernier déjà , des éléments de l'armée ivoirienne s'étaient heurtés aux forces françaises près de M'Bahiakro, alors qu'ils tentaient de franchir la "zone de confiance" démilitarisée en direction de Bouaké, quartier général des Fn. Ils étaient accompagnés de 100 à 200 "jeunes patriotes", partisans du président Laurent Gbagbo, qui ont eux aussi tenté de forcer le passage pour "libérer" Bouaké, mais ont été dispersés à l'aide de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation.
Toute cette agitation d'une partie de l'armée ivoirienne intervient juste au moment où le président ivoirien semblait donner des signes de bonne volonté pour la reprise des pourparlers avec les représentants des Forces nouvelles, la rébellion armée, afin qu'ils reviennent dans le gouvernement de transition, et que soit relancé le processus de désarmement. Ce bel élan est aujourd'hui plus que compromis. Dénonçant un montage grotesque, les ex-rebelles estiment que Laurent Gbagbo a commandité ces incidents et cherche notamment à se débarrasser de la branche modérée de l'armée . " Ces machinations et manoeuvres politiques sont bien l'oeuvre du président Gbagbo qui prétend être débordé par les extrémistes de son régime et crée ainsi une chienlit général " déclarent-ils. Ceci, d'autant plus que le président ivoirien Laurent Gbagbo, dans un entretien hier au quotidien français Le Figaro, a pris la défense des soldats ivoiriens qui " en ont marre " du statu quo et veulent en découdre avec la rébellion.
Laurent Gbagbo, comme à son habitude, souffle le chaud et le froid.
Il a indiqué que les rebelles, qui occupent la partie nord du pays, lui donneraient une réponse dans les brefs délais sur le désarmement, ajoutant qu'ils étaient "prêts à discuter". Interrogé sur les déclarations de militaires demandant le départ des troupes françaises, le président ivoirien a répondu qu'il n'en était pas question, et ajouté que la France restait le principal soutien diplomatique de son pays. La réunion entre le président ivoirien Laurent Gbagbo, l'armée ivoirienne, les ex-rebelles et les forces de paix française et ouest-africaine sur le processus de désarmement, initialement prévue hier à Yamoussoukro (centre), a été reportée à demain, selon l'état-major ivoirien. Selon le conseiller militaire du président Gbagbo et ancien ministre de la Défense, Bertin Kadet, " il y aura un seul sujet à l'ordre du jour: établir un calendrier précis pour le désarmement ". Les forces nouvelles, elles, attendent d'abord de voir comment la situation va évoluer avant de se prononcer sur un éventuel retour au sein du gouvernement de transition.
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