Rousseau-Joël Foute
3 Décembre 2003
Le Comité de pilotage est à pied d'oeuvre. Mais les hommes d'affaires posent des conditions.
Dans la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale), qui comprend le Cameroun, la Centrafrique, la Guinée Equatoriale, le Congo, le Gabon et le Tchad, il n'est pas facile d'aller d'un pays à l'autre. Certains de ces pays sont dépourvus de compagnie de transport aérien et d'ouverture directe sur l'océan atlantique. Pour désenclaver la sous-région en général, les études ont montré que l'avion est le moyen le plus rapide et le plus sûr permettant de joindre rapidement chaque capitale. C'est pourquoi les chefs d'Etat des pays membres ont pris la décision de créer le 8 décembre 2001 à Yaoundé une compagnie communautaire de transports aériens dénommée " Air CEMAC ". Il s'agit d'une multinationale privée de transports aériens appartenant aux Etats membres de la CEMAC, avec un capital de 15 milliards de F CFA, et des actionnaires : Etats membres de la CEMAC 30% c'est-à-dire 5% par Etat, partenaire technique de référence 18%, privés et institutionnels de la CEMAC 22%, et privés internationaux 30%.
Pour que le projet devienne réalité dans les meilleurs délais, un Comité de pilotage présidé par le ministre centrafricain des Transports, Sony M'Pokomandji, a été mis sur pied en juin 2002 à Bangui. Les membres de cette structure ont fait il y a quelques mois le tour des capitales de la sous-région pour inviter les opérateurs économiques à investir dans le projet. La tâche, on l'imagine, n'est pas aisée. Car les raisons qui ont conduit à la disparition de Air Afrique, un projet similaire, n'incitent pas le premier homme d'affaires à s'engager. Il faut donc convaincre et démontrer que Air CEMAC peut décoller et se maintenir dans le ciel.
C'est dans ce contexte que les membres du Comité de pilotage ainsi que les responsables de l'aviation civile de la CEMAC se sont réunis la semaine dernière (du 27 au 29 novembre) à Brazzaville au Congo, sous la présidence du ministre d'Etat congolais chargé de la coordination de l'action gouvernementale, et ministre des Transports et des Privatisations, Isidore Mvouba. C'était en présence entre autres du ministre centrafricain des Transports, par ailleurs président du Comité de pilotage, du secrétaire exécutif de la CEMAC, Jean Nkuété, et d'une délégation camerounaise conduite par le secrétare d'Etat aux Transports, Nana Aboubakar Djalloh, entouré des responsables de l'Autorité aéronautique (directeur général adjoint, Moussa Habouba, et directeur des Transports aériens, Joseph Ndoum).
Préalables
A l'ordre du jour de la réunion de Brazzaville, l'examen du rapport relatif à la recherche du partenaire technique, l'examen du rapport relatif à la souscription du capital des actionnaires, l'examen du problème relatif à l'octroi des droits de trafic à la compagnie communautaire, et l'examen du protocole d'accord relatif à la compagnie communautaire.
Sur le premier point, les noms des partenaires techniques qui se sont manifestés ainsi que leurs offres ont été dévoilés. Les discussions avec celui ou ceux qui répondent aux attentes vont se poursuivre et au plus tard en mai 2004 - date retenue pour l'assemblée générale constitutive d'Air CEMAC - le nom du partenaire technique choisi sera publié.
Sur le rapport relatif à la souscription du capital des actionnaires, le Comité de pilotage a fait savoir qu'aucun franc n'est encore tombé dans la cagnotte, parce que les investisseurs qui se sont manifestés attendent des clarifications sur :
-la répartition du capital social. Ils estiment que la part des Etats (30%) est très importante et pourrait constituer un obstacle à la marche de l'entreprise dont la gestion sera privée et non publique ;
-le choix du partenaire technique qui ne devrait pas faire courir à la compagnie les déboires connus autrefois avec certains partenaires d'Air Afrique ;
-comment seront désignés les dirigeants de la future société et où se trouvera le siège social.
En ce qui concerne les droits de trafic à accorder à Air CEMAC, deux positions se dégagent : le premier groupe d'Etats souhaiterait qu'il soit accordé l'exclusivité de l'exploitation des droits de trafic régionaux et intercontinentaux à la compagnie, tandis que le deuxième groupe de pays auquel appartient le Cameroun préfère que la compagnie exploite les droits de trafic régionaux et internationaux aux côtés des compagnies aériennes nationales existantes. Ce sont, dit-on, les chefs d'Etat qui vont trancher sur cette question, les droits de trafic appartenant aux Etats. Enfin, l'examen du protocole d'accord relatif à la compagnie a été reporté à janvier 2004.
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