Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Yokadouma : le bois attise la prostitution

S. O. O.

3 Décembre 2003


A près de 700 Km de Yaoundé, l'argent des forestiers draine de nombreuses "attaquantes".

La vue de ce groupe habillé à la dernière mode branchée et à l'allure sure, hautaine et provocatrice même, évoluant gracieusement sur les rues poussiéreuses de Yokadouma parait une hallucination. A l'hôtel Eléphant où elles se rendaient, elles ont été éconduites par la réceptionniste. Ici, on ne tient pas à ternir la réputation de marque du site qui accueille en ce moment des personnalités. Nullement ébranlées, Coco et ses deux compagnes avancent, devisant en pidgin sur leurs projets de la soirée et des jours à venir. Elles sont arrivées de Douala ce même jour par un petit avion courrier d'une société forestière. Et, ce n'est pas pour perdre le temps. Il faut savoir ce qu'on veut. Surtout, agir vite et avec professionnalisme.

Le scénario est rituel, à l'approche des payes de la quinzaine et de fin de mois dans les sociétés forestières de la région. Des centaines d' " attaquantes " venues de Bertoua, Batouri, Yaoundé, Douala ou même du Congo voisin se déversent dans la ville, à l'assaut des ouvriers et de leurs patrons qui, à l'occasion, sortent de la forêt pour, comme ils disent, " casser la jachère ". Pendant une semaine pleine, les boites de nuit vont bouger au rythme de ces prostituées de luxe, les allées et venues des forestiers aussi. Pour le moment, ce n'est pas encore la pêche. Nous sommes le 28 novembre, un début de week-end en plus. Les salaires dans les sociétés ne vont commencer à passer que lundi, mais il est question de ne pas manquer le coche. Pour le moment, se contenter du menu fretin, en attendant peut-être le gros lot. Les plus fortunées se feront peut-être remarquer par un des patrons blancs d'une entreprise. Le jackpot. Certaines de ces liaisons hasardeuses n'ont-elles pas abouti à un mariage ? Le tout est de savoir jouer sa carte

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Il est maintenant 24h. Au centre ville, " Tour de Babel ", une des boites de nuit de la bourgade commence à s'animer. Dans la demi pénombre de la terrasse, Coco a trouvé son " gars ". Un de ces messieurs venus de Yaoundé et qui résident à " Eléphant ". Avec un peu de chance, il pourra assurer son week-end, en attendant la grande attaque, dès lundi. En plus, elle ne sera pas obligée de partager la petite chambre d'auberge qu'elles ont louée, ses copines et elle. Avec les clients ordinaires, impossible d'être exigeante ; à partir de 2 000 F Cfa. Pourtant ce soir, elle a comme l'impression que son homme est de ceux qui " libèrent ". Tant mieux, puisqu'il faut penser à manger et à payer son hébergement, en attendant peut-être son tour de chance, qui sait ?

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