La Presse (Tunis)

Tunisie: Ouverture des XIIes festival et congrès de musique arabe de l'Opéra du Caire : quand Mekkaoui contemplait les roses

De notre envoyé spécial au Caire Slaheddine GRICHI

3 Décembre 2003


- Une minute de silence à la mémoire de Dhikra

- Concert de Lotfi Bouchnaq, demain au grand théâtre

Le Caire. Considéré comme la plus importante manifestation du genre en Egypte, le festival de musique arabe de l'Opéra du Caire a été ouvert par le ministre de la Culture, Farouk Hosni, avant-hier lundi. Quelques instants auparavant et avant de prononcer son allocution de bienvenue, le Dr Ratiba Hefni, rapporteur et secrétaire général de la manifestation, a demandé à la nombreuse assistance, présente au grand théâtre, d'observer une minute de silence à la mémoire de Dhikra Mohamed qui a pris part à l'une des précédentes éditions de ce festival.

Après la remise des distinctions aux personnalités honorées par le ministre et le Dr Samir Farag, président du festival, place a été cédée au spectacle d'ouverture qui se voulait un hommage au compositeur-chanteur-luthiste Sayed Mekkaoui. Il s'agit d'une opérette imaginée par Ratiba Hefni, écrite en scénario par Baha Jahine, mise en scène par Gihane Morssi et portant le titre on ne peut plus expressif de «Lunettes noires contemplent roses». Positivement simple, pleine de couleurs et au rythme assez soutenu, cette création se laisse voir et écouter avec un plaisir certain pour tous les genres de publics. Sous forme de multiples tableaux gais - malgré la cécité du héros -, elle recrée en situations théâtrales et en chansons quelques passages de la vie de ce grand compositeur décédé en 1997, en particulier comment il a perdu à 11 ans la vue, sa rencontre et sa longue amitié avec le talentueux poète et parolier Salah Jahine, sa collaboration avec Oum Kalthoum et surtout le moment émouvant où, à la dernière minute, il avait refusé d'aller subir une opération en (ex) Union soviétique qui aurait pu lui rendre la vue. A sa femme, interloquée de le voir déchirer les documents à la veille du voyage, il avait répondu en substance: «Je t'aime, j'aime ma fille, j'aime la vie, les roses et mes amis tel que je suis et c'est comme je suis que les autres m'aiment. J'ai appris à tout voir, à tout contempler avec le coeur. J'ai peur de ne plus savoir le faire si je recouvre la vue».

Et d'ajouter avec son célèbre humour : «Et puis, il y a tellement de laideur dans la vie que je ne veux pas me montrer ingrat face au don de Dieu qui m'a permis de ne pas la voir».

Cette opérette, où Ali Hajjar a campé le rôle de Mekkaoui, a réussi à montrer l'homme tel qu'il était, gai, d'un abord facile, la réplique sympathique et anecdotique toujours présente (il dira à Oum Kalthoum pour s'excuser d'un retard : «Vous savez, la circulation c'est que je suis venu en conduisant»), bref un amoureux de la vie. Les morceaux choisis ont bien illustré son génie d'avoir rapproché la grande musique du peuple dont il s'est toujours senti proche.

Un programme varié

Le festival de musique arabe de l'Opéra du Caire, qui se prolonge jusqu'au10 de ce mois, verra la participation de dizaines d'artistes de différents pays du monde arabe dont notamment Safouane Bahlaouane et Nour Mhanna (Syrie), Karima Sakli et Fouad Zabadi (Maroc), le très prometteur chanteur palestinien, Maher Halabi, que nous avons découvert il y a deux ans au festival de la Médina, Anouchka, Ali Hajjar, Medhat Salah, Ghada Rajab, May Farouk, Riham Abdelhakim (Egypte) et Lotfi Bouchnaq, très populaire ici, qui donnera son concert demain au grand théâtre, un concert sur lequel les organisateurs comptent en tant que moment fort du festival. Les spectacles se répartissent, selon l'ordre d'importance, sur le grand théâtre et le petit théâtre de l'Opéra du Caire, l'Institut de musique arabe, le théâtre de la République et le théâtre d'Alexandrie.

A côté du chant, cette douzième session a voulu revaloriser le luth en invitant de grands noms à donner des mini-récitals. Nous en citons Saïd Chraïbi (Maroc), Chartel Rouhana (Liban), Yurdap Tukjan (Turquie), Memdouh Jebali (Egypte). Une compétition à prix avec jury international est également au programme.

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Par ailleurs, le colloque, qui porte sur deux thèmes : «La réalité de l'influence occidentale sur la musique arabe» et «Les buts essentiels de l'éducation musicale», a été ouvert hier matin (mardi) et verra la participation de nombreux spécialistes et théoriciens arabes dont les Tunisiens Salah Mehdi, qui présentera une recherche sur «Le rapport de notre monde arabe avec notre musique arabe», et Mohamed Mejri qui traitera de «L'écriture musicale arabe moderne et le rapport dialectique de l'influence bilatérale».

Enfin, le forum, prévu dimanche et lundi prochains, aura pour sujet : «La théorisation musicale à travers les écrit de Ibn Zila, Al Hassan Al Kateb et Ibn Tahan. Mahmoud Guettat présidera l'une des séances où la chercheuse tunisienne Leïla Habachi présentera une recherche sur «Le rapport entre musique théorique et pratique dans l'oeuvre d'Al Hassan Al Kateb».

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