La Tribune (Algiers)

Algérie: Marchés anarchiques, tromperies sur la marchandise : la difficile mission des services de contrôle

Amine Echikr

4 Décembre 2003


Le commerce de détail est l'activité la plus répandue en Algérie. Qu'il soit légal ou informel, il ne demande pas de gros investissements et permet à de jeunes désoeuvrés d'obtenir des revenus. Mais souvent, la recherche du gain facile ou le manque de moyens font que le consommateur achète des produits qui nuisent à sa santé.

Les services de contrôle sont pourtant souvent sur le terrain mais aussi désorganisés et dépourvus de moyens. Les services vétérinaires dépendent du ministère de l'Agriculture, les marchés et leur organisation des APC et les services de contrôle ainsi que l'inspection régionale des enquêtes économiques et la répression des fraudes (IREERF) du ministère du Commerce. A cela, il convient d'ajouter l'absence d'une association de protection des consommateurs qui soit forte et écoutée. Les pouvoirs publics, notamment les services de contrôle qui dépendent de la direction de wilaya de la concurrence et des prix, ont adopté une approche qui «s'appuie sur une planification des activités de contrôle visant l'amont de l'activité commerciale [importation, production, distribution de gros] ainsi que les gisements potentiels de fraude et de grande spéculation». Cette démarche, selon les enquêteurs, tient compte «des moyens disponibles et des effectifs mobilisables compte tenu de leur répartition spatiale ainsi que de la diversité et de la complexité des activités à contrôler».

Pour le ministère du Commerce, le commerce de détail et des services, notamment celui liés à la commercialisation des produits périssables (restauration, débit de boissons), «font l'objet de plans d'intervention réguliers à l'effet de prévenir tout risque alimentaire et de s'assurer du respect de l'information du consommateur par l'affichage des prix et l'étiquetage des produits». Or, le simple citoyen remarque dans son quotidien que les commerçants respectent rarement l'obligation qui leur est faite d'afficher les prix des produits mis en vente. En amont de la commercialisation, les services du ministère appliquent «un contrôle systématique à certains produits sensibles dont la liste est établie par voie réglementaire». Mais au niveau de la production nationale, il est fait rarement état d'un contrôle a priori de la qualité des marchandises. Pourtant, les services de contrôle ont pour mission d'assurer «la protection du consommateur sur les plans de sa santé, de sa sécurité et ses intérêts matériels en s'assurant du respect des prescriptions liées à la qualité des produits aux différents stades du processus de mise à la consommation [production, importation, distribution de gros et de détail]» ainsi que l'inspection des laboratoires du contrôle de la qualité et l'uniformité des analyses effectuées sur les produits.

Quant aux marchés, les Algériens se demandent souvent qui fait quoi à l'intérieur et à l'extérieur de ces enceintes. Hygiène déplorable, vendeurs à la sauvette, tromperie sur la qualité et la nature des produits commercialisés, etc. Pourtant, les APC essaient de multiplier le nombre de marchés sur leurs territoires dans le but avoué de créer de l'emploi et développer des ressources pour le budget communal. Mais cela se fait aux dépens d'un consommateur qui oublie qu'il est aussi électeur. Même les services de contrôle du ministère du Commerce qui sont chargés de «veiller au bon fonctionnement du marché en s'assurant du respect des règles liées à la transparence et à la loyauté des transactions commerciales» regrettent souvent l'absence des services d'hygiène qui dépendent de la commune. Le citoyen se contente d'une réaction passive face à ce qu'il considère souvent comme une situation imposée.

Pour les agents enquêteurs, les infractions les plus relevées sont «le défaut d'hygiène dans la fabrication et la commercialisation des produits alimentaires», «la commercialisation de produits ou services non conformes, la mise sur le marché de produits non conformes au plan de l'étiquetage, la mise en vente de produits impropres à la consommation et diverses tromperies telles que l'utilisation d'instruments de mesure faux ou inexacts, la minoration de poids».Ces agents chargés de protéger le consommateur sont pourtant sous-payés et leur rôle d'utilité publique non reconnu. Leur métier leur fait prendre des risques inattendus à l'image de ce qui s'est passé à Tipasa lors du mois de ramadhan. Deux agents-enquêteurs ont été agressés à Hadjout par un commerçant épinglé car exerçant sans registre du commerce. Les contrôleurs exigent, depuis, «plus de moyens pour accomplir leur mission de service public». Le civisme devrait peut-être commencer par ce dernier point.

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