Propos recueillis par Félix Koffi AMETEPE à Bamako
3 Décembre 2003
interview
Malgré les contradictions politico-militaires que traverse son pays depuis le 19 septembre 2002, l'humoriste ivoirien Adama Dahico n'a pas perdu de son mordant.
Du 27 novembre au 1er décembre dernier, il était à Bamako pour célébrer la 1ère édition des trophées de la musique, mises en jeu par la maison de production Seydoni Mali, au profit des musiciens du Mali, d'Afrique et des Caraïbes. Au détour d'une prestation, le maestro du désormais mythique groupe du Doromikan distille non sans humour ses vérités sur la crise ivoirienne ainsi que les raisons qui l'amènent à "briguer" en 2005 la magistrature suprême comme Futur président ivoirien (F.P.I).
Dans son nouvel album, Adama Dahico se présente beaucoup plus sous le jour de chanteur que d'humoriste. Son premier métier aurait-il atteint sa limite dans une Côte d'Ivoire plongée depuis plus de 15 mois dans une crise sans précédent?
Effectivement, dans notre formation de comédien, on nous a enseigné que parler, c'est aussi chanter.
Cela suppose qu'on dise des choses qui soient justes avec les notes, avec la musique. C'est pourquoi, j'ai décidé de montrer une autre facette de mon petit talent, c'est-à-dire chantonner dans mon style pour que mon message puisse passer dans de meilleures conditions. Dans mes précédents albums, il y a eu de la musique, mais je ne suis pas allé jusqu'à un certain niveau. Avec mon nouvel album, je veux donner un autre cachet à ma carrière.
Doit-on voir là, un revirement de l'humour au profit de la chanson?
Ce n'est pas un revirement. Je suis comédien de formation et la musique n'est pas étrangère. Quand nous disons des poèmes, quand nous faisons des pièces de théâtre, elles sont toujours accompagnées par des illustrations musicales. Et si aujourd'hui je me permets de mettre la musique en tant que telle, c'est juste pour respecter une tradition, sinon ce n'est pas nouveau. Les musiciens ont toujours besoin des comédiens pour faire leurs clips, pourquoi les comédiens ne se permettraient pas également de chanter ? Ça s'apprend et il faut qu'on nous encourage parce que nous avons beaucoup à dire à travers des textes.
Ton nouvel album est très "Salsa". Pourquoi tu as préféré ce genre musical?
J'ai fait le reggae dans le précédent album intitulé "les baramogo", c'est-à-dire les jeunes du ghetto comme on dit le reggae étant une musique de combat. En plus nous avons fait une musique d'ambiance pour satisfaire les usagers des maquis et ceux qui aiment les fêtes. Cette fois-ci, nous avons pensé à un autre public que les gens ignorent, c'est-à-dire les personnes du troisième âge. Avec les nostalgiques du passé que j'appelle les doyens, j'ai signé un contrat. C'est ainsi que j'ai choisi la Salsa qui est aussi une musique de toutes les générations.
Il y a quelques jours, Adama Dahico était à Ouagadougou pour le Festival des arts dans la rue (FAR), aujourd'hui il est aux Tamani. Qu'est-ce qui fait te courir tant?
Vous ne le savez peut-être pas. Mais je serai candidat aux futures élections présidentielles prévues pour 2005 en Côte d'Ivoire. J'ai le soutien de toute la Côte d'Ivoire. Et l'un de mes secrets est de plaider pour le vote des enfants. L'âge minimal pour voter étant de 18 ans, je vais faire en sorte qu'un enfant de 8 ans et celui de 10 ans s'associent pour voter. De la même façon, deux enfants de 9 ans peuvent s'associer pour voter Adama Dahico. Ce sont là des astuces qui me permettront de damer le pion à tous les autres candidats.
Ensuite, je veux briguer le mandat de président des Etats-Unis d'Afrique. Toute chose que je ne peux réussir qu'avec la bénédiction de tous les Etats. C'est pourquoi j'ai parcouru les capitales comme Conakry en Guinée, Yaoundé au Cameroun, Ouagadougou au Burkina Faso. Je suis venu à Bamako pour dire à la population malienne que j'ai besoin de son onction parce que mon combat est africain, ne se limite plus dans le cadre étriqué des frontières ivoiriennes. Ce n'est pas peut-être par hasard que le président ivoirien est allé au Burkina deux jours après moi et à Bamako en même temps que moi. A l'heure actuelle on parle de réconciliation nationale en Côte d'Ivoire. Laurent Gbagbo veut régler les problèmes politiques, mais moi, ce sont les problèmes culturels qui m'intéressent (rires).
Plus sérieusement, de quel côté peut-on classer Adama Dahico dans le processus de réconciliation qui a du mal à se mettre en place dans sa chère Côte d'Ivoire?
Durant les événements difficiles que nous vivons toujours, je suis resté en Côte d'Ivoire pour communier avec les militants.
C'est vrai qu'il a été difficile de rire et de faire rire, mais Adama Dahico a tenu à demeurer dans la République. C'est-à-dire quoi? Je ne soutiens pas la rébellion et je demande aux loyalistes, c'est-à-dire au gouvernement de discuter avec les rebelles parce que le peuple souffre. D'un côté comme de l'autre, tout le monde souffre de cette trop longue crise. Et notre message consiste à apaiser, à attirer l'attention des uns et des autres par rapport au danger qui plane sur notre pays. Ce qui nous permet d'être en phase avec la population. Je ne suis pas inquiété, je roule dans le pays comme je veux, je dis ce que je veux parce que je parle juste. C'est cela le combat d'un artiste. Il n'est pas celui qui prend position mais celui qui se met dans une position pour dénoncer des dérives suicidaires pour son peuple. L'artiste doit être comme un essuie-glace qui va aussi bien à gauche et à droite pour permettre au véhicule que constitue son pays d'avancer en toute lucidité.
Adama Dahico se proclame également un soldat en combat contre la propagation du VIH/Sida. Quel est son secret en la matière?
Pour moi, l'artiste est un soldat et sa vie est un combat. Depuis très longtemps j'écris beaucoup de sketchs et d'émissions radiophoniques de sensibilisation sur le Sida, j'ai fait des tournées en Côte d'Ivoire. Dans mon nouvel album, j'ai un sketch et j'exhorte les radios de proximité à le diffuser afin que ceux qui vont l'écouter puissent en tirer des leçons pour leur vie.
Si par ailleurs, j'ai la possibilité de me déplacer avec des ONG pour sensibiliser, je me ferai disponible. Mais je pense qu'on doit mettre les moyens à la disposition des artistes et des médias pour permettre au plus grand nombre d'être conscient des menaces du Sida. Ma formule pour ce combat est le C.F.A c'est-à-dire la monnaie africaine pour barrer la voie au Sida. A chacun selon son pouvoir d'achat, je propose le C pour la capote, le F pour la fidélité et le A pour l'abstinence.
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