Par Adama SAVADOGO
3 Décembre 2003
Antoine Soré, enseignant de sciences de la vie et de la terre au lycée communal de Tenkodogo et président de la section provinciale du Boulgou du Mouvement burkinabè des droits de l'homme et des peuples (MBDHP), n'enseigne pas depuis le début de la rentrée scolaire. Le bureau de l'association des parents d'élèves(APE) du lycée ne veut pas de lui. Pour l'intéressé, il s'agit plutôt de manoeuvres de politiciens de la ville qui s'acharnent contre sa personne. Entretien.
"Le Pays" : Le bureau APE du lycée communal de Tenkodogo vous empêche de dispenser des cours au lycée. Que se passe -t-il exactement ?
Antoine Soré : J'ai été affecté au lycée communal de Tenkodogo depuis la rentrée scolaire 2003-2004. La date d'affectation, signée par le Haut-commissaire du Boulgou, est du 30 septembre 2003. Je me suis présenté au lycée le 6 octobre 2003. Depuis cette date et jusqu'à l'heure où je vous parle, (lundi 1er décembre 2003, NDLR) je n'ai pas encore d'emploi du temps. Je suis enseignant de sciences de la vie et de la terre.
Mais présentement je n'enseigne pas.
Mais pourquoi n'enseignez-vous pas ?
Quand je suis arrivé au lycée le 6 octobre, le censeur m'a fait savoir qu'il était un peu chargé et qu'il n'avait pas pu établir les emplois du temps. Deux jours après, je suis repassé et rien n'avait changé. Et comme je voulais la place pour mes enfants, j'ai profité pour voir le proviseur. Celui-ci m'apprendra que le bureau APE ne voulait pas que j'enseigne dans l'établissement et qu'il tentait de résoudre le problème. On était à la première semaine de la rentrée. A la deuxième semaine, la situation perdurait. J'ai relancé le proviseur qui m'apprendra que le bureau APE a adressé une lettre au Haut-commissaire pour lui signifier son refus de me voir enseigner au sein de l'établissement et qu'il attendait la réaction des autorités. Le 17 octobre, je me suis rendu au lycée pour rentrer en possession de mon certificat de prise de service. Le proviseur m'a fait savoir qu'il ne pouvait pas me le délivrer . Le 20 octobre, j'ai rencontré le directeur régional de l'enseignement secondaire à sa demande. Il m'a lui aussi fait savoir que le bureau APE était passé le voir le 17 octobre pour lui dire qu'il ne voulait pas de moi au lycée et que s'il me voyait sur les lieux, lui, le directeur régional, en porterait l'entière responsabilité.
Le directeur régional m'a ensuite dit que, pour ma sécurité, de ne pas me rendre à l'école. J'avoue que j'ai eté réellement surpris par l'attitude du directeur régional. Mais dès le lendemain 21 octobre, je me suis rendu à l'école. Je me rends tous les jours à l'école mais je suis toujours sans emploi du temps. Je reste dans la salle des enseignants le temps qu'il faut et ensuite je rentre chez moi. Le 22 octobre, accompagné de mon syndicat, le SYNTER (Syndicat national des travailleurs de l'éducation et de la recherche, NDLR), j'ai de nouveau rencontré le directeur régional qui a répété les mêmes choses mais en précisant cette fois-ci qu'il allait me redéployer à la direction régionale. Nous lui avons rétorqué que ce n'était pas normal qu'un groupe de parents d'élèves empêche un enseignant de faire son travail. Nous lui avons fait remarquer que ce serait un précédent dangereux et une porte ouverte à tous les abus. Plus tard, nous avons saisi le Haut-commissaire. Celui-ci nous a fait savoir qu'il avait été dessaisi du problème et que le dossier se trouve maintenant au niveau du ministère chargé de l'enseignement secondaire.
Quels arguments le bureau APE avance-t-il pour vous empêcher d'enseigner ?
J'ai rencontré le bureau APE pour comprendre son attitude. J'ai individuellement rencontré le président, le vice-président et le secrétaire général. Ensuite, il y a eu une rencontre avec l'ensemble du bureau. On m'a alors fait savoir que je n'étais pas régulier en classe et que quand j'y étais je n'enseignais pas.
Je leur ai signifié que leurs arguments ne tiennent pas debout.
Je ne sais pas d'où ils tiennent ces informations puisque je n'ai jamais enseigné dans l'établissement. Je leur ai fait comprendre que j'ai présentement quinze ans de service et qu'en aucun moment on ne m'avait fait un tel reproche.
Il y a une direction régionale et une direction des inspections habilitées à le faire si tel était le cas. Je rejette en bloc cet argument.
Vous croyez donc que ce sont des mesures de représailles liées à votre militantisme au sein du MBDHP ?
Je le crois sincèrement. Et c'est bien dommage. Quoi qu'on dise, le MBDHP a beaucoup apporté à la population de Tenkodogo. L'attitude du bureau de l'association des parents d'élèves est certainement liée à cela. Mais au-delà du bureau, je pense qu'il s'agit d'une pression de politiciens de la ville qui s'acharnent contre ma personne.
Vous n'avez ni certificat de prise de service, ni emploi du temps.
Que comptez-vous faire maintenant ?
Le problème se trouve au niveau du ministère. Nous avons aussi saisi notre syndicat au niveau du bureau national pour suivre l'affaire de très près.
Propos recueillis par Adama SAVADOGO
Légende
Antoine Soré : "Jusqu'à présent je n'ai ni certificat de prise de service, ni emploi du temps" (Ph. E. Kafando)
ENCADRE
Une rentrée de janvier tumultueuse si...
La situation de Antoine Soré, enseignant de sciences de la vie et de la terre, tient en émoi le corps enseignant à Tenkodogo.
Affecté au lycée communal de Tenkodogo, le bureau de l'association des parents d'élèves (APE) dudit lycée, s'oppose à sa présence au sein de l'établissement. Cette interdicton est assortie de menaces. Le proviseur du lycée communal, Bama Balibié, confirme. "Les parents ont dit au directeur régional que s'il maintenait Soré au lycée communal, il serait responsable de ce qui lui arriverait".
Le proviseur affirme qu'au lycée communal les parents d'élèves ont le droit de demander des comptes à un enseignant. Dans cette affaire, il dit faire ce que le maire lui dira en conformité avec le directeur régional. A la direction régionale, en l'absence du directeur régional en mission, son intérimaire, Eloi Ouédraogo, dit n'avoir pas participé à la gestion du dossier. Le secrétaire général du bureau APE, Larba Kéré, joint au téléphone, s'est pour sa part, refusé à tout commentaire". Je n'ai rien à vous dire !", a-t-il lâché.
Le secrétaire général du SYNTER, secteur de Tenkodogo, Hamadou Mandé, estime de son côté qu'il s'agit "d'une tentative de déstabilisation du syndicat et une atteinte grave aux libertés fondamentales". Il dénonce par ailleurs "une collusion d'intérêts du politique et de l'administratif".
M. Mandé promet une rentrée de janvier "tumultueuse" si le ministère chargé de l'enseignement secondaire gérait mal le dossier.
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