Par : Aurélie BONAVITA (Stagiaire)
4 Décembre 2003
Alors que se prépare la Journée internationale des volontaires, prévue ce vendredi, ceux de l'éducation sont déjà sur le devant de la scène. Une cérémonie de décoration se tiendra aujourd'hui à 10 h dans les locaux de l'Ecole normale supérieure. Un symbole pour ces dispensateurs de savoirs.
L'éducation est une priorité, en particulier dans les pays en voie de développement. Et ça, le continent africain semble l'avoir bien compris, s'étant courageusement fixé un objectif de scolarisation universelle pour 2015, lors du sommet de Jomtien. La barre a été placée haut, mais ce n'est que pour mieux stimuler les efforts. Le Sénégal, avec 33 % du budget national consacrés à l'éducation, témoigne de sa volonté de ne pas rester sur le banc de touche.
Le projet "Volontaires de l'éducation", mis en place en 1995, participe de cette mobilisation pour un enseignement de qualité et généralisé. Demain, ses initiateurs fêteront les dix ans de leur "bébé", lors d'une cérémonie de décoration des volontaires qui se sont distingués par leur travail, à l'Ecole nationale supérieure (Ens). En marge de la cérémonie, une conférence de presse tenue dans les locaux du Breda-Unesco a permis de mettre en lumière des chiffres encourageants. Entre 1989 et 1995, le Sénégal a fait partie des cancres, en perdant un point par an dans son taux de scolarisation. Alors que ses voisins africains enregistraient une hausse de la fréquentation de leurs écoles. Ainsi, en 1995, seuls 54,6 % des jeunes Sénégalais en âge d'étudier sont scolarisés. Après ce constat d'échec, le projet des volontaires de l'éducation a vu le jour, avec pour mission d'inverser la tendance. Mais pour un système éducatif digne du pays des Léopold Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop et autre Birago Diop, les objectifs ne pouvaient se limiter à l'aspect numérique. Lutte contre les disparités régionales, scolarisation des filles, constructions de classes, amélioration de la qualité de l'enseignement, les combats ont été menés sur tous les fronts. "Les résultats ont été plus que satisfaisants dès la première année. La tendance à la baisse a été arrêtée et le taux de scolarisation a recommencé à grimper", se réjouit Yaya Diatta, directeur du projet. En 2003, le taux de scolarisation a atteint les 75,8 %. Et, fait nouveau, Dakar n'a pas été la seule à bénéficier de cette progression. Les régions ont reçu matériel pédagogique et capital humain, afin de réduire le fossé qui les séparait de la capitale. Ainsi, en 2003, le taux de scolarisation est plus élevé dans les régions de Ziguinchor, de Kolda, de Tamba et de Saint-Louis qu'à Dakar. Qui aurait cru la capitale capable de céder sa place de leader dans un domaine aussi important que l'éducation ? Le remède était pourtant simple : inciter, par des primes, les volontaires de l'enseignement à se diriger vers les endroits les plus reculés du Sénégal, ou mieux : recruter le personnel directement dans les régions. Tout citoyen se montre prompt à oeuvrer pour le développement de son village si l'occasion lui en est donnée. Et pour plus d'efficacité dans ce domaine, les volontaires reçoivent une formation en alphabétisation des adultes.
Des mesures institutionnelles ont accompagné le projet. En 2003, la durée du volontariat a été réduite à deux ans renouvelables (contre trois auparavant), avec la possibilité de démissionner avant terme. Il s'agit de "payer l'impôt du temps". La formule est empruntée à Yaya Diatta qui s'explique : "Si vous avez un objectif personnel, vous pouvez, en attendant de le réaliser, décider d'aider votre pays. Ensuite, c'est le projet des volontaires qui vous aidera, pour l'obtention de papiers ou dans vos démarches administratives. C'est un échange de bons procédés." De même, le gouvernement s'est engagé, à partir de cette année, à titulariser dans la Fonction publique 600 maîtres contractuels par an. Mais l'avancée la plus notable reste, si l'on en croit le directeur du projet, la mise en place d'un plan de carrière qui "sonne la fin du système à double vitesse". Le schéma en vigueur, volontariat, contractualisation puis titularisation, fait de la première étape un passage obligé pour entrer dans l'enseignement élémentaire.
Le volontariat a donc su s'imposer. La preuve en est que le Syndicat des enseignants libres du Sénégal (Sels) est aujourd'hui à la première loge du mouvement syndical de l'éducation. Souleymane Diallo, directeur du Sels, dans son rôle de défenseur des volontaires, félicite "le bon niveau académique des volontaires et leur ferme détermination". "L'analyse des statistiques des examens du Cap et du Ceap, les résultats au Cfee et l'entrée en 6e montrent clairement qu'ils n'ont absolument rien à envier aux enseignants classiques". Ce qui n'a pas toujours été l'avis du plus grand nombre. "Le Sels a toujours privilégié l'amélioration des conditions de vie et de travail des volontaires en lieu et place de l'arrêt de la politique de recrutement des volontaires qui est irréaliste et stérile", martèle S. Diallo. Le projet a aussi prévu la couverture médicale des volontaires et, ajout non négligeable, de leur famille. La mutuelle des volontaires de l'éducation compte aujourd'hui plus de 18 000 adhérents. Les services offerts sont multiples. De la prise en charge à 100 % des frais d'hospitalisation au projet de micro finance pour payer en temps réel les membres, en passant par le déploiement d'un plan de communication et d'un logiciel de gestion spécifique, les illustrations ne manquent pas.
Les volontaires sont donc à l'honneur, avant même la journée qui leur sera entièrement consacrée. Le 5 décembre a été déclaré Journée internationale des volontaires par l'Assemblée générale des Nations-Unies. Pour être cohérent avec ses idées, le Sénégal promet de célébrer dignement l'événement. Un séminaire sur le volontariat face au défi numérique se tient aujourd'hui au Conseil économique et social de Dakar, avant la célébration officielle vendredi à l'auditorium Mamba Guirassy.
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