Par : Mbagnick NGOM et Bassirou NIANG
4 Décembre 2003
interview
Quitter son lieu géographique pour aller à la rencontre d'autres cultures à la connotation différente, mais enrichissante. Telle est l'ambition de l'artiste canadienne qui cherche le prolongement de son art dans des horizons différents pour mieux s'enrichir des apports qualitatifs des autres. La musique, un art qui occupe sa sensibilité, a été le meilleur moyen de parvenir à bout de cette ambition. Elle vit son rêve par le truchement d'une symbiose entre la musique sénégalaise portée par une voix de Wolof et la sienne aux allures françaises. Que peut-on savoir de l'artiste, qui souligne s'être exercée à différents médias et avoue nourrir une réelle passion pour la musique ? Dans l'entretien qui suit, Colette Beurgoin se prononce sur entre autres le thème très actuel de la diversité culturelle, sur le débat lié au "choc des civilisations" évoqué suite aux événements du 11 septembre. Celle qui a commencé à monter sur les scènes à l'âge de 13 ans se veut un défenseur de la culture.
Dakar est un creuset artistique où se rencontrent des artistes venus d'horizons divers. Avez-vous eu l'occasion de vous frotter à d'autres sensibilités africaines ?
Oui, j'ai eu la chance de me rapprocher de différents artistes. Et c'est pourquoi on cherche des musiciens venus d'un peu partout parce qu'on veut intégrer différents styles de musique avec tous ces instruments traditionnels qui offrent de très belles mélodies et sont d'une richesse musicale fantastique. J'ajoute que je suis artiste peintre, spécialisée dans l'art environnemental. Je vais régulièrement voir des expositions. C'est une façon pour moi de faciliter de futures collaborations dans le domaine de la poterie. Mon ambition est d'arriver à créer des oeuvres qui porteront les empreintes d'autres artistes.
Qu'est-ce qui motive votre présence au Sénégal ?
Mon mari travaille avec les organismes internationaux dans des projets de développement communautaire. Nous sommes au Sénégal depuis un an. On est ici en principe pour deux ans. La première année est déjà écoulée, mais une troisième en sera rajoutée.
Comment s'est passé l'adaptation au plan artistique ?
J'avoue que ce n'est pas si différent que ça, finalement. Voyez-vous, la musique, ici, est très inspirante. Elle est d'une richesse encore plus prenante que celle qu'on peut retrouver au Québec. Maintenant, je ne vais pas faire de différence étant donné que le Québec est très proche des Etats-Unis et les artistes sont influencés par les Américains. Je trouve qu'ici la musique est plus près des gens et les touche beaucoup. Présentement, je travaille avec un Sénégalais, Doudou Mah, qui a des chansons qui nous touchent beaucoup parce qu'on a les mêmes sujets. On est vu différemment, mais nous nous intéressons aux mêmes thèmes. Doudou interprète ses chansons en wolof et moi je m'exprime en français, parce que je ne comprends pas wolof. Mais bon, j'espère pouvoir, un de ses jours, chanter en wolof, on verra incha Allah, comme on dit ici (rires).
Il semble que vous avez un projet assez ambitieux avec le Théâtre national Daniel Sorano.
Je crois qu'il est prématuré de parler de ce projet qui est encore à l'état embryonnaire. Nous n'avons pas encore clairement élaboré les objectifs. Etant donné que j'ai travaillé avec les artistes de la relève au Canada, nous envisageons de promouvoir des échanges culturels avec Sorano, notamment dans le domaine des spectacles entre des artistes sénégalais et canadiens de la relève.
Au Sénégal, on connaît mal la culture québécoise. Comptez-vous faire découvrir ce patrimoine aux gens ?
Ah ! mais je croyais qu'avec Tv5, la chaîne de télé, on était plus ou moins visibles ! Mais enfin...
Peut-on s'attendre à ce que le projet qui sera développé avec Sorano aide à faire connaître cette culture ?
Absolument ! L'un des projets d'échanges culturels qui sera initié autour des artistes de la relève devrait, à mon avis, aider le Québec, le Canada à être assez bien connus. Je précise que c'est surtout à Montréal que les gens vont pour chercher les artistes de la relève parce que les jeunes se rendent plus en France pour se faire connaître. Je suis une artiste multimédia. Je m'exerce dans différents médias. Mon premier médium c'était de chanter alors que j'avais 13 ans. La musique est une passion pour moi. J'ai eu une mère chanteuse qui souvent se produisait dans des églises, des chorales et je l'accompagnais souvent. A l'âge de 19 ans, au moment d'aller à l'université, je me suis dit que j'avais déjà une carrière musicale et qu'il valait mieux étudier autre chose. C'est ainsi que je me suis spécialisée en arts plastiques. J'ai eu à travailler dans l'administration culturelle, en tant que directrice nationale d'exposition. Ce qui m'a permis de gagner en expérience et d'organiser plein d'activités culturelles. C'est vous dire qu'au-delà de la musique, j'ai toujours travaillé dans le domaine culturel. Le dernier emploi que j'exerçais était coordinatrice de programmes pour l'école d'art et artisanat au Nouveau-Brunswick, dans l'est du Canada.
La diversité culturelle, cela vous dit quoi ?
La diversité culturelle, mais ça me dit tout. Je viens d'un pays où le brassage culturel est très fort. Je me sens parfaitement bien dans cette expression. Avec mon dernier emploi, je n'ai travaillé qu'en anglais. Je me dis que partout il y a des diversités culturelles. C'est une richesse énorme de pouvoir travailler avec des gens de différentes cultures. je trouve cela très excitant. Avec Doudou Mah, il y a toute cette culture wolof que je suis en train de découvrir.
Cette diversité culturelle peut-elle, à votre avis, sauver l'humanité ?
Je crois que plus les cultures se rapprochent, plus l'humanité devient un monde de paix. Le problème aujourd'hui, c'est qu'on accepte moins bien les différences.
Depuis les événements du 11 septembre, on parle beaucoup des rapports entre l'islam et l'Occident. Où vous situez-vous par rapport à ce débat ?
Vous savez ici, on s'est fait beaucoup d'amis arabes. Je ne vois pas de différence en ce moment. Je sais qu'il y a des choses qui se sont passées avec Al Qaïda, mais je sais que c'est un groupe de personnes. Je crois que les gens s'en aperçoivent. Alors il ne faut pas tout mettre dans le même panier. On ne peut pas juger les gens par rapport à un groupe de personnes.
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