Libération (Casablanca)

Maroc: Polémique autour de la qualité des services dans les hôpitaux publics

Amina Salhi

4 Décembre 2003


La dernière sortie médiatique du ministre de la Santé est pour le moins surprenante. M. M.Biadi Ellah a affirmé, lors de son intervention mardi devant la Chambre des conseillers, que la situation était loin d'être catastrophique dans les centres hospitaliers Ibn Sina à Rabat et Ibn Rochd à Casablanca. M.le ministre considère que tout est bien dans le meilleur des mondes.

Ce dernier va même plus loin en affirmant que les malades recourent aux CHU Ibn Rochd et Ibn Sina employant respectivement 3200 et 6380 cadres parce qu'ils sont des pôles de qualité et de recherche, en raison de la qualité des services qu'ils dispensent et les compétences qu'ils renferment.

Seulement, affirmer cela, c'est reconnaître implicitement l'état catastrophique dans lequel se trouvent les hôpitaux périphériques. Une réalité qu'on ne peut malheureusement nier. Cela aurait été vrai si les deux hôpitaux recevaient des malades payants, or il se trouve que ces établissements ne s'occupent que des nécessiteux. Le ministre de la Santé a souligné par ailleurs que les mouvements de protestation qui ont lieu dans les CHU sont tout à fait normaux, à l'instar de ce qui se passe dans les autres secteurs comme l'Education Nationale ou les Finances. Ajoutant que son département est en train d'examiner les doléances du corps de la santé et que des solutions allaient être trouvées dans le respect de la responsabilité.

Mais il faut reconnaître, M.le ministre, que plus que de simples solutions à des problèmes isolés, -dont la question du statut de base qui exclut près de 70% des fonctionnaires du droit au 13 ème mois- nos centres universitaires ont besoin d'une révision totale en ce qui concerne la politique de gestion. Parce que comme nous l'ont affirmé des médecins et membres du corps paramédical, il y a péril en la demeure. La situation est devenue insoutenable, selon eux, du fait de la détérioration de leurs conditions de travail.

"Ce n'est plus la qualité des soins qui est compromise aujourd'hui, mais c'est la sécurité des malades qui est mise en cause", souligne à Libé un médecin sous couvert de l'anonymat. Il est clair aujourd'hui qu'il y a un grand problème de gestion qu'il faut résoudre avec célérité afin de permettre une amélioration des services et des conditions de médicalisation dans ces hôpitaux.

Quelques exemples pourraient étayer facilement la situation dans laquelle évoluent nos CHU. Sans parler de la vie professionnelle compromise aussi bien au niveau des soins que celui de la formation, l'exemple des blocs opératoires au CHU d'Ibn Sina est frappant. En effet, le programme opératoire établi n'est effectué au meilleur des cas, qu'au 1/3, faute de moyens. Sur le plan des équipements, le matériel rarement renouvelé tombe en désuétude. L'artériographie et les scanners sont souvent en panne, les bilans biologiques des malades sont faits à l'extérieur en raison de l'absence des "récréatifs", et le matériel opératoire doit être acheté par le malade.

De même, la revendication des médecins de remettre en question la conformité des blocs opératoires n'est apparemment plus d'actualité. Il en résulte de graves infections post-opératoires, en particulier en neuro-chirurgie. Autre exemple et non des moindres: l'absence de chauffage par ces temps de froid, ce qui pourrait se répercuter sur l'état de santé des malades, alors qu'un budget annuel de 300 millions de centimes est débloqué à cette fin. Ce n'est là que la partie visible de l'iceberg, d'autres problèmes beaucoup plus graves gangrènent notre système de santé qu'il est impératif aujourd'hui de résoudre en dehors de toutes considérations personnelles.

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