Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Fascinant Linyekula

S.t.

4 Décembre 2003


Le danseur et sa troupe ont surpris les spectateurs du CCF de Douala, mardi soir.

Sonné. On est sorti sonné du spectacle offert par Faustin Linyekula, mardi soir, au centre culturel français Blaise Cendrars de Douala. Le jeune homme et ses compères ont réussi leur coup avec ce " Triptyque sans titre ". Ça a d'abord été cet espace sonore fait de bruits, de grésillements, de fracas. Un espace sonore qui a empli la salle et s'est emparé de chacun des spectateurs, l'a enveloppé, l'a saisi. Avant même qu'il ne prenne possession de la scène, Linyekula ne se tenait déjà pas loin. Des lampes tempêtes qui se balancent dans le vide, des sacs de riz vides, un album photo et voilà tout ou presque. Et les acteurs débarquent. Avec cette scénographie minimale, ils semblent, au départ, ne pas se voir, chacun dans son espace mais dans le même univers.

Et puis la chorégraphie, énergique et vigoureuse, se déploie. Ici ce sont deux personnages qui se prennent pour des sculptures. Tantôt figées et immobiles. Tantôt plastiques et malléables. Là, c'est ce disk jockey en proie à des tourments qu'il n'en finit pas de traîner. Enfin, comme à la périphérie, Faustin, en danseur, en athlète ou en contorsionniste, c'est selon, laisse libre cours à son imaginaire, laisse rire et pleurer son corps. Comme s'ils cherchaient tous à peupler le néant que doit être un pays ravagé par toutes sortes de maux. Au-dessus d'eux, autour d'eux, à l'intérieur d'eux, ces sons qui continuent de défiler à vive allure. Comme si les quatre personnages, essayant de s'agripper à quelque chose, n'échappent pas au tourbillon, au maelström qu'est l'existence, le quotidien de Kinshasa, ville de 10 millions d'habitants où chaque minute est endurance, lutte, survie. Ça va vraiment très vite et le hasard voudrait qu'il y ait des espèces plages de répit où, à travers ces chants de la pénombre, on se retrouve. Hélas ! ça ne dure pas longtemps et le tourbillonnement annonciateur de la fin reprend.

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Difficile de dire que l'on est à l'aise, que l'on est tranquille à regarder tout cela. " Triptyque sans titre " ne ressemble vraiment pas à ce que l'on voit d'habitude sur les scènes de danse contemporaine. A n'en pas douter, Linyekula et les siens maîtrisent les codes de leur art. Ils ne les resservent cependant pas comme on s'y serait attendu, comme les autres le font presque qu'inéluctablement. C'est même une autre danse que les jeunes Congolais développent. Ça dérange, ça perturbe, ça égare ceux qui cherchent des références et voudraient pouvoir rattacher " Triptyque " à quelque chose. Il n'y a pas, et le chorégraphe le disait la veille, à expliquer. Avoir ainsi forger un style propre justifie amplement que le Congolais se soit imposé. Et ce souci de l'humain ? N'a-t-on pas vu défiler des visages de Kin ? Même dans les ruines, la vie ne meurt pas.

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