Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Journalistes congolais et l'autorégulation de leur profession : la dépénalisation du délit de presse vivement recommandée

Désiré-Israël Kazadi

4 Décembre 2003


Kinshasa — Les journalistes réunis au séminaire sur "l'autorégulation de leur profession à l'heure de la Haute autorité des médias", financé par l'organisme allemand Konrad Adenauer et dont les travaux ont été ouverts hier à Fatima, reviennent aujourd'hui jeudi en ateliers, scindés en quatre.

A l'ouverture du séminaire dans la cour de l'Ifasic avant d'être délocalisé à Fatima, c'est Vital Kamerhe, ministre en charge de la Presse et de l'Information, qui avait donné le go en présence du patron de la tutelle administrative, le ministre de l'Esu, Emile Ngoy. Il a salué l'initiative prise par l'Ifasic dont les ressortissants devront être fiers du label. Aux 150 professionnels des médias retenus, Vital Kamerhe a demandé de mieux "échanger sur le passé, le présent et surtout l'avenir de leur métier et prendre l'engagement de s'assumer et d'assumer le destin de leur pays". Pour sa part, Emile Ngoy a reconnu que les médias exercent une influence significative sur les mondes politique, économique, social...de telle sorte qu'ils apparaissent comme un super pouvoir conjoncturel et structurel qui dirige le monde.

L'information, par conséquent, a-t-il ajouté, combat l'ignorance mais en même temps devra être considérée comme un facteur de développement. Profitant de l'occasion que lui offrait la journée avec un thème bien particulier, l'orateur est resté dans le secteur qui est le sien : Enseignement. S'agissant de l'Ifasic, ce membre du gouvernement a évoqué la réforme de l'enseignement et restructuration de la presse. Aussi, s'est-il justifié que la réforme initiée permet aux nouveaux programmes, particulièrement aux institutions chargées de la formation en communication et information d'être à la page sur le plan de la science et de la nouvelle technologie, d'apprendre et de dispenser des enseignements adaptés aux réalités de notre environnement". Ce qui fait qu'en retenant, a-t-il souligné, l'Ifasic en une université, la table ronde des universités congolaises sur la modernisation de l'enseignement supérieur et universitaire a renforcé la formation des formateurs de cette institution.

Débats à Fatima

Après l'étape des allocutions des officiels, l'heure a été aux débats en la salle de la paroisse de Fatima. Premier thème : "Ham : Idée, projet, institution". C'est à son président, Mutinga que l'honneur est revenu pour présenter ce sujet. L'assistance a noté que l'idée, mieux l'initiative de la création de la Haute autorité des médias (Ham), a germé à la Conférence nationale souveraine, pris la forme aux Etats généraux de la Communication, avant d'être formalisée sous la transition à la faveur du Dialogue intercongolais. Avec mission, notamment de veiller, à l'éthique et aux lois régissant le secteur. Deuxième intervenant, le Professeur Valère Mulopo, porteur du sous-thème : "Etat de lieux descriptif et critique des associations corporatives existant au Congo". Après avoir énuméré les associations, syndicats, en mettant l'accent sur l'Union de la presse du Congo, Valère Mulopo Bisweko a donné son entendement de l'apport de toutes ces structures sur le terrain à l'évolution médiatique. Moins nombreuses, a constaté l'orateur, sont ces associations qui posent des actions visibles. Conclusion : un effort reste à faire. "Rôle des institutions citoyennes dans le processus de la transition en RD Congo" constituait le sujet attribué au professeur Jean-Bosco Mamba, développé devant une assistance composée visiblement des hommes et femmes des médias portés à se faire une idée de la nouvelle mutation socio-médiatique. D'abord lui-même l'exposant a remis en question le groupe de concept "institutions citoyennes" dans le contexte congolais estimé trompeur du fait qu'elles sont inféodées par des politiques. Mais aussi du fait que leur fonctionnement, les moyens matériels dont elles ont besoin se trouvent consignés dans la loi fondamentale; ce qui ne devrait pas être le cas. Ces institutions sont donc à considérer comme des institutions publiques du moment où elles perdent le caractère "civil" de leur existence.

Le chef de travaux Munkeni Lapess a entretenu l'assistance sur "le profil et identité du journaliste en France selon les fiches de Denis Ruellan et Erik Neveu" avant de céder la chaire au professeur Akele, spécialiste en droit pénal et enseignant à l'Université de Kinshasa. Globalement, il a indiqué qu'il formule un plaidoyer en faveur de la dépénalisation du délit de presse au regard de son caractère tout particulier. Ce qui a poussé M. Akele Adau à appeler fermement les journalistes à revisiter la loi de juin 1996 portant modalités de l'exercice de la liberté de la presse. Cette démarche va permettre, au regard des droits et devoirs du journaliste, à la mise sur pied d'une "juridiction des pairs", structure appelée à sanctionner le confrère en diffamation. Et pour ce faire, selon l'enseignant, le délit de presse devra se muer en délit civil mieux professionnel dont les mesures disciplinaires devront être prises de concert avec une instance de professionnelle journalistique. Ce qui n'a pas empêché le professeur Akele de préciser que la dépénalisation n'est nullement à confondre avec un régime d'impunité.

Sous la modération de Dieudonné Tombé, le débat a été clos et les travaux reprennent en ateliers aujourd'hui jeudi.

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