Jane Lutchmaya
5 Décembre 2003
Port Louis — Le comité parlementaire a reçu hier le commissaire Beekarry. L'agenda ne concernait pas la suspension de Roshi Bhadain mais plutôt le rapport sur les fuites dans la presse.
AU LENDEMAIN de la suspension du directeur d'enquêtes de l'Independent Commission against Corruption (Icac), Roshi Bhadain, la situation quant aux péripéties qui y ont conduit reste confuse. Le s raisons de cette suspension n'ont pas été discutées par le comité parlementaire sur l'Icac, qui s'est réuni hier après-midi. C'est surtout le rapport du commissaire sur les fuites dans la presse par rapport au conflit entre Roshi Bhadain et lui qui était à l'agenda.
Les membres du comité ont interrogé Navin Beekarry sur l'action disciplinaire prise à l'encontre de Roshi Bhadain mais le commissaire fera part des raisons ayant motivé sa décision ultérieurement. Il devra aussi éclairer le comité sur les procédures suivies pour cette suspension.
Le directeur de la Corruption and Investigation Division, Roshi Bhadain, a été suspendu, mercredi. Dans la lettre qu'il a reçue, la commission lui reproche d'avoir un comportement portant préjudice à l'Icac. Roshi Bhadain juge sa suspension "illégale". La section 40 (3) (d) du Prevention of Corruption Act stipule : "The Corruption Advisory Committee shall receive reports by the commission on any other disciplinary actions which the commission intends to take against an officer."
"Outrageant et inacceptable"
Or, selon les hommes de loi de Roshi Bhadain, cette procédure n'a pas été suivie. Le panel d'avocats de Roshi Bhadain, Mes Yousuf Mohamed, Gavin Glover et Aisha Jeewa, ont eu une réunion à la mi-journée pour discuter de la marche à suivre. "Nous allons écrire une lettre à l'Icac pour connaître les raisons de sa suspension. C'est outrageant et inacceptable que nous sommes toujours dans le flou", soutient Me Yousuf Mohamed.
Invité à commenter la crise qui secoue l'Icac, le Premier ministre suppléant, Pravind Jugnauth, a dit que l'Icac "a toujours opéré en toute indépendance". "Le gouvernement ne s'est jamais ingéré dans le fonctionnement de l'Icac et nous ne comptons pas le faire. L'Icac a décidé de suspendre un de ses officiers. Nous ne pouvons faire de commentaire sur cette décision", a-t-il ajouté.
De leur côté, les membres du comité parlementaire estiment que le conflit opposant Roshi Bhadain et son supérieur relève davantage d'un litige entre employeur et employé. "Nous ne serons concernés que par un volet de ce conflit, celui portant sur le fonctionnement de la division des enquêtes. Les autres points du litige devront être l'affaire du Corruption Advisory Committee", a fait ressortir un membre du comité.
Navin Beekarry aurait soumis au comité hier un rapport portant essentiellement sur les fuites d'informations parues dans la presse sur des correspondances échangées entre lui et Roshi Bhadain. Dans une des lettres, Navin Beekharry aurait sévèrement reproché à son directeur des enquêtes plusieurs manquements. Le retard dans la conclusion des enquêtes et les méthodes de Roshi Bhadain auraient été remis en cause par le commissaire.
De son côté, Roshi Bhadain aurait répliqué. Dans une lettre, il aurait souligné qu'il n'y a pas jusqu'ici de code de procédures pour les enquêteurs. Il aurait aussi déploré que les décisions de la commission relatives aux enquêtes tardent trop.
"Ene la guerre patrons"
Le comité parlementaire serait aussi en présence d'une lettre écrite par Roshi Bhadain qui ferait état des griefs d'une employée de l'Icac. L'employée aurait reçu des instructions d'un haut responsable de l'institution d'imprimer des documents se trouvant sur l'ordinateur d'un de ses collègues enquêteurs.
Elle aurait refusé et allègue que le haut responsable aurait fait pression. L'employée aurait fait comprendre dans la lettre que, si elle n'obtempérait pas aux instructions du haut responsable, sa carrière serait menacée.
Dans les milieux proches de l'Icac, on affirme que ce même haut responsable aurait exercé des pressions sur une autre employée. Celle-ci allègue qu'elle aurait été harcelée.
Les conversations dans les bureaux de l'Icac ont gravité hier autour de la crise secouant l'institution. Si les employés ne prêtent pas foi à l'histoire de harcèlement allégué, ils affichent une certaine indifférence par rapport à ces divergences au sommet. "Ene la guerre patrons. C'est pas nou problème", soutient un employé.
L'assistant directeur du département des enquêtes, l'ASP Gheeanesswar Jootun, fera la suppléance le temps de la suspension de Roshi Bhadain. Ce dernier a été appelé par le comité parlementaire le 10 décembre prochain. Navin Beekarry aurait objecté à cette décision mais les membres du comité auraient insisté.
Le comité parlementaire s'est aussi penché sur le recrutement d'un Chief Legal Adviser à l'Icac. Un rapport a été soumis par la commission pour expliquer les difficultés qu'elle éprouve pour ce recrutement. Le président du comité parlementaire, Racheed Daureeawoo, compte soulever la question avec les autorités bientôt. Ce poste est resté vacant depuis le départ de Me Gaytree Manna, qui est retournée au parquet depuis plusieurs mois.
La réunion du comité parlementaire a duré environ une heure et demie. A la sortie de la Committee Room de l'Assemblée nationale, le commisaire de l'Icac, Navin Beekarry, et ses deux adjoints avaient le visage crispé. Le commissaire s'est abstenu de tout commentaire à la presse.
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